Braim Klei couturier-créateur, l’alchimiste de la ligne

Braim Klei est couturier-créateur et fondateur de sa marque éponyme. L’année dernière, Braim s’est installé dans un show-room à son image, dans le mythique village de Sidi Bou Saïd.

Il dessine ce qu’il entend, ce qu’il voit et ce qu’il comprend du monde extérieur. Portées, ses créations viennent rythmer les silhouettes des femmes qui l’inspirent, faisant d’elles des femmes urbaines, inspirantes et arty.

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En 2015, c’est là que tout commence pour Braim Klei, d’abord avec la fashion week de Tunis puis avec une apparition d’une de ses robes dans l’édito de Libération paru au mois de juillet. Portrait.

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On t’aperçoit rarement, on te croise surtout en arrière-plan des podiums et on discerne dans ton travail une démarche novatrice. Qui es-tu, Braim ? 

Le même qu’il y a trois ans quand j’ai terminé ma formation à l’ESMOD Tunis. De 2012 à 2014, j’ai pu emmagasiner le maximum de connaissances pour affronter le monde professionnel dans lequel j’évolue aujourd’hui. Je suis de la même génération que Cyrine Faillon (Mademoiselle Hecy), Seyf Dean Machiavelli. Evoluer aux côtés de ces personnes m’a fait prendre conscience de la richesse créatrice présente en Tunisie et m’a encouragé à créer des choses nouvelles. Je me disais toujours « Pourquoi pas moi ? ».

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Comment ton ascension dans le monde de la mode a commencé ? 

Si je devais remercier une personne en premier lieu, ce serait Anis Montassar (président de la fashion week Tunis) pour son professionnalisme, ses encouragements et son soutien inaltérable. Après mon premier défilé en 2015, j’ai été sollicité par l’équipe de rédaction de Libération pour faire apparaître une de mes créations dans l’édito du mois de juillet. Le match a été parfait, une de mes robes s’est retrouvée portée aux côtés de mes idoles : Rick Owens, Yamamoto, Paul Smith, Elie Saab et Hermès.

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Que t’inspire tes créateurs préférés ? 

Globalement, mes créateurs favoris travaillent la mode comme je l’entends. Une mode pas nécessairement portable dans la vie de tous les jours, une mode expérimentale. Rick Owens ose, Yamamoto et Y Project approchent le corps comme une réelle œuvre d’art, Paul Smith habille l’homme de chic, Vêtement et Comme des Garçons sont à la pointe de la modernité. Ils sont en évolution constante. A plus petite échelle, le styliste marocain Amine Bendriouich me fascine. Il axe son travail sur les différentes déclinaisons du vêtement et du tissu, et moins sur la tendance. Quant à Salah Barka, impossible pour moi de renier son statut de meneur, c’est l’un des premiers stylistes tunisiens à avoir réellement apporté quelque chose de neuf à la mode.

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Tes créations traduisent une réflexion complexe autour de la mode comme médium artistique, autour du constructivisme et de la géométrie. Tu choisis tes mannequins comme on sélectionne des acteurs pour un film, comme si c’était à eux de raconter l’histoire. A quoi cela tient ?

Quand je me documente sur l’histoire de la mode, je cherche toujours des choses qui me surprennent, qui m’interrogent et qui me mettent en danger. Je prends beaucoup de temps à analyser les kimonos mais aussi la tendance « construit-déconstruit » que l’on voit sur les podiums depuis quelques années. Je travaille le vêtement conceptuel et surtout – et je crois que c’est ce qui me perdra – je ne fais pas les choses pour plaire. Concernant mes mannequins, elles font partie inhérente de mes défilés. Qui sont plus des « shows » que des défilés, d’ailleurs. Je pense le mouvement du vêtement au-delà d’une simple déambulation du corps sur le podium. Lors de la fashion week 2016, j’ai choisi de faire passer huit mannequins portant quasiment la même robe, inspirée de la robe Mondrian d’Yves Saint Laurent, dans le seul but d’ennuyer les gens, de les défier. Au 9eme passage, tout s’est accéléré et bousculé. La musique a changé, le rythme s’est cassé pour créer une réelle rupture.

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Tu évoquais déjà en 2015 ton besoin d’écouter de la musique et de voyager pour continuer à créer. Est-ce que cela a évolué ? 

Je n’ai pas beaucoup voyagé. Je suis allé en Suède et au Maroc. Paris ne me fait pas rêver, même si tout le monde m’encourage à y aller. Le Paris des années 60 m’aurait sûrement plus attiré. Les pensées de Ferré, de Brassens et de Brel m’aident toujours à avancer. En ce moment j’écoute le nouvel album de La Femme. Ca me pousse à travailler et à me mettre en condition pour dessiner.

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Des projets pour la suite ? 

Je me suis engagé pour la fashion week 2017 et dans un projet de collection capsule qui sortira au Salon Cube (France), début mars. Cette année, je me dirige vers une collection plus minimaliste, avec des mélanges de tissus I-Tech, des camaïeux d’orange, de jaune flashy, de vert bouteille et de bleu. Mais le plus important dans tout ça, c’est de continuer à recevoir mes clientes dans mon petit atelier car ce sont elles qui donnent de la valeur à mon travail.

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La mode en Tunisie en 2025 ? 

La continuité, la standardisation et l’industrialisation des collections. L’accès à un prêt-à-porter de grande qualité et l’engagement toujours plus fort des mécènes et des hommes d’affaires dans l’accompagnement des stylistes.