Interview avec Bilel Troudi, le poète du food-photograhy en Tunisie

Vous connaissez certainement ses photos et surtout son monde Instagram parce qu’il s’agit d’un monde et non d’un simple compte Insta. Aujourd’hui, nous allons à sa rencontre pour vous dévoiler un peu plus sur la personne derrière l’objectif.Au-delà des prises parfaites et soignées, Bilel Troudi cultive une vraie passion pour la cuisine et  qui lui vaut parfaitement le titre de poète culinaire que j’adore lui attribuer. Si vous êtes déjà fan de cet artiste hors du commun ou que bizarrement vous ne le connaissez pas encore, cette interview est faite pour vous !

 

1/ Bilel, pourrais-tu te présenter à nos lecteurs ? Leur parler de ton parcours ?

Je m’appelle Bilel j’ai 23 ans je suis originaire de Monastir. Je suis étudiant en architecture d’intérieur et je viens de terminer mon Mastère. J’ai commencé Instagram il y a cinq ans. J’avais un compte plutôt ordinaire dans lequel je m’amusais à partager ma passion pour la photographie. En aucun cas je n’avais l’intention d’en faire un moyen professionnel. Sauf qu’au bout de 4000 followers, j’ai été suggéré par Instagram comme profil professionnel et j’ai atteint 34 mille et le compte était par conséquent plus professionnel, depuis, le nombre a grimpé. Lorsque j’ai commencé le food styling, ma mère m’aidait en cuisinant les plats que je prenais en photo mais j’ai dû apprendre par la suite à cuisiner et à faire les plats moi-même pour avoir un rythme régulier et prendre le temps de choisir les recettes et les mises en scène. Concernant mon parcours « instagramaseque », J’ai été honoré d’être contacté par Instrgram France qui m’a interviewvé et ce fut un vrai coup de pouce qui m’a beaucoup encouragé. Il y a six mois, une de mes photos a été sélectionnée par Instgram (compte officiel) à l’occasion d’un concours et j’en étais très fier !  Mon parcours est fait d’étapes et d’évolution progressive, je travaille sur mes photos et sur mon compte pour en améliorer le contenu au fur et à mesure.

 

2/ Comment et pourquoi tu t’es passionné pour la photographie culinaire ?

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C’est un domaine peu exploité en Tunisie et il n’y avait presque pas de stylistes culinaires lorsque j’ai commencé. La passion a commencé avec la photographie et s’est ensuite spécialisée en photographie culinaire et je suivais beaucoup de comptes étrangers de food styling qui m’ont énormément inspiré. J’adore la cuisine et la photographie ce qui a fait que je me suis spécialisé dans ce domaine en particulier.

3/ Peux-tu définir le food-photography ou nous donner ta propre conception de ce type de photographie ? Quelles qualités artistiques requière-il ?

Le food photography est l’art qui combine deux choses différentes : le stylisme culinaire et la photographie en général où il y a l’art de la mise en scène. Cela requière un sens aigu du détail et des connaissances dans les deux domaines. Je pense que les qualités indispensables chez un photographe culinaire sont tout d’abord le sens du détail, l’imagination et l’organisation. Afin que la photo soit réussie, il faut que la scénographie soit bien pensée et que tout détail donne un sens au rendu final. Pour attirer l’œil, tout un travail préalable est requis. On a l’impression que c’est facile mais ce n’est pas du tout le cas !

4/ Comment se passe un shooting ? Quelles en sont les étapes ?

Un shooting commence déjà par une idée qui mijote parfois des jours voire des semaines à l’avance pour trouver une inspiration. Je dessine la mise en scène de ma photo et j’en fais le croquis ensuite je prépare par écrit la liste des accessoires et de la vaisselle que je compte utiliser. Il y a aussi l’étape de la cuisine qui demande beaucoup de temps si le plat requière une préparation au préalable. Une fois que le background est prêt avec une scénographie finalisée je commence mon shooting et qui dure généralement une journée entière.

5/ Peut-on dire que tu as toujours été passionné par la cuisine ou est-ce que c’est la photographie culinaire qui t’a poussé à apprendre ?

Au début j’étais passionné par la photographie mais j’étais obligé d’apprendre pour avoir plus de liberté et pouvoir varier mes plats sans avoir à demander cela à mes proches.. Je voudrais d’ailleurs remercier ma famille qui m’a beaucoup aidé dans ce que je fais. Mes parents m’encouragent énormément et me poussent même à varier mes shootings. Leur soutien n’a pas de prix !

6/ Quel matériel utilise-tu pour tes shootings ?

J’utilise mon appareil photo, un Canon et des objectifs que j’ai spécialement achetés pour le food-photography. Je n’ai pas d’accessoires particuliers mais j’essaie de faire avec les moyens du bord pour que les prises soient réussies. Avec de l’expérience, on apprend à créer ses propres instruments en fonction des situations.

7/ Le produit final qu’est la photo postée cache beaucoup de travail et un souci du détail impératif. Peux-tu nous en dire plus et nous révéler les difficultés que peut rencontrer un photographe culinaire.

 

La lumière reste la difficulté la plus pénible qui peut tout gâcher dans un shooting mais  il y a aussi le plat qui peut ne pas être réussi et qu’après avoir attendu des heures, on se trouve obligé de tout refaire et rapidement pour pouvoir prendre la photo dans une bonne lumière.

8/ Quels seraient les 5 tips d’une photo food réussie ?

 

Capture d’écran 2018-02-14 à 15.29.46Une bonne lumière, je n’insisterai jamais assez sur l’importance de la lumière, une composition homogène et harmonieuse qui soit nouvelle et bien pensée, une thématique précise et claire, une cohérence des couleurs et une touche d’originalité qui fait de chaque photo une expérience différente de celles qui l’ont précédée.

 

9/ La photographie culinaire n’est plus une simple passion pour toi mais un véritable métier. Comment as-tu pu séduire les marques qui sont nombreuses aujourd’hui à te solliciter ?

Je n’ai rien fait pour séduire les marques mais elles sont venues vers moi. J’essaie de perfectionner mes photos, ce qui a peut-être séduit quelques marques mais je n’ai rien fait pour que ma passion se transforme en métier. La première marque qui m’a sollicité était Tropicana France et ce fut ma première collaboration mais j’insiste sur une chose : même en cas de collaboration, je travaille avec passion et je n’accepte que les produits qui m’inspirent un univers photographique particulier, pour lesquels je peux donner un plus et finir avec des prises originales et professionnelles. Aujourd’hui, je ne nie pas que plusieurs marques me contactent pour des collaborations et j’en suis très fier.

 

10/ Vois-tu un avenir prometteur pour le stylisme culinaire en Tunisie ?

C’est déjà une tendance en Tunisie. Les marques veulent de plus en plus de créativité et de touches artistiques pour promouvoir leurs produits. Je constate aussi que de plus en plus de tunisiens s’exercent à la photographie culinaire sur leurs comptes Instagram. Les réseaux sociaux ont l’avantage de créer un lien direct entre les marques et les consommateurs. Par ailleurs, le stylisme culinaire est un art très difficile à maîtriser.

 

11/ Quels conseils peux-tu donner aux passionnées du food-photography ? (conseils techniques et généraux)

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Mon premier conseil est de soigner la mise en scène. La propreté et le souci des moindres détails sont très importants pour mettre en valeur le produit photographié. Il faut aussi choisir le moment idéal de la journée pour commencer le shooting et savoir repérer le bon angle de prise de vue. Le matériel professionnel ne suffit pas pour avoir une belle photo réussie mais il faut avoir une grande part d’imagination pour choisir le background et les accessoires. Il est impératif de prendre son temps pour imaginer la mise en scène et harmonier les couleurs. C’est tout un travail d’ensemble qui demande de trouver un style et une touche personnelle !

 

12/ As-tu des influences spécifiques en matière de photographie culinaire ?

C’est très difficile d’en choisir trois mais les comptes Instagram qui m’inspirent le plus sont les suivants :

 

13/ Peut-on dire qu’il y a des tendances en matière de stylisme culinaire ? Quelle serait celle que tu préfères ?

Comme tout domaine, il y a certainement des tendances mais personnellement je préfère procéder par thématiques et non par tendances. A chaque photo, je crée un univers qui raconte une histoire différente.

14/ Ton feed Instagram est devenu au fil du temps ta touche personnelle et ta marque de fabrique qui te distingue des autres. Quel que soit le produit ou la saison, on reconnaît ton empreinte mais ça ne t’empêche pas de renouveler et de changer de décor photographique et de couleurs constantes. Comment réussis-tu cette équation ?

Je ne pense pas qu’il y a ait une recette bien particulière pour réussir cette équation mais comme je viens de le dire , c’est en variant les thématiques en fonction des produits, des sujets mais aussi des saisons et des circonstances que je crée un certaine dynamisme interne dans mon compte. Ceci n’empêche point qu’au fil du temps j’ai créé ma propre signature intrinsèquement liée à toutes mes photos et où ma touche artistique est visible. C’est un équilibre assez fragile mais nécessaire.

15/ Y a-t-il un shooting qui t’a particulièrement marqué ? Pourquoi ?

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Tous les shootings sont marquants pour une raison ou une autre mais si j’avais à en citer un seul je parlerais de celui de Coca Cola que j’ai fait à l’extérieur et pour lequel il fallait un coucher de soleil. J’étais avec toute ma famille qui m’a aidé pour la mise en scène et par malchance, un gros nuage a tout gâché et nous avons attendu des heures pour avoir le cliché parfait.

16/ Tu as animé récemment des ateliers de food-photography en partenariat avec Huwawei Mobile. Peux-tu nous parler de cette expérience ?

Cette expérience a été une très belle occasion pour moi pour partager ma passion avec des personnes qui se sont déplacées avec tout le sérieux et toute la passion du monde. J’en étais très touché. Nous avons travaillé sur trois mises en scènes et j’ai partagé avec eux des conseils pratiques pour réussir leurs photos culinaires. Les ateliers étaient bénéfiques pour les participants mais surtout pour moi. Le contact direct avec des followers partageant la même passion que moi était très intéressant.

17/ As-tu des projets futurs que tu voudrais partager avec nous ?

Plusieurs collaborations sont prévues mais je les annoncerai au bon moment sinon je compte créer un blog pour y mettre toutes mes recettes. On me les demande très souvent sous les photos et je pense que ça serait plus intéressant de les réunir dans un blog.

18/ Ton rêve le plus fou en matière de stylisme culinaire ?

Je rêve d’avoir mon propre coffee shop qui accueillerait mes propres créations culinaires mais dans lequel il y aurait aussi une partie studio où je pourrais animer des ateliers de food-styling. Un rêve assez fou mais qui combinerait mes deux passions !