Ce qu’on a retenu du Grand Défilé Annuel d’ESMOD

Il est vrai que la veille de ce rendez-vous annuel autour de la mode et surtout de la création en mode, on avait pressenti que Marwa Ben Mustpha et Hsan Ben Ayech allaient sortir du lot. Et bien nos premières impressions ont été plutôt positives. Mais avant de vous livrer le nom de tous les lauréats, voici un débrief de ce qu’on a capté

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Des créations qui s’impriment sur la rétine

Fraîchement diplômés d’ESMOD Sousse/Tunis, les créateurs en herbe qu’on a « rencontrés » lors de ce grand défilé jouent déjà dans la cour des grands. Dévoilant une identité créatrice marquée par des inspirations lointaines telles que le fauvisme et le surréalisme ou encore, le courant architectural allemand de Bauhaus ou plus locale, mixant ainsi pièces emblématiques de la culture berbère à la contemporanéité de la mode sur le plan des coupes oversizes, ou du vêtement déchiqueté, lacéré bref, malmené à « bon escient » et/ou des matières choisis –on retrouve le denim en tête de liste- ; ces jeunes pousses de la création made in Tunisia ont montré une ambition sans bornes et un sens du défi exemplaire.

Coups de cœurs 

Pour Ines Belkahia qui nous a replongés dans les nineties en revisitant la fameuse jupe en tulle de Carrie Bradshaw. Toutefois, sa collection s’inspire aussi des seins « obtus » ou coniques, si chers à Yves Saint Laurent –un motif récurent de sa collection africaine de 67- ou encore à Jean-Paul Gaultier. Flirtant entre idoles pop et créateurs confirmés, la jeune femme a aussi tenu à injecter sa collection de coolitude. Décontractée et dynamique, la femme Ines Belkahia combine aisément brassière à messages et jupe en tulle, comme une parfaite Material Girl.

C’est sans surprise qu’on retrouve, Sana Chamek dans ce « coup de cœur ». Lauréate du prix Excellence, Sana n’a jamais caché son engouement pour la culture heavy. Rockeuse ? Fonceuse ? Bourrée de talent ? La jeune femme est restée fidèle à son univers en présentant des pièces où le noir faisait office d’un leitmotiv chromatique. Elle reste ainsi dans la continuité de plusieurs mini-collections, teintée soit d’une culture gothique et baroque par différentes coupes irrégulières, soit punk, dans la veine de la Vivienne Westwood des années 70 avec la réinterprétation de l’imprimé tartan. Mais le punk a aussi (re)trouvé ses lettres de noblesses avec une collection équestre. Loin de ne s’intéresser à l’esprit « sport » et raffiné de ce milieu, cette collection signée  Altaf Hbir laissait transparaître des inclinations BDSM. S’inspirant fortement de l’imaginaire des 120 Journées de Sodome, du Marquis de Sade. Fouets, cravaches et cuissardes ont complété la connotation, fortement érotique, du cheval, l’emblème de cette collection. Eminemment genrée, cette collection a fait la part belle à la virilité et à la vigueur masculine.

Les fifties ont aussi été dépoussiérées via une collection de lingerie intégralement noire mais mettant l’accent sur les corsets, les culottes tailles hautes et rétros des pin-up qui faisaient la Une du magazine Esquire, rendant subtilement hommage à une femme généreuse, plantureuse et décomplexée.

Enfin, on a littéralement voyagé aux sixties avec Hsan ben Ayech et sa collection, rappelant l’esthétique décalée Mars Attacks ! DE Tim Burton et sur laquelle s’est greffé un esprit vintage tout en étant futuriste puisqu’il s’agit de l’univers de Courrèges. Vêtue de PVC, la fille Ben Ayech a troqué sa minaudière contre un casque de cosmonaute. On sait déjà où se nichera notre matériel de « working girl » la saison prochaine ! Ces hommages successifs « aux maîtres » n’ont pas écorné l’identité, déjà visible, de ces jeunes créateurs. Différents styles se sont côtoyés, satisfaisant ainsi tous les goûts, des plus conventionnels aux moins « mainstreams ».  Ainsi, la révolte incessante d’un Margiela a été adoucie par le caractère régressif de Schiaparelli. La première collection de Rei Kawakubo, Destroy, a aussi été revisité en version « blanche », offrant ainsi une innovation oculaire d’une grande audace.

L’instant Hommage

A été dédié à Ali Karoui, celui qu’on décrit comme « l’éternel amoureux des femmes. » Star incontestée au sein de la jet-set hexagonale, celui qui compte parmi ses clientes Victoria Silvestedt, a été salué pour ses créations, des pièces extrêmement féminines, sensuelles mais qui ne demeurent pas moins une mimésis de la femme conquérante dans sa « sexytude ». Aujourd’hui, des anciens d’Esmod tels que Braim Klei ou Seyf Dean Laouiti ont confirmé leur appartenance au monde de la création. Le premier continue à batailler pour l’amour d’une mode conceptuelle, dédiée aux vrais amateurs d’art et aux fin esthètes qui croient aux vertus de la création. Quant au deuxième, il soutien ses « pairs » via le premier et unique magazine de mode disponible sur le marché tunisien, FFDesigner,  tout en continuant à égrener sa touche personnelle au sein d’une sphère « fashion » encore tâtonnante.

Des profils divers et diversifiés se succèdent encore sur les bancs d’Esmod, une école qui s’échine à faire éclore les futurs noms de la mode internationale avec peu de moyens mais beaucoup d’espoir.

Et sur le podium on trouve

Section Haute Couture Tunis : Rania Mehdi

Section Haute Couture Sousse : Nihed Ayed

Section Prêt-à-Porter Tunis : Sarah Chaies

Section Prêt-à-Porter Sousse : Raja Baba

Section Menswear Tunis : Hiba T. Ben Yahia

Section Lingerie : Marwa ben Mustapha (Gansta)

Section Enfants : Yasmine Gharbi

Prix Excellence Tunis : Sana Chamekh

Prix Excellence Sousse : Hsan Ben Ayech

Prix Aiguille d’Or Tunis : A. Abdelatif

Prix Aiguille d’Or Sousse : Ameni Ouchem

Prix Spécial Jury : Mariem Abdeselem