Société : 2017 a-t-elle vraiment été une année de féminisme ?

« We all should be feminists », voici le slogan qui a enflammé la toile fin 2016. Floqué sur un T-shirt Dior –maison de couture traditionnelle à la tête de laquelle s’est hissée, non sans surprise, Maria Grazia Chiuri #uneFemme-, ce message qui est une citation de l’afro-féministe Chimamanda Ngozie Adichie, a mis le feu aux foudres au sein des féministes. Bref, vous l’avez compris : le féminisme est devenu mainstream.

Petite mise au point

On a donc « un peu trop » parlé de féminisme –on vous laisse deviner qui est cette petite voix qui a fait un tel constat- suite justement à l’affaire Weinstein, ignorant que Roman Polanski ou encore Terry Richardson n’étaient pas aussi clean qu’on ne le pensait et à cette vague de mots-dièses qu’elle a engendré. De #balancetonporc en passant par #metoo, les langues se sont enfin déliées –alléluia ?- avant d’être reprises par…no spoiler please, bref, les femmes s’expriment oh pardon : « les femmes se sont toujours exprimées mais c’est seulement aujourd’hui qu’on a pris la peine de les écouter. » Dixit Clémentine Gallot, l’une des deux chroniqueuses de Quoi de meuf ? On comprend un peu mieux l’envers du décor.

Dimanche on parlera aussi dans le podcast de @shesallfatpod

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Parlons cul

Mais 2017, c’est aussi une année où on a parlé sexualité féminine, lesbianisme et mode –avec Dyke_on magazine-, règles –sans fard, nunuchittude et lamentations- et body-fat-positivity tout en sachant que ces « mouvements » ont toujours existé. Dans les années 60-70, on avait droit à des courants qui allaient à l’encontre de la « norme » ambiante. En témoignent Katherine Hamett et Vivienne Westwood, qui ont politisé « la mode » mais aussi Annie Sprinkle, l’une des premières féministes pro-sexe, ex-prostituée et professeur-e-, à ses heures perdues. Disons que Annie, c’est l’ancêtre des Femen. Côté « penseur-e- » du monde arabe, faudrait-il rappeler que Nawal Saadawi, romancière, médecin, psychanalyste bref, notre « Simone » de Beauvoir à nous, a parlé d’une sexualité féminine « taboue » sous le joug de la « religion » bref, de toutes les injonctions que subissaient –et continuent de subir- les femmes, dans les seventies ?  Quant à l’écriture inclusive, un phénomène qui divise les « intellectuels » tels que papy Finkielkraut et consorts, il est à noter que la grammaire « française » était féminine avant que l’église –encore une institution, on vous laisse digérer le poids de ces groupuscules made in society- et la Cour –une autre institution, cette fois politico-masculiniste- ne décident de changer la donne. Certes aujourd’hui on voit de plus en plus de posts de « vagin », d’ailleurs, ce « mot » n’effraie plus les esprits puritains –à quelques exceptions près-, alors qu’il est intéressant de noter qu’une bite, excusez-nous « les parties génitales masculines- passe-nt- presque inaperçue-s-, encore un point sur lequel on devrait méditer-, ni les femmes qui font plus de la taille 40. Là encore on « tolère » les rondeurs d’une femme intégralement épilées –évidemment, le poil c’est tellement dégueulasse – alors que les hommes pansus, poilus et disgracieux ont toujours été acceptés. On ne sait pas pour vous mais le féminisme n’est pas au bout de ses peines…

The Rise of Women @naomishimada by @yumnaaa #girlgaze

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another @bellahadid for @voguemagazine

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Féminisme 3.0

#règles, #pro-sexe #SimoneDeBeauvoir #Beyoncé #Empowerment youpi, les femmes sont au pouvoir ! Redescendons sur Terre deux secondes : ceci n’est qu’une image donc du marketing pur et dur, autrement dit, un business juteux. Car oui, se faire pilonner la foufoune par monsieur, quand monsieur en a envie, c’est excitant mais une femme qui parle de son propre désir est bien sûr, la pire des garces. Mater du porno ? Tout le monde passe ses soirées sur YouPorn mais personne n’ose en parler ou a fortiori l’assumer. Alors, Annie Sprinkle –encore elle- pense que « la solution est de faire du bon porno » mais commençons par en parler, surtout dans NOS sociétés c’est-à-dire au sein d’un groupe d’homo sapiens hypocrites et frustrés. Parlons cul à bâtons rompus et apprenons à admirer Kim Kardashian ou mieux encore Stoya au lieu de les tacler. On entend souvent les termes « salope », « pute » ou encore « putain » de la part de nos messieurs « adorés » mais on a aussi tendance à oublier une chose : ces mêmes messieurs se damneraient pour qu’ON AIT le cul d’une Kim Kardashian ou le physique de rêve d’une Stoya sinon, pourquoi ils les regarderaient ? Ils ont beau nous bassiner avec le « mythe de la femme occidentale libérée », cette femme qui a, dans leur esprit phallogocentrique, inversé la donne puisqu’elle a une sexualité de mâle, parce qu’elle est devenu leur égal, comme l’a souligné Virginie Despentes dans son manifeste King Kong Théorie, leur fout les jetons. Despentes m’a pas parlé d’une dichotomie civilisationnelle mais d’une différence de rang en prenant pour archétype Paris Hilton tout comme aujourd’hui, on peut affirmer que la famille Kardashian est intouchable, limite blanchie de ses frasques « grâce » à son nom. Mais là n’est pas notre propos. Les industries de la mode, de la musique et du cinéma ont fait cause commune avec l’industrie du like en normalisant justement « le concept de féminisme, à le rendre sexy, branché, désirable. Et ça, c’est un énorme pas en avant si l’on considère le rejet que le terme ‘féminisme’ suscitait il n’y a pas si longtemps. » comme l’a si bien noté Alice Pfeiffer, rédactrice en chef du sulfureux Antidote Magazine. Le féminisme est donc aujourd’hui vendeur mais c’est entre autres, grâce à des pop stars, à des mannequins et à des actrices #LadyGaga, #CaraDelevingne #LenaDunham que la jeune génération a pu remonter jusqu’à Judith Butler et Simone De Beauvoir.

Conclusion

Il y a encore –beaucoup- de chemin à faire puisque le féminisme est un terrain aussi miné qu’effervescent. Les façons de militer ont changé, cela est incontestable, mais pour que le combat soit sensé, pour qu’on cesse de tourner autour du pot et qu’on avance et pour éviter les platitudes et les tartines superflus et superficielles, il faudrait re-penser Butler, rendre geek –donc accessibles- les textes de Wittig, citer Nawal entre deux refrains de Beyoncé bref, conjuguer culture 2.0 et textes fondamentaux donc plus « académiques ». Là, on pourrait dire que 2017 est une année charnière pour un meilleur « féminisme ».

// Newsletter de la semaine co-écrite avec @kiyemis //⠀ “L’une des plus importantes leçons que j’ai apprise ces deux dernières années : toute forme d’activisme est nécessaire et compte. […] Exiger une place dans ce monde est une forme d’activisme et tous les moyens sont bons. C’est ce que je dirais à un·e jeune artiste. “⠀ C’est ce que Solange Knowles, chanteuse primée aux Grammy Awards expliquait dans une interview pour W Magazine en septembre 2016. Elle souligne l’importance de l’artiste. Non pas en tant que précurseuse ou génie, mais comme porte-voix. Comme Louise Bourgeois, Frida Kahlo ou Nina Simone avant elle, Solange Knowles ne doute pas qu’art et politique sont compatibles…⠀ Lien dans la bio. #féminisme #feminism #solange #ninasimone #bettedavis #newsletter

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