Fashion news : Focus sur les préparatifs annuels du Grand Défilé Esmod Tunisie

C’est dans la lignée des prestigieux concours de l’IFM, de l’Anti_fashion festival ou encore, du festival Hyères que s’inscrit le grand défilé annuel de ESMOD Tunisie. Cette année, on a pu voir les élèves d’ESMOD Tunis en pleins préparatifs pour le grand show. Focus sur les futurs fashion designers de demain.

Trois maîtres-mots : technicité, créativité et originalité

Ce triptyque prometteur est signé Mr. Nino Saturo, le directeur général d’ESMOD International. Gage d’excellence, ESMOD Tunisie a vu émerger des designers tels que Ali Karoui, Ahmed Talfit ou encore, Braim Klei, le seul créateur de mode qui s’inscrit dans la continuité du mouvement Anti_fashion, prôné par les créateurs de mode japonais à la fin des années 70. Côté Esmod France, ce sont des noms comme Eric Bergère ou encore Frank Sorbier, l’un ayant travaillé chez Hermès, l’autre ayant préféré fonder sa propre maison Haute Couture, qui figurent parmi les anciens d’ESMOD France.

Aujourd’hui, le profil des étudiants a légèrement changé. Outre le talent et l’énergie débordante qu’ils manifestent, cette nouvelle génération « d’esmodiens » est beaucoup plus consciente de l’impact écologique de la mode. Adeptes de upcycling –recyclage fièrement revendiqué-, enclins à une mode plus éthique et positive ou puisant dans le patrimoine tunisien afin de le moderniser, la promotion 2018 de ESMOD Tunis/Sousse montre clairement son aspiration à revitaliser l’industrie de la mode en lui injectant une morale anti-mercantile.

Coups de cœur subjectifs

Le trompe-l’œil est un leitmotiv chez Adrienne Penda. Elève d’Esmod Sousse, la jeune femme a transposé les masques africains sur ses pièces. Alliant surréalisme et fauvisme, Adrienne nous a replongés dans l’univers d’Elsa Schiaparelli tout en gardant son identité propre. Sa collection plaira aux plus enfantins d’entre nous !

Le spectre du Courrèges des sixties a quant à lui plané sur la collection de Hsan Ben Ayech. Initialement adapté pour le tricot, le motif chevron a eu droit à une touche futuriste via la matière choisie. Travaillant avec du PVC, le jeune homme, avec ses trois pièces d’inspiration « glam rock », a réussi à faire du bling-bling sans tomber dans le cliché des vêtements importables car surchargés et lourds, du point de vue « poids ». On attend de voir le résultat final ce soir.

Autre univers, autre-s- challenges avec Marwa Ben Mustapha. Gangta’ girl assumée et porte-parole de toute une génération, la jeune femme a honoré la culture street avec une réflexion sur le vêtement. Son modèle était enchaîné, comme si la société et a fortiori la mode qui nous est dicté était une contrainte dont il faut se libérer voire s’en émanciper. Ayant pour palette chromatique le noir, couleur de l’anarchie par excellence et le jaune, couleur de l’excitation et du risque, le vêtement pour Marwa semblerait mimer la révolte interne que ressentent les jeunes aujourd’hui.

Enfin, ce quatuor ne pouvait se terminer que sur une note positive. Ex-médecin, Aida Andolsi s’est reconvertie en une créatrice de prêt-à-porter féminin. Si à première vue, les pièces qu’elle nous a montré reprenaient l’atmosphère anxiogène d’une chambre d’hôpital, ses « shoots » laissent entendre le contraire. Shootée justement dans une chambre d’enfant, la jeune fille, fortement inspirée par un livre anglo-saxon, Rester en vie, a voulu montrer tout l’espoir qu’incarnait la mode. Loin de faire primer l’audace esthétique sur l’éthique de la création, la jeune femme a essayé d’allier ces deux concepts en rendant des pièces noires euphorisantes. Dérouté au début du show, on imagine que le public saisira, a posteriori, l’essence de cette collection curative.

Le Grand Défilé Esmod Tunisie se tiendra ce soir à l’Hôtel Laico pour la suite de cette plongée au cœur de ce laboratoire d’expérimentations fashion aussi tunisien que cosmopolite.