L’événement Black Dress vu par la rédac

Le 30 novembre dernier, la Firma, un restaurant culturel situé à la Soukra, a été « envahi » par le grappin de la mode. La cause ? L’événement Black Dress, un concept nouveau en Tunisie, piloté par Camelia Gharbi.

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La Black Dress, une histoire de création

Neuf créateurs tunisiens ont participé à l’événement Black Dress. Réunis afin de réinterpréter la « petite robe noire » en conceptualisant deux pièces à leur image –tout en respectant l’esthétique minimaliste de la Black Dress-, nos créateurs locaux n’ont pas manqué de verve. Monacales et empreinte de codes « cold wave », les deux robes de Braim Klei sont impressionnantes par leur « justesse stylistique ». Parfaitement en adéquation avec le thème de la Black Dress tout en restant fidèle à sa griffe originelle, le jeune homme, qui n’est pas à son premier défi mode, a relevé ce challenge haut la main. Mêmement pour Fares Cherait, qui, via une esthétique qui jongle avec les canons du fétichisme et du rock, a conçu deux robes noires reflétant à la perfection son univers. Anissa Meddeb, la fondatrice de la marque Anissa Aida, a fait preuve d’audace en fusionnant, via la technique du patchwork, la non-couleur noire au gris. Le résultat était une mimésis de son univers mais une entorse, savamment élaborée, au concept de la petite robe noire. Bien que les avis soient mitigés sur le respect/non-respect de Anissa du concept de la Black Dress, son talent reste intact et sa maîtrise du vêtement irréprochable. Soraya, la tête chercheuse du concept store Cosmic Store et Maya Touati ont, elles aussi, répondu présentes à l’appel de la Black Dress. Ultra-féminines et glamour, les deux femmes ont imaginé des Black Dresses serties de strass, moulante ou en forme trapézoïdale, avec un décolleté profond ou une fente très sensuelle bref, elles ont toutes deux allié féminité, grâce et féminisme en incarnant l’image de la femme forte à travers leurs pièces.

Salah Barka, feu follet de la mode en Tunisie, a usé de la technique du upcycling afin de réaliser ses pièces. Collage et esprit de récup’ étaient dès lors au rendez-vous pour laisser libre cours à son imagination. Or, bien que son initiative ne soit excellente, ses pièces manquaient de volume. Une gradation de tissus au niveau des épaules aurait équilibré la silhouette féminine, tout de noire vêtue, du styliste.

Féru de pop art et de couleurs, l’aventure Black Dress avaient des airs de challenge pour Narciso Aka Seyf Dean Laouiti. Ayant une double casquette –rédacteur en chef d’un magazine de mode et designer-, Seyf a joué aux acrobates en jonglant entre ses deux passions. Ses créations célébraient la génération « millennials », une génération qui ne manque pas de cran et qui adore les prises de risques. Décolleté et volumes surdimensionnés comblaient ainsi le manque de couleurs, si caractéristique au monde de Seyf. Mais le cool kid a aussi mis en avant son amour de l’accessoire en customisant ses modèles. Casquette gavroche et couvre-chef de cowboy –avec une calotte haute et de larges bords-, corsets et choker, bref, le monde de Seyf, peint cette fois en noir, était pourtant saisissable. Cyrine Faillon a aussi fait partie de l’équipe Black Dress. Pionnière de « l’easy chic », la jeune femme a su modulé son « mood », minimaliste et confortable, selon les exigences de l’identité Black Dress. Tantôt vaporeuses et royale, tantôt courte et mutine, ses deux robes ont plu par leur simplicité. Enfin, pour Hiba ben Hadj Yahiia, le projet Black Dress était une porte d’entrée au monde de la mode. Lauréate du concours ESMOD Tunis dans la catégorie prêt-à-porter masculin, revisiter la petite robe noire avait été un véritable défi pour Hiba. Mais la jeune fille a su tirer son épingle du jeu en montrant sa maîtrise du vêtement féminin, optant, de facto, pour deux robes sensuelles. Hiba a aussi mis en avant l’un de ses points forts en usant de la technique de patronage.

 

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THIS MY VERSION OF @blackdress02 WHAT YOU GUYS THINK?. #crazykiddiaries™ #crazykidshow™ #stylehuntstudio™

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We picked our favorite dresses from last night’s event @blackdress02 by @moojastore #maftapproved 👏🏻👏🏻 #aboutlastnight #blackdress #mooja #tunisiancreators #tunisiandesigners #fashion #fashiondesigner #fashiondiaries #black

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…et de contraintes

Bien que tous les créateurs aient pu finaliser leurs robes à temps, quelques-uns se sont confiés à cœur ouvert, sur les dessous de la création en Tunisie. Entre passion pour le vêtement et réalité « coup de poing », la  mode en Tunisie –et ailleurs- jouit d’un fort capital symbolique (mondanités, strass, bling et paillettes) tout en dégringolant sur le plan matériel. Le capital économique de la majorité des personnes, travaillant dans cette industrie, reste menacé car faible. Certains designers peinent à joindre les deux bouts et n’ont, pour source de revenus, qu’une collection par an voire, dans le meilleur des cas, deux, qui couvr-ent seulement leurs besoins les plus rudimentaires. Certains de ces créateurs n’ont pas les moyens d’investir dans la Haute Couture, qui constitue pourtant un projet de vie pour eux, et se sentent contraints de lancer une ligne plus « mainstream » pour vivre. Les étudiants des écoles de mode, à l’instar de Hiba, remuent ciel et terre pour décrocher un stage, approfondir leurs connaissances en matière de mode et avoir de l’expérience mais souvent, c’est peine perdue. En effet, en Tunisie, les maisons de mode n’existent pas et les créateurs qui jouissent d’une renommée internationale n’ont paradoxalement pas les moyens d’embaucher des stylistes. Mais le consommateur n’est lui aussi pas en reste. Aujourd’hui, plusieurs marques de prêt-à-porter locales ont vu le jour. Cependant, les aficionados de mode restent sceptiques quant au rapport qualité/prix de certaines pièces et préfèrent jouer la carte de la sécurité en investissant dans des pièces de fast fashion plutôt que dans une création signé « un créateur émergeant ».

En voulant allier création de mode et exposition artistique, Camelia Gharbi a tenté de hisser la « mode made in Tunisia » au statut d’art à part entière. Toutefois, si son projet est noble, Camelia a elle aussi du faire face à des contraintes matérielles qu’elle a réussi à contourner mais qui montrent que la mode, pour certaines personnes, n’est synonyme que de frivolité.

NOTA BENE : Les robes issues du projet Black Dress seront en vente au concept store Mooja à partir du 3 décembre.