Fashion Week Menswear en 20 silhouettes surprenantes !

Fleuron de la culture punk, Londres n’a pas failli à sa réputation. Des créateurs émergents, des silhouettes surprenantes, une abolition du « genre » voir une réinterprétation du corps et des défilés-performances, voilà ce qu’on a repéré, les yeux grands comme des soucoupes. Émotion et créativité ont trouvé leur plein sens dans une atmosphère aux accents souvent punk, parfois régressifs, toujours « cool ».

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Vivienne Westwood: God Save the Queen

Toujours fidèle à son poste, la reine du punk a veillé au grain, inspirant les nouveaux pedigrees de la mode londonienne. Son cheval de bataille ? Comment faire renaître le punk, le vrai, celui où DIY rimait avec objets de récup’ et où un accessoire insignifiant devenait utile, de ses cendres ? Une problématique  étayée par ses poulains mais toujours menée de front par la papesse du punk. Du blanc, du rouge, un grand n’importe quoi stylisé, des pièces chamarrées et des cranes rasés, des mannequins grimés en bisounours défilaient ainsi, tout en brandissant des slogans « contestataires ». Il ne manquait plus que quelques riffs  des Sex Pistols pour parfaire ce tableau, tout droit sorti des 70’s.

Le punk est aujourd’hui moulé dans un écrin résolument moderne, faussement « vintage », farouchement bizarre mais toujours aussi fascinant. Exit le listing des tendances, Vivienne a donné le la à une foire esthétique comme pour nous souffler qu’en 2017 il n’y a plus de Fashion qui tienne.

Per Gotesson, Graig Green et Kiko Kostadinov

Le premier est fasciné par les grosses poches, idéales pour planquer ce qu’on pique lors d’un « after rave party », les pantalons XXL couleur rose millennial et la résille, le deuxième est obsédé par American Psycho, le chef-d’oeuvre de Bret Easton Ellis et fait naturellement ressortir le côté « dark » du bon vieux yuppie des 80’s. Quant au troisième, il a déjà crée le « béret du futur », un drôle de couvre-chef à mi-chemin entre la toque de jeune diplômé et le chapeau de peintre et transpose l’Arte Povera dans toutes ses collections. Le point commun entre ces trois « OVNI » de la « mode » made in UK ? C’est qu’ils exècrent la mode. Faire un vêtement utilitaire donc dépouillé, à l’image de notre « crise » socio-économique, et faire réfléchir « le consommateur » sur sa conso-machie, bannir le surplus pour se recentrer sur l’essentiel: le vêtement, voici ce qu’a fait Kiko en remodelant le workwear à l’image du bureaucrate moderne.

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Couleurs ternes et minimalisme nippon, clin d’œil inévitable à Mackintosh, une marque à laquelle il a juré fidélité depuis ses débuts pour un résultat aussi  frontal que subtil. Graig, lui, maximalise ses silhouettes. Sa mode est hyperbolique, exacerbée et « déconcertante ». Le jeune créa’ se joue de notre « dress code », bien propret et docile pour en renouveler les règles. Ses pièces n’ont ni queue ni tête, à l’effigie d’un tableau cubique, annonciateur d’un surréalisme plus qu’évident. Graig nous rit sans doute au nez. Comment ne le ferait-il pas puisqu’en parfait martien de la mode, il vient de créer une collection, dans la veine de ses défilés, pour le dernier volet du blockbuster Alien ? Une anti-fashion assumée, ludique et qu’on adoube sans plus tarder.

Le troisième mousquetaire, Per, a gardé son amour des after party branchouillards, psychédéliques où « l’acide » circule effrontément. Éternel ado, ses « hommes », éphèbes modernes, ont certainement été biberonnés à Skins, Degrassi, Shameless bref, à tout ce panthéon de l’underground sur petit écran et où une « Rave party » bouclait chaque épisode. La grosse tendance à retenir ? Porter une pièce qui nous permettrait de déguerpir par l’issue de secours » une fois que les flics auraient débarqué, mettant ainsi fin à une « orgie » millennianesque.

Coups de cœur de la rédac’

Un double crush pour deux artistes « hors normes ». Le premier adule « l’illusion comique » et devient ainsi le chantre du « baroque ». Il s’appelle Charles Jeffrey et affublait ses soirées de la mention « Loverboy ». Loin d’être un vulgaire sobriquet, Loverboy est devenu sa marque de fabrique. Charles grime les hommes en femmes enfin, en drags queens ultra-modernes, affreusement sexy, merveilleusement clownesques. Hommes-femmes, ses mannequins deviennent le vecteur d’une nouvelle « idéologie » identitaire, anti-essentialiste  aux possibilités multiples. Des couleurs enfantines, des pièces aux airs de « croquis », rien ne semble vraiment fini chez Loverboy mais tout est beau à contempler. Une mode presque joyeuse, résolument colorée et qui rit aux nez de la « bienséance », comme une rencontre subtilement calculée entre Vivienne la Magnifique et cet « amoureux » du merveilleux, punk « gentil », gamin idéaliste à l’imagination inouïe. Intello, joyeux et grandiloquent, voici l’univers de Charles, le nouveau garnement de la mode « poético-masculine » londonienne.

Changement de décor avec Bobby Abley ? Presque. Ce Peter Pan de la mode s’inspire de l’univers « Disney » pour attifer ses mannequins de vêtements rigolos, à l’esthétique  » cour de récré ». Les Héros de dessins animés et de saga à la Guerre des étoiles reprennent vie sous l’égide de Bobby. Pour sa cinquième collection, le créa’ a marié silhouettes viriles et monde hautement enfantin/geek pour un résultat détonant. Exit le bon sens et la demi-mesure, tout est pris dans un premier degré assumé et un tantinet kitsch.

Ovationné, Bobby a réussi son pari de designer « fou », celui de faire de la mode tout en sortant des sentiers battus. Un crush mérité et une rédac’ métamorphosée en fée clochette, conquise et gaie comme un pinçon.

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Le laboratoire anti-fashion des « expérimentations » londoniennes a fermé ses portes. Prochaine destination: Milan et son anti-orthodoxie laborieusement gagnée. On espère voir fleurir des artistes milanais iconoclastes, aussi culottés que leurs homologues anglais.