Fashion Week jour 4: Tendances Mania !

Du merveilleux, des tendances revisitées à la manière de nos jeunes créatrices et beaucoup d’audace bref, on a eu droit à un dessert 5 étoiles pour clore une Fashion Week riche en émotions.

Madmoiselle Hecy: Trendy chic

C’était l’un des shows les plus attendus de la journée. Réputée pour faire du prêt-à-porter quasi luxe, Hend et Cyrine, les deux pétillantes Mademoiselle Hecy, nous ont offert un catalogue très subjectif des tendances du moment. On a instagramé des cœurs lors du passage de Alia Zouaghi avec sa robe cocktail blanc cassé ou encore en découvrant ce pantalon taille haute so 70’s, ceinturée pour marquer la taille d’une mademoiselle…Fatale tout en fluidifiant ses jambes. On a tout de suite pensé à un jardin enchanté en nous extasiant sur les fleurs, les broderies et tout l’attirail champêtre qui ornaient les pièces. Une magie très douce, un esprit girly non sans une touche « rock » et une minutie extrême qu’on sent en scrutant les moindres détails de cette collection. Hecy revient avec une griffe aimée de tous. Désirabilité, luxe accessible et une poésie adolescente qui nous rappelle nos premiers émois. Mademoiselle Hecy, c’est une fée clochette soucieuse de ce qu’elle nous offre, qui aime la brillance, les perles.

D’ailleurs, elle les déplace de leur endroit originel pour les réimplanter sur une bretelle ou sur le dos d’un haut bref, on était fascinée par un prêt-à-porter très singulier. Chaque fois qu’on croyait détenir l’univers de cette drôle de mademoiselle, il se faufilait entre nos doigts, restait insaisissable. Poético-érotique ? Ce défilé est à la croisée d’une poésie juvénile, comme ces lettres qu’on envoyait à notre amoureux secret et un ancrage plus affirmée, plus femme à l’image de celle qui a exacerbé cette magie: Maram Ben Aziza et sa robe « dans le vent », de quoi continuer à briller de mille feux !

 

Atmosphère Haute Couture: Un faste très Cour Royal

Comment ne pas écarquiller les yeux devant autant de magie, de merveilleux ? Femme-déesse, voici la conception du féminin pour Mouna Ben Braham. On a vu des silhouettes modernes magnifiées par un legs ancestral. Les héritières de La Du Barry se sont succédé, habillées en robes fastueuses où pierreries et broderies ont fusionné pour un résultat extravagant mais toujours maîtrisé. Bucolique, ce défilé est une sorte de jardin versaillais, embelli par des princesses déifiées, couronnées de fleurs, presque exagérément serties de bijoux. De la préciosité à l’état pur qui flirtait avec une musique de lolita, charmeuse, piquante à dessein. Maléfique ? La femme Atmosphère l’est car envoûtante, irrésistible, objet atemporel de désir. On ne pourrait jamais lire en elle puisqu’elle demeure contemplative, magnifique par sa beauté, quasi hermétique par ces couches de brillance, ces ornements.

Un surplus esthétique qui est sans nous rappeler  la poésie parnassienne, toujours à l’affût de la rareté, recherchant une langue raffinée à l’extrême, mais paradoxalement pure, virginale par un hermétisme volontaire. La femme Atmosphère parfait une création audacieuse, maximaliste. En somme, être et paraître se conjuguent pour ne devenir que fantasme et fantasmagorie.

Ejderha: la femme dragonne

L’univers d’Ejderha puise dans une âme forestière pour un vêtement brut. Assez minimaliste, cette collection prône une femme-force, connectée à la nature, un retour à l’origine tellement souhaité dans un monde ultra-technologique. Si le logo a d’emblée suscité une certaine frayeur, c’est surtout parce que cette nature dont on ne cesse de s’éloigner nous fascine jusqu’à l’angoisse. Toujours indomptable, cette dernière se double aujourd’hui d’une femme consciente, dominant son style, poussant toujours son apparence à l’extrême. De la résille qui tend vers un fil barbelé, un perfecto aux épaulettes démesurées, une veste oversize, pareille à un soleil de plomb, si on flaire les tendances du moment, celles-ci, bannissent le « déjà-vu » et  ne sont ,in fine, qu’au service d’une création quasi futuriste. Les pièces gueulent, se rebellent, se déchaînent à l’image d’une nature surexploitée, déflorée jusqu’à en devenir sanguinolente, épuisée par une humanité profiteuse, obsédée par un cyber world, éternellement insatisfait, toujours frénétique. La jupe devient aussi moulante qu’un étau qui se resserre. Une robe ? Elle ressemblerait à une prison de Piranèse. La dénonciation  d’une humanité pataugeant dans ses propres travers se dessine en filigrane. Le vêtement en suffoquerait. Yasmine et Nour, en parfaites gardiennes du temple semble vouloir le libérer et en creux nous libérer à coups de sabre. Une mode volcanique qui va de pair avec un passage à l’acte urgent. C’est sous un torrent d’applaudissements qu’on découvre ces deux sœurs fluettes ou les filles du feu d’Edjerha. Carton plein pour ces happy few.

Engagements, euphorie, dysphorie, frustration, philosophie, poésie, magie et un bric-à-brac esthétique pour célébrer l’absence de normes, le refleurissement de l’art, une mode aussi plurielle que multi-culturelle. Happy End pour cette Fashion Week, dynamisante.