Crush Fashion Week day 4: Collection nationale de Braim Klei

Post-apocalyptique ? Oui mais en subtilité, sans agression ni violence, un drôle de « soft way ». Braim Klei nous a replongés dans un gymnase désert avec des pièces décharnées, découpées, magnifiées par le sens qu’elles ont dégagé. Éclipsé par des couleurs plus flashy, le noir a pourtant été « aperçu », par petites touches.

Manches qui tombent en lambeaux, silhouettes cadencées par une fin du monde de plus en plus oppressante  et toujours cette même obsession: aller à contre-courant des tendances en faisant d’une pièce le miroir d’un « nous » disloqué. Braim a su se réapproprier les grandes lignes « fashion » du moment pour les réinjecter, subtilement, dans sa collection. Créateur éponge, il s’abreuve de ce qu’il voit, l’intériorise, le refaçonne pour un résultat improbable, tranchant. Chaussettes montantes à logo ou encore sporty, du flashy et un amour immodéré pour l’imper’, toujours décalé par rapport à nos attentes. C’est justement ce que « ses fidèles » recherchaient. Cette collection est volontairement réflexive même si la matière de prédilection pour le jeune créateur est le velours, prôné par la modosphère cette saison. Exit les broderies, pierreries et tout ce surplus esthétique qui dénature le vêtement. Épuré, ce dernier nous happe autrement. A force de regarder une pièce décharnée, notre contemplation se mue en cognition.

L’hypocrisie émotive ? Ce mangaka du vestiaire l’éradique.

DETAILS BRAIM KLEI X CN 18 Credit photo : @olesyaokuneva #fashionweek #runway #braimklei #fashion #design #minimalism

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Sélima Ben Chedli pour Braim Klei ©rock raven

On a flairé l’inspiration nippone avec des baskets noires à la sauce Yohji Yamamoto ou encore cette pièce « cosmique », avec tout l’attirail de l’astronaute, dans la veine d’une Rei Kawakubo, le clou du spectacle pour cet iconoclaste de la mode. On a assisté, in fine, à l’apothéose de l’anti-fashion, une leçon anti-accessibilité « bon marché » et une énième pièce à conviction -grandeur nature-, preuve que le vêtement n’est pas que dépassement technique. Après un tel choc cognitif, un check-point s’impose. Ralentir nos « 120 battements par minute » et se reposer en fissurant le temps, Braim ne cesse de nous chuchoter tout cela, quitte à faire dilater -licitement- nos pupilles.

« Prends ça dans ta gueule », ce chef de file d’une mode philosophique, hurlante ponctuellement et sans fard cherche à nous conscientiser avant qu’on se rue, hypnotisés par ce qu’on voit, sur une pièce normative. Si Braim a snobé les tendances depuis un bon moment, cette collection nationale boude l’achat robotique, gangrené par un archétype bref, dicté par la masse.

Une collection anti-conformiste, délicieusement réflexive, esquissée pour qu’on puisse se la réinventer à notre manière. Le prolongement d’une pièce pour B.K, c’est bel et bien nous, récepteur extirpé de sa léthargie, (re)devenu apte à singulariser une chaussette « green peace » ou une chemise déstructurée.

Ce show en deux mots ? Absolument extra-terrestre.