Fashion week Paris : Deuxième et dernière partie ?

Extra-terrestres ou extra tout court ? La Fashion Week de Paris vient de faire ses malles. Adieu défilés grandioses, starlettes triées sur le volet, quelques ratages et ringardises vestimentaires devenues très IN. Voici l’acte II d’une Fashion Week hors-pair.

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Le vieux couple Rei Kawakubo et Yohji Yamamoto

Le couple Kabakubo/Yamamato est une sorte de Winnie et Willie beckettiens. Séparés depuis plusieurs années, ces enfants terribles de la mode japonaise se complètent malgré eux. C’est du moins ce qu’on a ressenti lors de leurs derniers défilés. Chez Comme des Garçons, l’ambiance était « bizarrement » bon enfant. Quinze silhouettes hautes en couleurs ont défilé, mêlant princesses d’antan, esprit de « dessins-animés » et dégaines d’aujourd’hui. Si cette collection semblait joyeuse, régressive et bourrée de nostalgie, on ne pouvait s’empêcher de flairer un soupçon d’étrangeté. Les robes étaient déstructurées jusqu’à la néantisation des formes, les couleurs, trop criardes, les détails sur-exposés. L’enfance devenait grotesque, paradoxale, insaisissable par ses deux pendants. Et si Rei nous avait encore ri au nez ? ce qu’on retient toutefois, ce sont les colifichets qui ornaient la chevelure crêpée de ces jeunes filles, ou ces Machiavel au féminin.

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Chez Yohji Yamamoto, point de couleurs mais une seule couleur : le noir. Chapeaux déstructurés, visières délabrées et robes noires tombant en lambeaux, le chaos régnait sur le podium avant de laisser place à une technicité criarde. En effet, si les pièces Yamamoto semblaient venir d’outre-tombe, ici-bas, on ne pouvait pas nier l’ingéniosité d’une telle déstructuration du vêtement. Impassible et fatale dans des pièces apocalyptiques, la femme Yamamoto était une espèce de chrysanthème, beauté mortifère dépassant les frontières de son époque. Comme quoi, le noir, véhiculé par une pièce délabrée, en gestation, ou nette, demeure la quintessence du chic.

 

Yohji Yamamoto SS18 show. Backstage by @elise_toide #YohjiYamamoto #SS18 #PFW #Fashion #Paris

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 Le jeu de la mode et du bizarre chez Maison Margiela et Balenciaga

Il n’y a pas que Rei Kawakubo qui démolit les frontières entre Prêt-à-Porter et Haute Couture (ses pièces se rapprochant de la Haute Couture), John Galliano adore nous déstabiliser par des pièces Prêt-à-Porter souvent difficiles à porter. Si on a eu droit à des sacs « Ikea » en guise de It-bag, des tongs pour remplacer la sempiternelle basket blanche ou encore des lunettes à la Matrix pour sortir du lot sans passer pour un énergumène robotisé, John Galliano a décidé que :

-Le bonnet de douche devait remplacer la casquette.

-Les étiquettes de voyageurs sur-bookés étaient plus intéressantes, esthétiquement parlant, qu’un logo.

-L’oreiller est sans conteste le meilleur it-bag qui soit parce qu’il garde sa fonction première dès qu’on a un coup de barre (ou une envie de piquer un somm’ au beau milieu de la rue). La mode est étrange ? Est-on en train de subir les conséquences d’une industrie qui va trop vite ? La créativité a-t-elle tiré sa révérence ? Que nenni ! La mode suit les mutations de son époque, vulgarise le quotidien, grossit les traits de nos pratiques tout en nous suggérant de diminuer la cadence de notre consommation. On ne déboulera certainement pas au bureau avec un oreiller et l’envie de ne pas travailler mais on apprendra à souffler de temps en temps.

Le final du défilé @maisonmargiela #pfw #parisfashionweek #ss2018 #paris #trench #parisss18

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Chez Balenciaga, c’est la Working Girl qui était pointée du doigt. Elle est accro au fric, au pouvoir et ne pense qu’à parvenir. Le yuppie des années 80 (mis en exergue au cinéma par Bret Easton Ellis) est ici une femme, souvent ridiculisée car mise à nu. Chemise à impression « papier de journal », trench à moitié en denim ou encore des crocs compensées pour aller en réunion…la working girl version Demna Gvasalia frôle dangereusement le burn-out, ressort quelques pépites des années yippies (à savoir la ceinture à grosses boucles), mixe tout ce qu’elle trouve. A force d’être obsédée par son apparence, la gentille chef d’entreprise perdrait-elle les pédales ? Encore une piste à explorer, une idée à creuser via ces silhouettes surchargées, très kitsch mais éminemment réflexives.

 

Women Spring Summer 18 Discover the full collection on balenciaga.com and facebook.

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Details at Balenciaga SS’18

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Le cas des crocs 

Taxées de « mochetés vestimentaires », les crocs viennent de reprendre du poil de la bête. Est-ce une surprise ? Pas vraiment quand on réactive notre « machine à remonter le temps » mentale et qu’on voit que tout ce qui générait des haut-le-cœur autrefois est devenu un « must have » aujourd’hui. Jaune poussin, rose bonbon, agrémentées de jolis écussons très régressifs, les crocs repensées par Balenciaga nous rappellent la famille Barbeapapa. Doit-on en rire ou en pleurer ? telle est la question, mais pour l’heure, on laisse ce drôle d’existentialisme de côté pour se concentrer sur l’essentiel : si on craque pour les crocs, on les met avec quoi ? Suspense…

Details at Balenciaga SS’18

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Le bal des tendances « conventionnelles » avec Balmain, Isabel Marant et Agnès b.,

Une armada de « glam girls », imposantes par un charme à la patte Rousteing, dans un décor d’Opéra, voici le défilé Balmain. Aujourd’hui, le jeune créateur français a littéralement « éclipsé » l’ancien Balmain pour redéfinir, ingénieusement, les codes de la maison. Amazones des temps modernes, ses « filles » oscillaient entre sirènes branchées et dignes héritières de Marlène Dietrich. C’est donc sans surprise qu’on trouve à la tête de son bataillon Natalia Vodianova, Jourdan Dunn ou encore le top russe Natasha Poly, des mannequins qui ont certes « pris leur retraite » mais qui rappliquent illico pour un défilé Balmain. Au menu ? Du bling-bling, des sequins, de l’or. Chez Balmain, on veut du clinquant, de la flamboyance, du tape-à-l’œil et du luxe qu’on étale sans complexe. Olivier Rousteing rend ainsi hommage au règne du Roi Soleil à sa manière et avec une Cour « so glamorous ». Redorer le blason de la nation, pari réussi pour le plus américain des créateurs français.

THE PASSION Watch the #BALMAINSS18 women’s show at BALMAINLIVE.COM #BALMAINARMY

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Chez Isabel Marant, on fait défiler les garçons ! Une première pour la créatrice française, connue pour son amour du Prêt-à-Porter féminin. Pas d’exubérances esthétiques (sauf peut-être la remise au goût du jour des…tongs !) mais un code dress taillé sur mesure pour nos envies du quotidien. Celle qui fait une mode « d’outsider » a transposé son univers musical sur le catwalk. Pétries de grunge, d’underground et de glam, les pièces Isabel Marant faisaient écho à l’ADN californien tout en mixant le côté pailleté des costumes de scènes de Bowie à la nonchalance de Kurt Cobain. Le résultat était sans surprise détonant avec des pièces unisexes, à porter à deux.

#IM #IsabelMarant #SS18 #Show #Details shot by @UlrichKnoblauch_

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Avec Agnès b., c’est le drapeau national qu’on brandit : pas de bleu, blanc, rouge mais du rouge et blanc puisque l’un des « new faces » de ce défilé n’est autre que Azza Slimane. L’un des meilleurs mannequins made in Tunisia. Azza a en effet signé avec l’agence Next il y a peu de temps. Aujourd’hui, la brune incendiaire n’a pas complétement coupé le cordon ombilical (un retour au bercail est toujours possible) mais a pris son envol. Première étape : défiler lors de la Fashion Week Parisienne, une mission que la brindille de 21 ans a réussi presque les yeux fermés. Azza nous a ainsi emmené chez Agnès b., là où la mode se veut fonctionnelle, cool et 100% zen. Couronnes de fleurs pour des jeunes filles mi-pudiques, mi-espiègles, petite robe épurée dans la veine d’un Courrèges et sandales/chaussettes, le cool fusionnait avec une attitude plus preppy pour un show émouvant par sa simplicité. Inspiration 70’s et joli méli-mélo de couleurs tantôt acidulées, tantôt noir et blanc pour une rencontre chromatique aussi discrète que flatteuse.

Silhouette of the day #agnesb #agnèsb b2018

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A G N E S B — @azzaslimene just walked the @agnesb_officiel Spring / Summer 2018 show on this final day of #PFW. #NextParis #SS18 #NextSS18

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Voilà pour cette Fashion Week Parisienne mais attention, le clou du spectacle, c’est le défilé Chanel, un show qui mériterait un acte à lui seul. Dernier round à venir…