Amel Safta : La foi, un antidote à la maladie

Une âme profonde, mélancolique et tenace transcende son regard doux, doté d’une beauté romantique. Comédienne, actrice, poète, enseignante, journaliste, traductrice … Amel Safta est tout cela. Sa vie a longtemps été un véritable champ de batailles où il lui a fallu lutter contre bien des épreuves. Mais la pire de toutes sera quand son corps, a priori en bonne santé, décide de la lâcher sans crier gare …

Amel Safta est une battante qui a pu, grâce à sa foi, lutter contre le cancer du sein.

A travers cet entretien dédié à FFDesigner, Amel Safta nous livre les secrets de son esprit vaillant et nous révèle où elle puise sa force pour venir à bout de tous ses combats.

1) Ayant plusieurs cordes à votre arc, vous avez porté plusieurs casquettes artistiques… Que recherchiez-vous à travers vos différentes expériences ?

Amel Safta : Je tiens d’Abd-El Kader (Artiste, écrivain, homme politique, philosophe, poète, scientifique, théologien algérien appartenant au XIXème s.) ce qui suit : « Ne demandez jamais qu’elle est l’origine d’un homme ; interrogez plutôt sa vie et vous saurez ce qu’il est. »

Ainsi, il s’agit d’abord de trouver son petit caillou, de parvenir à le prendre et à le déposer quelque part ; enfin, de se fixer sur le lieu choisi qui le recevra en vue de l’enfoncer.

L’expression de soi en quête de Paix et d’Ecoute sous-jacents à deux principaux objectifs :

–  changer l’image de la femme artiste arabe d’une part

– la représentation de l’enfant d’autre part

via une communication/connexion généreuse/affectueuse entre les générations tant au sein de la cellule familiale qu’au sein de l’institution éducative. J’adopte l’affirmation du philosophe grec Socrate, (l’un des créateurs de la philosophie morale) le secret du changement, c’est de concentrer toute votre énergie non pas à lutter contre le passé, mais à construire l’avenir.

2) Vos parents étaient contre votre carrière artistique et c’était votre premier combat. Comment l’avez-vous vécu et dans quelles conditions ?

A.S: La défense de mon choix a rongé une bonne partie de ma vie. Une lutte acharnée contre la mentalité de ma famille sur plus de deux décennies sans allié aucun ! Une tension continue, une qualité relationnelle non seulement altérée mais de plus doublée sans cesse de culpabilité non sans quelques doutes, remises en cause, introspections parfois, ne m’a pas laissée à vrai dire de tout repos.

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3) Vous étiez jeune bachelière. D’où puisiez-vous votre force à l’époque pour poursuivre votre passion envers et contre tous les problèmes avec votre famille ?

A.S: * Le décès de mon père (survenu le 15 juillet1979) alors que j’étais en deuxième année à l’Université de Droit et de Sciences Politiques de Tunis a déclenché l’explosion de ma passion. Le manque/l’absence génère une force qui prend source dans le CREDO.

4) Vous êtes une dame connue et respectée du public tunisien sans avoir pour autant été beaucoup vue dans nos écrans. A votre avis, à quoi est donc dû votre célébrité ?

A.S: J’y mets du cœur dans tout ce que j’entreprends. Tel l’effet de l’écho ou de la petite pierre jetée dans l’eau, le cher public tunisien a l’aimable générosité de me renvoyer mon investissement.

La crise de la conscience arabe (en général) est telle qu’il est en quête permanente d’un repère, d’un havre, d’un code de valeurs dont les articles ne seraient autres que les acteurs sociaux voire civilisation-els eux-mêmes.

5) Malgré votre indéniable talent pour la comédie, on ne vous voit pas assez dans les feuilletons et films tunisiens. Refusez-vous certains scénarios ou est-ce que les producteurs ne vous trouvent pas assez commerciale ? Sans doute trop authentique à leur goût …

A.S: « Dans la vie, il y a trois facteurs : le talent, la chance, le travail. Avec deux de ces facteurs, on peut réussir. Mais l’idéal est de disposer des trois » déclare l’écrivain français Bernard Werber.

Peut-être ai-je du talent pour le jeu parce que j’aime ce que je fais ; pour la comédie, je n’ai pas eu ma chance dans cet emploi alors qu’à Paris, j’ai réussi avec grand succès mes stages de clown face à un public étranger, majoritairement européen et hétérogène aussi.

Il est vrai que le long de ma carrière, j’ai refusé plus d’une dizaine de courts métrages en majorité balbutiants me semblait-il. En revanche, je n’ai jamais refusé de rôles pour la télévision.

Le producteur N. A. n’a pas accepté de faire l’effort de décaler juste d’un mois le planning de tournage du feuilleton télévisé  Pour les beaux yeux de Catherine  en raison de mes engagements. Je devais camper le rôle d’une femme soumise, l’épouse de l’acteur F. H. et la mère de six filles. De son côté, le réalisateur H. A. n’ a pas frappé non plus du poing pour que j’y sois.

Dans un autre feuilleton dont j’ai oublié le titre qui a pour thème le vol d’organes, j’étais pressentie pour le rôle féminin principal : chef d’une mafia. J’ai accepté le rôle mais je n’ai pas accepté d’enlever mon foulard. Le réalisateur n’a pas montré beaucoup de prédisposition pour un compromis. Je me demande parfois si on ne manque pas un peu d’imagination au niveau du maquillage et du costume. Le hic ne tiendrait-il pas plutôt au manque de conviction, de vigueur, de rigueur et d’enthousiasme ?

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6) Malgré dix longues années d’absence à la télévision, vous n’avez pas du tout chômé. Comment avez-vous réussi à lutter contre l’oisiveté ?

Amel Safta: Le couple lire/écrire est et sera toujours grâce à Dieu ma bouée de sauvetage.

7) Quel regard critique portez-vous sur les feuilletons du mois béni de Ramadan de ces dernières années ?

A.S: Franchement, je n’ai jamais regardé un feuilleton dans lequel je n’y suis pas (comme actrice) de bout en bout. Ces dernières années, mon sentiment est tel, qu’irrégulièrement, je regarde à peine une ou deux séquences par épisode.

8) Le cinéma est un art qui peut défendre de nobles causes. Quel rôle aimeriez-vous jouer pour donner à votre carrière un sens encore plus engagé ?

A.S: Celui de la poétesse musulmane soufi Rabiâ el Adawiyya. Car, loin de tout parti pris politique, j’ai choisi en mon âme et conscience de consacrer la deuxième partie de ma vie ou le restant, au destour de l’Islam et non à moi-même.

9) Vous avez traversé une lourde épreuve … A savoir votre cancer du sein. Comment l’avez-vous détecté ? Quelle a été votre première réaction lorsque le verdict du médecin est tombé ?

A.S: – A la fin de l’année universitaire 2007, en grattant distraitement mon décolleté à droite, j’ai senti une sorte de boule de la grandeur d’une noix. Cependant, par ignorance, le fait d’être peu douloureuse m’a rassurée.

Le coup de massue reçu à l’annonce du diagnostic m’a fortement secouée !!! Le mot cancer a tout de suite signifié me retrouver les pieds devant.

Lorsque j’ai repris mes esprits, j’ai accepté, non sans un brin de révolte mon sort en me mettant bien entre les yeux « A Lui, le Retour ».

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Tel un soldat néophyte, je me suis lancée dans l’épopée de la patience, portant certes le statut de Patiente, mais me considérant désormais une croyante heureuse car avertie. A ce moment là, tout a progressivement basculé.

J’ai retrouvé dans le terme « positiver » une version soft de l’acceptation du Musulman voire sa soumission à la volonté divine. N’est-ce pas là une manière moderne équivalente à al hamdu li’LLEH âlà kulli hàl… « Louange à Dieu dans tout état d’épreuve… » ?

J’ai réalisé que les vertus de la méditation n’étaient rien d’autre qu’une version revisitée de l’apport voire des bienfaits de la prière sur la santé physique et morale du Musulman. N’est-elle pas une incitation à la discipline, à la rigueur, à la ponctualité, à la propreté ?

En somme, mon épreuve sanitaire a été au fond une chance hors pair pour passer au crible voire au peigne fin ma vie entière.

10) Amel Safta, vous êtes l’icône des femmes combattantes atteintes de Cancer. Quel a été votre secret pour avoir tenu tête à cette tumeur ?

A.S: – J’ai révisé de fond en comble mon mode de vie. Il revient à mon souvenir une belle phrase du philosophe chinois Confucius : « Le sage se demande à lui-même la cause de ses fautes, l’insensé le demande aux autres. » Une tentative de gestion d’une sorte de comptabilité analytique interne m’a permis de me frayer un nouveau chemin par maints tâtonnements.

J’ai adopté la pensée du naturaliste Charles Darwin qui consiste à dire : « Ce ne sont pas les plus forts qui survivent, ni les plus intelligents, mais ceux qui sont les plus rapides à s’adapter au changement. » Une autre version soft et détournée me semble t-il de la soumission pivot de l’Islam bien assimilée (pourtant) par l’évolutionnisme.

J’ai gardé présente à l’esprit notre Tradition et particulièrement la Parole divine :

« Nous faisons descendre du Coran, ce qui est une guérison et une miséricorde pour les croyants …». (al- isrà : 82).

J’ai lu et relu avec certitude les six versets de la guérison (sourate al fatiha). Buvons, sirotons ce discours unique.

11) Pour beaucoup de femmes tunisiennes, cette maladie est taboue. Elles n’ont pas la force de lutter contre le cancer et vont même jusqu’à se laisser mourir … Que leur diriez-vous pour les aider ?

Amel Safta: Choisir la verticale et non l’horizontale. Debout, toujours debout comme un peuplier, un baobab ou un palmier.

Pourquoi ‘Ayyùb (Job) a-t-il patienté ? Pourquoi Meryem (Marie) est-elle sortie en société avec son enfant ? Pourquoi Ibrahim (Abraham) n’a-t-il pas eu peur du feu ? Pourquoi Ya’qùb (Jacob) n’a-t-il pas désespéré ? Pourquoi Yùnes (Jonas) ne s’est-il pas résigné ? Pourquoi notre Prophète et son ami ne se sont-ils pas livrés à la tristesse dans la grotte ? Parce que simplement, ils placent fermement toute leur confiance en Dieu.

Alors, Sàri’û ’ilà maghfiratin mirrabikum, « Hâtez-vous à l’envi vers l’indulgence de votre Maître… » (La Famille d’Imran : 133).

12) Après votre guérison, avez-vous changé votre manière de voir la vie ? Comment ?

A.S: Certes, seul on va plus vite, mais Ensemble on va plus loin.

Comme le Temps est un grand sculpteur, la vie se dessine de fil en aiguille en une boucle qui se referme petit à petit…

13) Que conseilleriez-vous aux jeunes femmes de trente ans Amel Safta ?

Amel Safta -D’abord, veiller à une qualité de vie saine et équilibrée ; ensuite, l’autopalpation mensuelle (les seins, sous les aisselles et les clavicules) dix jours après la menstruation ou chaque mois pour les femmes ménopausées ; enfin, le contrôle annuel par l’échographie/mammographie possible dans le secteur public ou dans le secteur privé. Le contrôle est à effectuer chaque année ou tous les deux ans s’il n’y a pas d’antécédents familiaux des deux côtés des parents. Je tiens à ajouter que l’apparition de micros calcifications nécessite sans faute un suivi attentif et vigilant même si la tumeur est bénigne. Ces conseils n’excluent pas pour autant les mineures.

Ô jeunes femmes de trente ans, je vous aime, vous êtes déjà la Tunisie.

Soyez dans votre famille, dans votre travail, partout, l’exemple du Prophète ; soyez-en fières. De l’aube au crépuscule, becs et ongles, à l’élan de vos cœurs et à la force du poignet, veillez sur votre DIAMANT !