Pourquoi diabolise-t-on toujours les règles ?

On voit des crimes atroces tous les jours et parfois, en boucle. Une kamikaze se fait exploser au beau milieu de la capitale et voilà qu’on montre son cadavre sans la moindre retenue. Zéro intimité. Après tout, elle le mérite –oui mais, que fait-on de la dignité humaine ?- alors, si ce genre de photos passent inaperçues, pourquoi les règles ou encore une goutte de sang suscite-t-elle autant d’indignation ?

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Cachez cette goutte de sang que je ne saurais voir !

Oui, une goutte de sang sur un jogging blanc choque. Et ce, abstraction faite des sociétés et des milieux. Il y a quelques années, une coach de Yoga a posté une vidéo où elle s’adonnait à son sport favori pendant ses menstruations –un terme barbare pour désigner ce qu’il y a de plus beau chez la femme mais passons-. Evidemment, son acte a été interprété comme une énième provocation mais il a aussi conduit beaucoup d’autres activistes 2.0 à poursuivre sur cette lancée. L’artiste Petra Collins a par exemple  conçu, en2013, des t-shirts « Period Power » pour la marque de fast fashion américaine American Appareal dans le but de désacraliser les règles. Présentées à la manière d’un gribouillages enfantins, nos menstrues n’avaient rien de « choquant » ou de « repoussant » comme certaines personnes s’échinent à le croire aujourd’hui. Dernière prouesse en vue ? La marque américaine de serviettes hygiéniques Always a remplacé ce fameux liquide bleu qui dématérialise NOTRE SANG par un liquide rouge, beaucoup plus représentatif de la réalité. Mais si avancée en la matière il y a, on peine toujours à parler librement de ses règles. Peut-on sortir sans protection ? –certaines personnes le font aux Etats-Unis, il y a même un article qui a été dédié au Free Bleeding dans les colonnes de Vice CA et qui encourage les femmes à faire confiance à leurs corps en l’écoutant-, les protections, justement, coûtent de plus en plus chères et ne sont pas remboursables –quoiqu’en Edinbourg, elles le seront bientôt- et enfin, il n’y a ni de distributeurs de tampons ni d’endroits où on pourrait se procurer des protections sans avoir à passer des heures à en chercher ! En effet, il y a encore du chemin à faire….

La collection capsules Period Power de Petra Collins pour American Appareal

Un tabou universel et transgénérationnel

Diabolisées par les religions monothéistes qui considèrent les femmes comme « impures » pendant leurs périodes des règles, les sociétés aussi, sur lesquelles pèse un héritage religieux, politique et culturel extrêmement lourd et qui est, de surcroît enraciné en nous, n’épargnent pas les femmes « indisposées ». Avoir ses règles seraient synonyme de faiblesse –fatigue, sautes d’humeur et parfois, impossibilité de bouger- ce qui accentue le pouvoir du patriarcat puisqu’une femme « réglée », comme on le dit dans plusieurs jargons, est une femme qui ne peut, en aucun cas, accomplir ce qu’accomplit un homme. Véritable accélérateur du pouvoir masculin, ces idées qui sont évidemment erronées, gangrènent non seulement les enfants mais confortent les adultes dans leurs croyances, dans un background qu’ils veulent inébranlable car il les pousse à adhérer à des notions, notamment par principes idéologiques, sans se rendre compte que tout ce background DOIT être remis en cause. Ce qui dérange n’est pas en fait le sang –on en voit partout, sur les réseaux sociaux, dans les films et récemment dans les soirées spéciales Halloween où tous les convives étaient barbouillés de faux sang- mais ce sang qui provient du sexe féminin. C’est là, le véritable point névralgique des sociétés et a fortiori de toutes les sociétés. Comme la virginité est un moyen de remettre la femme à sa place en étant irréprochable moralement puisqu’elle ne doit jamais se comporter, sexuellement parlant, comme un homme donc, se mesurer à lui en lui étant égale, les menstrues confirment son statut de future épouse modèle bref, tout un panorama de clichés qu’il faudrait déconstruire afin de redéfinir la place des femmes dans une société qui se veut « libérale ».

 

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Le nouvel épisode du podcast parle d’activisme des règles ! On raconte aussi nos expériences personnelles. Be ready 💉 (Lien dans la bio) @nouvellesecoutes #podcast #feministpodcast #quoidemeuf #periodpositivity #regles

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Nota bene :

deux choses m’ont poussée à écrire cet article/chronique. Les stories de @Vitalunaspirit qui avaient pour visée de parler librement des règles bien qu’on soit encore enfermé-e-s dans nos propres a priori et bien qu’on vive dans une société patriarcale qui bafoue, complétement, notre droit le plus légitime d’être fière de notre corps et de toutes ses sécrétions et aussi, une « hate » pub qui a baigné notre enfance/adolescence et qui présente l’arrivée des règles comme un cadeau empoisonné illustré par une vieille « marâtre acariâtre » qui nous renverrait à la figure de la méchante sorcière, bannie de tous, dans les contes de fées.

Enfin, voici un documentaire que TOUT le monde devrait voir afin de se libérer de ce genre de tabous qui est les régles