Défilé Coup de cœur : La Vénus à la Fourrure de Braim Klei

Minimal et expérimental, le défilé de Braim Klei honore sa griffe. Après une collection nationale certes futuriste et transgressive mais toutefois, colorful, Braim renoue avec son ADN originel –bien qu’il ne s’en soit jamais débarrassé- le tout, avec une collection tout en noir et blanc mais non sans une touche de rouge « fatale ». C’est en effet Azza Slimane qui a été le vecteur de cette touche encore énigmatique dans un univers a priori manichéen. Or, ce rouge, assurément vénéneux, n’est que le point d’orgue de l’avènement de la Vénus à la fourrure –Venus in Furs-, chantée par Lou Reed et hissée au rang de Femme Fatale par l’écrivain allemand Sacher-Masoch. Les succubes de Braim, envoûtantes avec une démarche lente, languissante et hautement sensuelle ont continué à nous émouvoir avec des pièces oversize, des costumes pour tous –la diversité étant à l’honneur chez Braim- et notamment, un costume toujours dans une veine XXL, sublimé par Karima Riahi.

Cette androgynie, réappropriée par Braim, est sans rappeler le travail de Margiela sur des pièces dites « masculines ».

Cet article pourrait vous intéresser : Dernière journée de la fashion week Tunis sous le signe du succés

La philosophie du vêtement

Goodfella ✖✖ Credit photo : @taherbenali

Une publication partagée par BRAIM KLEI (@thebraimklei) le


Iconoclaste, Braim Klei ne cesse de tordre le cou aux tendances du moment en restant fidèle à sa propre conception du vêtement. Intellectuelles car épurées et expurgées de toutes fioritures, ces pièces nous invitent à la réflexion voire à un questionnement sur notre posture de consommateur voire d’hyper-consommateur. En effet, renouer avec l’esprit de la Factory –Venus In Furs était enregistrée dans les locaux du studio de Warhol-, un esprit de laboratoire et d’expérimentations, de jeux transgressifs ponctués de tentatives de dépassement de soi pour justement retourner à l’essentiel et faire l’éloge de la lenteur –avec notamment la démarche très slow des modèles- est une manière de redéfinir les codes de la réception, aussi bien en terme de réception sensorielle, c’est-à-dire de comment on ré-apprend à apprécier, pleinement un défilé, que cognitive en réfléchissant sur la valeur ajoutée donc créative d’une collection. Avec Braim, on sort du sérail du business pour replonger, le temps d’un quart d’heure, dans l’essence de la Création.

Cet article pourrait vous intéresser : Highlights sur le défilé de Soltana à la Fashion Week de Tunis 2018

Eloge Aux Anciens

Margiela, Yamamoto –incarné entre autres par Azza Slimane- ou encore Rei Kawakubo… Braim fait tabula rasa de la fast fashion mais n’oublie pas, pour autant, un certain dialogisme que la mode lui permet de faire. L’allusion aux univers des maîtres de du courant Anti_Fashion est  synecdochique –elle se manifeste par miniaturisation donc par petites touches- n’empiétant aucunement sur l’univers de Braim. Bref, œuvre répétitive car s’imprimant sur la rétine, intelligente car bercée par une mélancolie qui flirte souvent avec un nihilisme schopenhauerien, cette collection estampillée BK prouve encore une fois que la mode n’est pas morte.