Ce que la fonction Ask Me dit de nos sociétés

Instagram, c’est le temple de la déprime : matraquage de selfies, ventes de rêves express sans l’option SAV et surtout, étalage d’états d’âme sur « filtres » acidulés, le réseau social le plus déprimant selon une étude de la Royal Society n’a pas fini de nous saper le moral, la preuve ? Sa fonctionnalité Ask me –posez-moi une question-

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La solitude, ce mal du siècle ?

Cadres idylliques ou selfies compulsifs ? Instagram allie ingénieusement les deux. Pire encore, il nous fait « croire », pouvoir de monstration oblige, que ce cadre idyllique, dans lequel gambadent X influenceurs, reproduit la philosophie hippie du peace and love. Or, derrière cette sociabilité –montée évidemment de toute pièce-, se cache une solitude maladive. En effet, comment peut-on socialiser avec l’autre si on est pendus, H24, à son téléphone ?

Mais le pompon, aujourd’hui, c’est qu’en plus de participer à l’éradication de tout rapport social PHYSIQUE, le réseau social ajoute l’option ASK ME en story –rappelons que ce concept, en plus de nous enseigner la flemme et l’art du « défile-cette-story-le-plus-vite-possible » mine tout le travail photographique des influenceurs-. En effet, seule une flopée de personnes regarde encore les photos à l’ère de l’instastory-, tout en exacerbant un ego déjà surdimensionné par l’usage su « selfie ». Posez-moi une question reviendrait à dire « voilà, je vous raconte mon histoire qui est géniale » mais aussi, il crédibilise les propos des influenceurs en mettant les points sur les i, concernant leurs vies, une vie loin d’être aussi parfaite que sur les photos. Elément modérateur pour les uns, confessions de l’influenceur du siècle pour les autres, Ask me, s’adresse aussi bien au locuteur qu’à son interlocuteur. D’où l’intérêt de ressortir ses cours de linguistique pour comprendre ce genre de phénomènes.

Going through Insta stories like… ⚠️ #SaintHoax

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S’adresser à quelqu’un, vraiment ?

Techniquement, on s’adresse à une personne derrière son écran, ce qui rend la communication légèrement hermétique. Mais le message passe et ce, dans les deux sens. L’interlocuteur reçoit, souvent, la réponse escomptée. Toutefois, et là encore, il est judicieux de tempérer notre réflexion. En effet, avec Ask me, les fonctions du langage jakobsoniennes se doublent de l’hégémonie du locuteur sur son interlocuteur puisque ce dernier a le pouvoir de sélectionner les questions auxquelles il souhaiterait répondre. Cette relation n’est pas tout à fait équitable voire elle instaure d’une part la dialectique du follower, inférieur à l’influenceur et vice versa. Enfin, avec Ask me, c’est la « vie » de l’influenceur qui est mise en avant, ce qui montre le degré de voyeurisme atteint par nos sociétés : on veut tout savoir sur l’autre et ce, tout de suite. Bref, Instagram n’est pas seulement le temple du « moi-fantasmé » car idéalisé, c’est aussi le temple de « l’autre-voyeur », d’un sujet névrosé à la quête d’un objet offert, qui se dévoile entièrement à lui, d’où l’ambiguïté de la dialectique de l’influenceur dominant/follower dominé, celle-ci étant en constante mutation.

Instagram retrouverait-il un jour sa fonction première, celle d’un partage philanthropique ? On en doute fort !

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