Le Maître de l’élégance Hubert de Givenchy s’en est allé

La nouvelle est tombée comme un couperet samedi 10 mars 2018. Le maître de l’élégance Hubert de Givenchy s’est endormi et ne s’est jamais réveillé, à l’âge de 91 ans. Homme de culture, homme fidèle en amitié, homme déterminé, Monsieur de Givenchy disait de lui qu’il était un éternel apprenti.

Il débuta sa carrière chez Elsa Schiaparelli avant de créer sa propre maison de couture en 1952. S’en suivra une carrière sans faux pas, ni faute de goût. Sur les conseils de son mentor Cristobal Balenciaga, le créateur fut le premier couturier à lancer des licences de parfums, d’accessoires ou de cosmétiques. Bien que baignant dans l’atmosphère des salons parisiens, il habilla toute sa vie Jacky Kennedy et Audrey Hepburn, ses muses américaines. L’époque de l’élégance et du raffinement absolu. L’époque où l’on découvrait l’étendu du génie de Givenchy avec la fameuse petite robe noire qu’il fit porter à Audrey Hepburn dans le film « Diamants sur canapé » en 1961. Depuis, la petite robe noire s’est imposée comme l’élément incontournable de nos dressings.

Avec pudeur et simplicité, Hubert de Givenchy pris sa retraite en 1995, léguant sa maison au groupe LVMH. Il signa la fin de sa carrière le 11 juin de la même année avec un ultime défilé au Grand Hôtel à Paris (aujourd’hui l’InterContinental), un défilé où il invita d’ailleurs ses 80 couturières à investir le podium. L’histoire de Givenchy a depuis été relatée dans plusieurs ouvrages sacrés par l’univers de la mode mais aussi à travers plusieurs rétrospectives. Parmi les plus remarquables, on note celle au Musée Thyssen-Bornemisza à Madrid (2014), celle au Musée Gemeente à La Haye et celle à la Fondation Bolle (2012) dont Hubert de Givenchy parlait que de « l’expo de sa vie ».

Reconnu volontiers comme une des dernières figures de la mode française, Givenchy était un homme de culture qui aimait « les choses sexy ». Il cassa les codes du corset avec sa fameuse blouse Bettina à manche volanté en dentelle et intégra à ses collections des pièces audacieuses toutes en transparence et en épure. Il fut l’un des premiers à intégrer du plastique et du cuir dans ses créations, usant de matières simples sans jamais cesser de flatter la silhouette des femmes. Hubert de Givenchy s’inspira même d’un Matisse et d’un Picasso pour imposer leurs esthétiques incontournables dans certaines de ses pièces. Novateur et humble, il maniait la couture avec élégance et maniérisme, sans jamais décevoir le monde impénétrable de la mode parisienne. Depuis son départ à la retraite, on notera que c’est Clare Waight Keller qui renoua le plus justement avec l’héritage de Monsieur de Givenchy.