Crush mode : Radiance, le défilé de fin d’année du collège Lasalle

C’est à la Cité de la Culture qu’a eu lieu le défilé de fin d’année du Collège LaSalle. Cette initiative a pour but de mettre sous le feu des projecteurs les designers de demain, en leur donnant une visibilité certes nationale mais aussi internationale. Focus sur un show qui a montré que mode et culture étaient intrinsèquement liées.

Emotions exacerbées aux backstages

A une heure du défilé, mannequins et jeunes créateurs s’affairaient aux backstages. Pourtant et si à première vue, le strass montait en crescendo, l’ambiance avait un côté bon enfant. En effet, les enseignants ont continué à épauler leurs jeunes poulains jusqu’à la dernière minute, apportant conseils pratiques d’une part et retouchant les dernières pièces d’autre part. S’investissant sans compter aux côtés de leurs étudiants, la rigueur et l’académisme du collège ont laissé place à un rapport beaucoup plus intime assouplissant ainsi la dialectique entre élève et enseignant. Il est vrai que le pré-défilé ou le « before » est toujours synonyme de panique mais cette fois, c’est la générosité et l’entraide qui nous ont marqués car renvoyant à une image moins sclérosée du milieu de la mode.

Les mannequins aussi étaient détendues et nous ont livré quelques « impressions » avec une spontanéité et une sincérité très touchantes. Partagées entre des pièces « très bien faites », « faciles à porter » puisqu’elle s’adaptent facilement à notre vestiaire et qui n’essaient pas de court-circuiter une mode mainstream mais à construire des pièces à partir de modèles étiquetées « appartenant à la fast fashion » et une légère déception quant au fait de trop s’attacher « à l’univers du maître » en s’inspirant des grands aux dépens d’un travail qui renverrait plus à l’univers personnel de l’étudiant, les mannequins  ont toutefois étaient unanimes quant à la qualité des pièces essayées et à la passion dévorante qu’ont ces étudiants pour la mode.

@sarramelki ❤😘

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#backstage #fashion ❤❤

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Mix and match

Se faufiler entre les mannequins, les approcher et surtout leur poser des questions nous a aussi permis de zoomer sur leur make-up, un make-up intriguant, réalisé par le célèbre make-up artist « Coco ». Bien connu des aficionados de la mode et de la beauté, Coco réussit à passer d’un maquillage simple, sobre voire « conventionnel » aux hautes sphères de la création. On voulait un « maquillage à 360 degrés » qui happe, attire, s’imprime tout de suite sur la rétine donc ? « Extravagant et qui résume à lui seul l’esprit futuriste et digital des collections » a souligné Meryem Al Alami, la responsable artistique de l’événement

« On a choisi de mixer les pièces en faisant des passages assez courts mais qui mettront, à chaque fois, l’accent sur l’univers d’u étudiant » dixit Hanen Abene, l’une des enseignantes au département mode du Collège. Ce travail, a priori individuel, est en fait une collection « collective ». Travailler quasiment en équipe ajoute une autre contrainte aux étudiants. Ayant des univers assez différents bien qu’ils soient encore dans une forme de tâtonnement qui montre à quel point l’expérimentation et l’exploration sont importantes pour ces futurs designers, ils ont dû trouver un fil conducteur entre des thématiques aussi audacieuses que délicates. Faire correspondre futurisme « façon Courrèges » auquel on n’a pas hésité à injecter une dose de contemporanéité et une thématique aussi complexe que le high tech, le tout modulé sur des pièces estampillées prêt-à-porter ou/et robes du soir, n’était pas chose aisée. Toutefois, le rendu final a largement dépassé nos attentes en nous faisant réfléchir sur notre manière de consommer et d’aborder le vêtement tout en nous faisant rêver avec cette « frivolité essentielle ».

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Focus sur le grand moment de la soirée

Mahdi Guesmi, s’inscrivant dans une veine de néo-margielisme, a misé sur un « high tech » éthique. Ses quatre modèles ont été « dupliqués » grâce à un concept de diode led économique qui mime l’intérêt du jeune homme pour une mode où le trompe-l’œil peut rimer avec éthique et économie. Pouvant tenir jusqu’à cinq heures, ces robes, pleinement enracinées dans une époque où les avancées scientifiques font office de toile de fond à la création, allieraient ainsi arts et sciences en décloisonnant deux « domaines » qu’on pensait incompatibles.

Marwa Soltani a, quant à elle, décidé de revisiter les sixties via la vision d’une « femme » conquérante avec une allure de cosmonaute très glamour. Intergalactique, elle rivaliserait presque avec le Ziggy de David Bowie mais tout en ayant un ancrage clair dans sa féminité. Le choix des matières, le PVC entre autres, renverrait à une mode « extra-terrestre » tout en s’inscrivant dans une pop culture où la nostalgie de nos années « Les chevaliers du Zodiaque » ne pourraient être complètes qu’avec un set des Daft Punk. Un « Digital love » parfait pour deux univers qui se font écho.

 

Amna Guefallah a aussi narré, à travers ses pièces, l’histoire d’une femme forte, conquistador à sa manière mais tout en gardant les pieds sur terre. S’appuyant sur la technique de l’upcycling avec la réutilisation de bonnets de soutien-gorge et démocratisant le Do it Yourself –tout le monde peut couper, scratcher et réutiliser de vieux vêtements pour en faire quelque chose de plus personnel-, Rania a aussi mélangé le cuir à une espèce de fil de fer barbelé, pour en faire « une armure » sexy. Pièces monochromatiques, toutes en noir, la jeune femme nous a donné une leçon de mode pratique tout en restant très sensuel. Corsets lacés tantôt dans le dos, tantôt sur le devant, jupe-tutu transformés en cape ou, le clou du spectacle, le voile de la mariée qui change de place, en devenant une jupe en tulle extra-longue, dans « laquelle » on y verrait une redéfinition de la féminité –mariée ou nightclubbeuse libre- revoir la « power attitude au féminin expliquerait peut-être le choix d’une collection spectaculaire 100% féminine.

Haifa Dridi, inspirée par Elie Saab, a choisi de s’atteler à des robes vaporeuses, légères, aux couleurs acidulées et planantes. Embijoutées, brodées, sexy ! Rien ne se perd certes mais tout se transforme en une mode magique, pétillante qui invite « à l’imagination » et au bien-être. Oublier le présent et décoller, l’instant d’un défilé, au royaume des princesses-guerrières, ou des muses non plus de Azzedine Alaia mais de Marwen Ferchichi, fortement impacté par la philosophie du vêtement adoptée par le regretté Alaia, ne pourrait être que curatif pour nous.

Au lieu de prôner le genderless, ces mini-collections ont confirmé la dichotomie des genres afin de célébrer une femme, avec tous ses attributs physiques, affirmée, sexy et forte dans et grâce à sa féminité. Désirable, s’armant d’un make-up prononcé, d’un voile qui change de place en devenant une jupe –le recyclage et le DIY sont les deux mantras essentiels de cette collection-. Prête à marier ? Pas vraiment parce que la vision de la femme selon nos jeunes poulains de la création est surtout prête à se battre pour faire valoir sa place, la légitimer et l’étayer.

 

Publiée par Collège LaSalle | Tunis sur Jeudi 5 juillet 2018

Le retour d’Alisha Studio au bercail 

Débordement d’émotion en perspective avec un défilé où Alisha Studio, qui a suivi son cursus au Collège LaSalle, a présenté ses dernières créations en parallèle avec celles des étudiants. Samia Mbarek, l’un des deux maillons d’Alisha Studio, a ponctué son discours d’expressions extrêmement touchantes. « Beaucoup d’émotion », « des débuts magiques », « une sensation bizarre », « retourner sur les lieux où tout a commencé ne touche réellement », en recueillant ses propos, en bribes car fortement émue, Samia a manifesté une gratitude inouïe à l’institution où elle a tout appris et une fierté sans bornes pour ses « dignes héritiers ».

Magic swing 💫🌪 #ss2018collection #volume #mouvement #kilimpattern

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Ce défilé représentait, in fine, aussi bien la rigueur que l’émotion, la sensibilité que le sérieux bref, il a fait correspondre académisme et bienveillance. Les enseignants, dont a aussi fait partie Samia, ont accompagné ces jeunes pousses de la mode jusqu’à la fin de leur show, leur apportant soutien et conseils. Toujours aux petits soins, la relation initialement dialectale entre maître/élève s’est muée en une complicité tacite, manifestée par un point de couture parfaitement exécuté ou une robe, réajustée « de justesse ». Quatre étudiants ont été couronnés pour leur sérieux, leur implication dans la mode et leur audace durant l’intégralité de leur cursus. Amna Guefallah, la lauréate –officieuse-, puisque ce défilé n’avait rien d’une compétition mais était une ode à la création et à la créativité, a pu bénéficier d’une bourse internationale afin d’élargir ses horizons « fashion » au collège LaSalle du Canada.