Interview avec Jamel Ben Saidane Aka WildTouness, l’ambassadeur de la Médina de Tunis

© Rami Neffati

Et si on faisait une petite pause de l’univers de la mode et de l’actualité ? Le temps d’une escapade au cœur battant de la ville ? Nous avons rencontré pour vous Jamel Ben Saidane que vous connaissez sûrement sous le nom de Wildtouness. C’était au matin d’une journée ensoleillée et nous avons choisi le café El Ali à quelques mètres de la mosquée Zitouna pour discuter avec lui de sa passion pour la Médina.

Comme à son habitude, Wildtouness est venu portant sa chachia, souriant et aussitôt arrivé, il a regardé par la fenêtre et il m’a parlé de la vue qu’il aimerait voir changer et des toits qui pouvaient être beaucoup plus authentiques avec de la verdure ….

Si vous ne connaissez pas Wildtouness, nous vous emmenons à sa rencontre le temps d’une interview hors du temps.

© Sana Srairi
© Sana Srairi

Jamel, peux-tu te présenter aux lecteurs de FFDesigner ? 

Je m’appelle Jamel Ben Saidane aka WildTouness; j’ai 32 ans, je suis né et je vis à la Médina de Tunis. J’œuvre pour la promotion du patrimoine matériel et immatériel de la Médina dont je suis un éternel amoureux.

Que représente pour toi la Médina ?

Ce qu’elle représente pour moi ? Tout sauf un espace clos, vieux et immobile. Elle m’a beaucoup appris et donné. Je lui dois énormément. Je ne cesse d’affirmer que pour livrer ses secrets les plus enfouis et les plus chers, La Médina doit aimer son visiteur, sentir sa passion pour elle. Tout est dans le détail, comme une pierre précieuse que seul un connaisseur peut reconnaître à sa juste valeur, La Médina est une source d’inspiration et d’apprentissage en perpétuelle mutation.

Quels sont les endroits ou les ruelles incontournables dans la Médina selon toi ? et pourquoi ?

En fait, il faut se laisser guider, emporter par la Médina; flâner dans ses ruelles au gré du hasard sans forcément avoir une destination en tête. La magie opérera à chaque coin découvert mais si j’avais à mentionner des endroits incontournables; il y a les places phares comme la place Kasba, la place Romdhan Bey et la place du Tribunal. La mosquée Zitouna reste bien évidemment le monument central par lequel il faut absolument passer mais il y a aussi les mausolées qui, pour moi, restent riches en histoire. Il faut y pénétrer et prendre le temps de cerner les beautés invisibles à l’œil nu, côtoyer les visiteurs et leur parler pour une expérience humaine qui ne vous laissera pas indifférent !

© Jaridet Lémdina
© Jaridet Lémdina

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Quel parcours historique et original peut-on faire à la Médina ?

Difficile d’en choisir un. Je dirais que dix à vingt parcours différents peuvent être faits à travers la Médina :

Un parcours de visites au « madrasas », un autre pour les mausolées, on pourrait aussi en consacrer un aux artisans.

Il y a les toits de la Médina qui méritent à eux seuls une journée de flânerie. En prenant comme deux points de repères les faubourgs de Beb Jdid et Beb Souika , on a l’embarras du choix. Carthagina, l’association dans laquelle je suis très actif a déjà fait plusieurs circuits pareils dans la Médina.

Le dernier était une balade nocturne et les visiteurs étaient nombreux contrairement à ce qu’on croyait. Malheureusement, la Médina est très souvent fréquentée au mois de Ramadan et on a tendance à l’oublier le reste de l’année.

C’est pour cette raison que nous essayons de multiplier les activités pour que les gens s’habituent à en faire une destination les 11 mois de l’année restants.

S’il y avait un seul détail que tu voudrais changer dans la Médina ou à propos de celle-ci; ça serait lequel ?

Sans la moindre hésitation, le regard folklorique que la plupart des visiteurs ont sur la Médina; les idées reçues qui voilent la magie des lieux et les limitent à un vieil espace historique qui commence à Béb Bhar pour prendre fin à place de la Kasba. Il y a des détails et des endroits que même les habitants de la Médina ne connaissent pas. Ce n’est pas un hasard si plus de 100 monuments qui y figurent sont classés au patrimoine mondial de l’Unesco. Je le redis encore et encore, il faut prendre le temps d’apprécier la Médina; de contempler les murs, les ruelles, l’architecture et avoir le courage d’aller explorer ce qui se cache derrière les façades et les portes.

Mon regret aujourd’hui est de dire qu’aucun musée n’est accessible à la Médina. Torbet el Béy comme Dar Ben Abdallah sont fermés malheureusement. Il faudra aussi penser à redonner vie aux commerces et aux sites historiques le Dimanche.

© Carthagina
© Carthagina

Pour finir sur une note optimiste et positive; as-tu des projets que tu voudrais voir se concrétiser pour la Médina de Tunis ?

Beaucoup trop de projets et de rêves mais sincèrement je n’attends plus le soutien de l’état pour réaliser quoi que ce soit ! Les associations par contre font du bon travail; les adhérents qui sont des passionnés de la Médina, du patrimoine et de l’architecture œuvrent pour le changement et le créent avec les moyens du bord. Je pourrais à ce sujet évoquer par exemple un projet qui réunit Carthagina, Aswar el Médina, Enauvateurs, doolesha et d’autres associations avec lesquelles nous travaillons sur « Dar el Malouf » sous l’égide de la Rachidia. Nous voudrions voir numériser toutes les données et les références musicales afin qu’elles soient accessibles à tout le monde. Nous avons aussi l’intention de créer un musée « Dar el malouf » qui se composerait d’un café culturel, d’une médiathèque, d’un co-working space et d’ateliers de restauration du patrimoine.

Le deuxième projet qui est en cours d’élaboration et qui vise surtout à digitaliser les richesse de la médina et à donner une touche de modernité à sa facette touristique est Médina-pédia; une sorte de map personnalisé de la Médina qui consiste en une série de pancartes à codes; qui donneraient aux visiteurs la possibilité d’avoir le nom de l’endroit, son histoire et toutes les informations s’y rapportant; même avec des photos au simple scanner par téléphone de la pancarte.

© Wildtouness
© Wildtouness

C’est pratique de voir les photos ou le plan du site sur son smartphone; même lorsque celui-ci est inaccessible ou fermé. Ceci faciliterait l’orientation et inscrirait notre patrimoine dans l’ère de la modernité; surtout pour les étrangers qui choisissent très souvent de visiter les lieux seuls, sans guide.