Interview avec Anissa sur «Anissa Aida»: Inspirations, distinctions et quelques surprises…

Anissa Meddeb, 25 ans, jeune styliste Tunisienne qui fait la navette entre plusieurs endroits partout dans le monde, à savoir New York où elle a étudié, Londres où elle a récemment eu un défilé à la Fashion Week et Tunis pour préparer quelques surprises pour nous. Sa marque, «Anissa Aida» crie élégance et simplicité, décodant plusieurs messages, envoyant plusieurs ondes de plusieurs cultures et commence sérieusement à attirer l’attention d’une plus grande audience qu’elle ne croyait peut-être pas atteindre.

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Cette femme déborde d’inspiration tellement fascinante qu’elle va vous la transmettre dans cette interview.

 

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FFD: Nous avons parcouru vos récentes collections pour essayer d’identifier le style que vous voulez concevoir. Dans votre collection automne/hiver 2017, vous avez utilisé les tons de beige et de marron avec un peu de gris. Alors que dans votre collection printemps/été 2019, vous avez décidé de la faire entièrement en blanc et en bleu. Choisissez-vous les nuances selon les saisons, la température, le beau ou le mauvais temps ou est-ce simplement selon une inspiration passagère?

AM: Ma collection Fall/Winter 2017, Africa through the looking glass est une déviation dans ma ligne directrice. Je tenais, à travers elle, à rendre hommage au grand photographe malien Malick Sidibé, décédé en 2016. J’ai élargi la thématique au travail de Seydou Keïta, le premier photographe malien. L’un comme l’autre, ont su capturer la Dolce Vita Africana après l’indépendance du Mali. La ligne rétro de cette collection renvoie aux années seventies: ses couleurs terre font écho aux couleurs de l’Afrique: argile, sable, terra cotta, etc… Quant à la collection Spring/Summer 2019, elle revient aux fondamentaux de mon label: Des formes épurées, architecturées, zen, issues d’un dialogue des cultures essentiellement entre la Tunisie et le Japon et des couleurs passant du blanc au bleu, pour évoquer la Méditerranée: son ciel, sa mer, son architecture, ses villages tel que Sidi Bou Saïd ou les îles Grecques.

FFD: «Anissa Aida», une marque qui ne cesse d’accroître sa notoriété un peu partout dans l’Europe, notamment à Londres où vous avez récemment effectué un défilé à la Fashion Week. Qu’est-ce qui vous inspire à prendre votre carnet à dessins pour faire des croquis susceptibles de figurer dans une prochaine collection?

AM: Chaque nouvelle collection demande un travail de création mais le plus important a été de définir mon style, dès le lancement de mon label. La définition de mon style et de mes principes s’est peu à peu construite au cours de mes années d’étude. Si ma première collection a demandé un véritable travail d’investigation et de recherches, aujourd’hui les lignes directrices que je me suis tracées m’aident beaucoup dans l’esquisse de mes plans de collection. Au fur et à mesure, certaines pièces s’imposent comme des signatures de ma marque telles que le Mandarin shirt en soie artisanale Tunisienne, la combinaison Summer Day in Tunis Jumpsuit et le Square Bag. Ces pièces s’imposent comme des éléments iconiques de la marque auxquelles se rajoutent des nouveautés saisonnières. Ces nouvelles pièces découlent de nouveaux concepts, techniques ou inspirations, comme par exemple la transparence, l’asymétrie, le boro japonais, le patchwork ou les color blocking…

L’essentiel est que chaque collection reste cohérente avec les précédentes. De temps à autres, je me permets une collection capsule un peu décalée, comme la collection Calligraphy présentée chez Musk and Amber, le 31 Mars 2018.

FFD: D’accord. Parlez-nous un peu de votre collection printemps/été 2019. Une ambiance Tunisienne par-ci, des ondes Japonaises par-là. Comment êtes-vous arrivée à combiner deux styles venant de deux pays ayant des cultures différentes? 

AM: Ma collection OUTRE-MER SS19, ancre une volonté déjà esquissée dès ma première collection dont le titre Interfaces: a visual dialogue annonce clairement la vision. Des similarités se retrouvent dans les coupes, textures et géométries de certains vêtements. Les Samurais portaient des sortes de sarouels. La coupe d’un burnous n’est pas loin de celle d’un kimono. Soies, cotons, lins et notamment à rayures se retrouvent dans les deux cultures. Par ailleurs, je suis personnellement une adepte des traditions vestimentaires Japonaises et de sa Haute Couture, avec des couturiers comme Issey Miyake, Rei Kawakubo, Yohji Yamamoto, Junya Watanabe… tout en restant très attachée à la culture vestimentaire Tunisienne. Bien évidemment, je fais mon tri et puise dans les deux cultures que ce qui m’intéresse.

FFD: Alors qu’en est-il de l’ouverture d’une boutique en Tunisie?

AM: L’ouverture d’une boutique n’est pas à l’ordre du jour, pour l’instant. Cela n’empêche que mes collections sont présentes dans quatre points de vente à Tunis: Musk and Amber, Super Souk, Mooja et plus récemment Square5 Studio. Cependant, je pense à installer mon studio localement, tout en gardant un pied à New York.

FFD: Justement, vous avez étudié à New York, plus précisément à l’école Parsons The New School for Design. Et New York est une des plus grandes villes de la mode. Qu’est-ce qui vous a laissé revenir en Tunisie pour développer votre marque de vêtements?

AM: En réalité, je ne me suis pas totalement installée en Tunisie. Je vis actuellement une vie nomade essentiellement entre Tunis où ma production se fait, Paris et New York où je vis depuis 8 ans et où mes collections sont présentes dans une boutique multi marques du Lower East Side, Tictail.

FFD: Ah, d’accord. Il y a donc une chance pour de nouveautés exclusives à Tunis. Dans une de vos récentes interviews, vous avez dit que vos futurs projets seraient de voir «Anissa Aida» à l’échelle internationale, principalement au Japon et aux pays Scandinaves. Pour ce qui est du Japon, nous comprenons pourquoi vous l’envisagez. Qu’en est-il des pays Scandinaves? Qu’est-ce qui est spécial en Suède, en Norvège et autres?

AM: Un des premiers trade shows que j’ai fait s’est tenu à Copenhague, Relvolver. J’ai eu l’occasion d’y rencontrer des acheteurs Européens, ce qui m’a amené à vendre à Londres dans le quartier branché de Shoreditch et à Berlin dans le Bikini Mall. Mais cela m’a permis aussi de me rendre compte que l’esthétique de mes vêtements correspondait bien à la demande des Scandinaves: très attentifs à la qualité des tissus naturels et attirés par les coupes minimalistes.

FFD: Dites-nous Anissa, si vos rêves ne s’étaient pas réalisés, quelle aurait été votre carrière?

AM: Quel que soit le cas, j’aurais été dans la mode, car c’était un rêve de toujours. Si je n’avais pas lancé ma propre marque je me serais bien vu dans le Trend Forecasting, c’est-à-dire dans la prédiction des tendances.

FFD: Et c’est ce que vous faites déjà, pratiquement. Vos vêtements crient tendance, à coups sûrs. Par contre, pouvez-vous envisager la création de vêtements pour hommes?

AM: Oui, je l’envisage aisément et c’est un objectif pour le futur. Certains de mes vêtements sont déjà unisexes, comme les sarouels, les trench coats, les manteaux… D’ailleurs, lors de mon défilé en Février 2017 à Berlin ma collection avait été portée indifféremment par des mannequins hommes et femmes.

FFD: Dernière question, Anissa: Allons-nous vous voir à la Fashion Week de Tunis, en 2019? Si oui, qu’est-ce que vous nous réservez?

AM: Je l’espère. Je n’ai pas pu être présente pour l’instant pour des questions d’emploi du temps. Je m’organiserai au mieux pour cela car la Fashion Week de Tunis prend de plus en plus d’importance et attire l’attention des médias internationaux.

On ne peut que se prosterner devant un tel génie et aller visionner quelques défilés de sa marque sur YouTube, comme celui-ci: