Défilé coup de cœur de la rédac’: Ludovic Winterstan

Malaise. Voilà ce qu’on ressent quand on découvre la dernière campagne prêt-à-porter de Ludovic Winterstan, au beau milieu d’un défilé. Des corps dénudés s’adonnent à une orgie, où tous les excès sont de rigueur comme si nos passions n’étaient que prison claustro-phobique. Exacerbées à l’extrême, on finit par les vomir en mutilant son corps. Tiraillé, l’être humain s’a-néantise en se laissant-aller.

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Monstrueusement belle, l’horreur est sublimée pour mieux nous assaillir, nous avilir. L’être humain n’est pas que néant, il est aussi -voire surtout- faiblesse. C’est à travers des créations débordant de technicité, élaborées jusqu’à l’écœurement que ce paraître et en creux un vêtement étouffe ce qu’on ressent. Le viscéralement laid se mue en beauté éphémère, d’emblée dénudée, (re)mise à nu car trop extravagant. On a l’impression que ce génie du gothique Ludovic Winterstan -pris dans son sens moderne- ne cherche pas à nous habiller. Il est trop tard pour masquer nos torts avec des bouts de tissus, d’esquisser des sourires tant notre Histoire est morbide, tant notre visage est enlaidi par nos affects.

Si dans ses anciennes collections les identités étaient gommées, masquées à dessein, aujourd’hui, les masques tombent frénétiquement pour scruter des visages mort-nés, dégoulinant de mal-être.

Grimées en Marilyn Manson, les filles de Ludovic Winterstan ont cessé de se débattre avec leur image.

Exhibant des corps décharnés, leurs traits se durcissent, leur démarche devient imposante et c’est effrayant de se rendre compte que toutes ces silhouettes convergent vers un Moi unique. La peur ne prend pas naissance avec le vêtement mais elle est l’excroissance de ces faciès, une sorte de miroir « déformé » ou notre for intérieur ingénieusement défiguré mais attirant. Un repoussoir magistral qui loin de vouloir prôner une joie de vivre factice, idéaliste à en devenir naïve, fait l’éloge du dénuement de l’être, de sa fragilité, de ses paradoxes. Une collection à mi-chemin entre un monde « lovecraftien » pré-apocalyptique et un no man’s land dans la veine de Bret Easton Ellis. Du vrai sur lequel se superpose un gothique chic. Des pièces « à conviction » de notre monstruosité joliment serties de pierres Swarovski. Le summum d’un vice en fourrure, souvent écaillé.

On a beau mentir, on a déjà été démasqués. Un défilé dont on ne sort pas indemne et une urgence de réfléchir sur notre tragédie contemporaine.