Le jardin d’hiver de Véronique Engels à Musk and Amber

On tire toujours beaucoup de ses voyages. Des souvenirs emblématiques de notre jeunesse, des personnages atypiques et des paysages témoins de ce que la terre a fait de mieux. Véronique Engels, amoureuse des voyages, a rabattu les cartes de sa vie, histoire de se réinventer, en passant d’un job d’agent immobilier à celui d’artiste peintre il y a 20 ans. La peinture ne l’a plus quitté depuis ses premières tentatives picturales. Installée en Tunisie depuis 7 ans, elle a foulé auparavant les plaines du Maroc et de l’Inde, revenant régulièrement à son point de départ, la France. Son art découle de plusieurs canaux d’inspirations, l’expressionnisme, les fleurs de vie mais aussi les sons binauraux.  

Ton exposition « Jardin d’hiver  » commence chez Musk and Amber ce jeudi. Toutes ces fleurs qui entourent et regardent le spectateur nous questionne sur les fleurs qu’il y a en chacun de nous. Raconte nous comment ton travail a « poussé ».


Mon travail plastique parle et découle du voyage. Et notamment d’un voyage en Inde que j’ai fait il y a 20 ans où j’ai découvert la peinture. A l’époque, j’étais agent immobilier. Tu parles d’un changement… La peinture a changé ma vie et m’a surtout décidé à prendre en main mon avenir. Après l’Inde où j’ai beaucoup dessiné, je me suis installée à Marrakech où j’ai passé 10 ans.  Chaque lieu m’a apporté des richesses différentes, des expériences toujours plus intenses.    

Comment a eu lieu la rencontre avec Lamia Ben Ayed, la directrice de Musk and Amber ? 

 

La première fois que j’ai mis les pieds chez Musk and Amber, je ne m’attendais pas à grand chose. Une amie m’a encouragée à découvrir l’espace. J’ai dit oui, sans conviction. Et puis tout de suite, l’endroit m’a plu. La rencontre avec Lamia a été une évidence. J’ai beaucoup de chance de pouvoir exposer dans un lieu aussi magique.

Pourquoi la Tunisie ?        

La Tunisie est un pays duel, un pays complexe qui m’offre l’expérience la plus difficile mais aussi la plus enrichissante de ma vie. Tout semble facile au premier abord mais finalement on fait face à plein de contradictions et de limitations. Ici, j’apprends à être plus apaisée et à trouver le juste milieu dans mon quotidien, quand je travaille avec les artisans céramistes, quand je suis seule et que je peins. 

 

On sent que tu aimes la technique pure, les recherches de couleurs et les jeux de matières…

 

J’aime énormément la matière, elle m’anime et donne vie à mes toiles. J’ai toujours trouvé que les pigments avaient quelque chose de vivant, d’organique. C’est au Maroc que j’ai commencé à travailler avec des pigments, les seuls matériaux locaux pour peindre. Depuis peu, je m’adonne à la céramique. La Tunisie est un pays qui s’y prête beaucoup et où les techniques artisanales sont respectées encore aujourd’hui.

 

Parfois, on aperçoit des visages dans des zones d’ombres. Ta peinture n’est pas uniquement « florale » ?

 

Mon travail tourne autour des sons binauraux. Ce sont des fréquences sonores qui ont le bienfait d’agir sur différentes parties du corps pour les apaiser. Ce que l’on pourrait confondre avec des bouquets de fleurs, ce sont les fleurs de vie que je peins en cercle. Cela fait partie de la géométrie sacrée, une croyance qui n’en est pas une pour tout le monde. Je cherche aussi à représenter des personnages car je suis intéressée depuis toujours pas l’expressionisme. J’aime que mes personnages viennent de nul part, d’un autre univers.

 

 Quelles sont les lectures qui t’accompagnent au quotidien ?

 

Je garde toujours avec moi « Dialogue avec Abul Beka » de Arroyo de Flores. Un livre qui fait référence aux choses simples de la vie et à la nature humaine. J’ai aussi beaucoup d’intérêt pour la poésie de Fernando Pessoa et plus particulièrement pour « Le Livre de l’intranquilité » qui évoque l’intériorité des hommes, l’absurdité de la solitude. Parce que j’ai un attachement tout particulier aux livres, je vais bientôt publier un livre d’images et de dessins à l’encre qui s’appellera « Les nuits bleues », à paraître chez Sarrazines & Co.

 

«  A 51 ans, je suis ici en Tunisie et j’apprends à vivre avec moi-même pour la première fois. A découvrir les choses comme si elles étaient neuves et à m’ouvrir aux choses ».

 

Que prétends-tu faire ressentir à ton public le jour du vernissage ?

 

Je ne prétends rien apporter en particulier. Chacun est libre d’interpréter à sa façon un travail que j’ai axé sur ma vision du monde. Grâce à ma peinture, j’effectue mon propre cheminement intérieur. J’espère que le spectateur pourra s’approprier mon travail et le ressentir le plus honnêtement possible. C’est une exposition pour les amoureux de la vie, les gens qui aiment être étonnés et surpris.