Douraïd et les autres visages de la Tunisie

Le photographe Tunisien Douraïd Souissi présentera sa nouvelle exposition, « Mohamed, Salem, Omrane, Hbib, Hsouna, Alaa, Farid, Hamza, Mehdi, Oussama, Kamel », le jeudi 20 avril à la galerie A. Gorgi de Sidi Bou Saïd.

Plus qu’un simple titre, le nom choisi pour l’exposition est une évocation de l’histoire de chaque personnage. Patiemment choisi, chaque nom décrypte le quotidien d’un autre, l’autre que Douraïd a photographié, l’élément clé d’une série à plusieurs inconnus. Ce nouveau projet photographique représente des personnages égarés et ordinaires, à peine distincts, dans une Tunisie en pleine quête d’identité.

Photographier le vide fait du sens dans le travail de Douraïd Souissi.

Choisir l’angle de vue le plus large et prendre le recul nécessaire pour capter l’étrangeté qui se dégage de l’univers. Voilà des techniques que l’artiste applique aussi bien aux horizons qu’aux portraits. Ici, le vide immense généré par le cadrage invite à la méditation. Allons-nous nous perdre, nous sentir perdu ou nous sentir encore plus seul ? Ces deux portraits pris sur le vif laissent planer le doute sur l’identité des personnages. Qui est ce jeune homme au regard lointain et aux traits tirés ? Que regarde le vieil homme si ce n’est le vide ? Quelle histoire est en train de se dérouler sous nos yeux ? Qui sont ces hommes et que souhaitent-ils évoquer ? L’un âgé, l’autre au début d’une jeunesse en perdition. Omrane et Salem. Tous deux se retrouvent sujets d’une réalité en mouvement, acteurs d’une scène incertaine et angoissante.

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La Tunisie, Douraïd la perçoit de loin tout en essayant de la toucher du doigt. Il laisse la personne qui regarde s’interroger sur la Grande Histoire, celle infligée par les médias venue de sphères qui nous dépassent, et la Petite Histoire, celle des gens ordinaires, celle que l’on ressent sans pour autant la capter. Plane le mystère d’un pays en plein bouleversement, emplis de questionnements et de dualités anxiogènes. En posant ces deux personnages, ces deux opposés, frustrés et honteux de ne pas pouvoir tenir les rênes de leur avenir, le photographe capte des vies au pied du mur.

Le noir est pesant mais il est aussi réconfortant. Il pose une distance entre le spectateur et le sujet, comme pour indiquer un détachement douteux ou pour mettre en lumière des visages grisés par le doute. Et la lumière dans tout ça ? Que sont ces cercles lumineux autour de ces hommes ? En choisissant l’opposition du noir et du blanc, Douraïd Souissi suggère l’actualité, celle qui nous inonde d’images édulcorées et de mots trop souvent sortis de leurs contextes. Une actualité qui inquiète et fascine à la fois, elle ne dit pas tout et parfois même se donne le droit de mentir. 

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Qui est Douraïd Souissi ?

Photographe tunisien indépendant, Douraïd Soussi vit et travaille en Tunisie. Ses cinq années d’étude aux Etats-Unis lui ont permis d’obtenir une licence en commerce internationale et un master en histoire de la philosophie. De retour en Tunisie pour se consacrer à la recherche photographique, il commence à perfectionner sa technique et à construire de nouveaux espaces de langage par l’image. Privilégiant les plans larges et choisissant généralement les paysages méconnus de Tunisie comme thématiques, Douraïd s’attache à la frontalité et au dépouillement dans tous les projets photographiques qu’il entreprend. C’est lors de ses nombreux déplacements dans l’intérieur de son pays qu’il développe le noir et blanc, une méthode d’abstraction essentielle pour lui. Ses clichés racontent des choses complexes et pointent l’actualité de notre monde en en révélant la structure.

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Son travail a été présenté au sein de deux expositions personnelles, à l’Espace Mille Feuilles de la Marsa en 2014 et à l’Espace Aire Libre d’el Teatro à Tunis en 2006. Il a participé à plusieurs expositions collectives dont L’expo Talan à la Charguia (2015 et 2016), à la Maison de l’Image (2016), à la galerie AGorgi (2015) et à la Maison de la Tunisie à Paris (2014).

Douraïd Souissi a également participé à plusieurs biennales comme la Biennale de l’Art Africain Contemporain à Dakar en 2014, au festival Voies Off à Arles en 2013 et aux Rencontres de Ghar el Melh (Tunisie) en 2007, 2009 et 2014. Il est actuellement en résidence à la Cité des Arts de Paris.