La mode est-elle en crise ?

« La mode est morte, vive le Vetements* » on pourrait se dire qu’après ce constat, émis par Li Edelkoort, journaliste, influenceuse et pythie de la mode, la mode est en train d’agoniser. Pourquoi tant de pessimisme ? Et si la mode était vraiment en crise, les magazines féminins, ayant justement comme credo la MODE, feraient mieux de tirer leurs révérences.

La mode n’est pas morte, elle est plutôt en pleine mutation.

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Renaître de ses cendres


Si le manifeste Anti_Fashion de Li Edelkoort a fait –et fait encore- office de coup de massue, il ne fait d’exemplifier la mode aujourd’hui. Il est vrai que les créateurs finissent par déclarer forfait face à un milieu toujours aussi exigeant, face à la dictature des calendriers de la fashion week, le cercle vicieux des collections et la transfiguration de la créativité (sauf dans le milieu de la Haute Couture) en un business. Il faut savoir que la mode, cyclique par essence, compte dans son sérail plus de 25 collections par an, de quoi tuer la créativité et la fougue d’un jeune créateur.

Un rythme insoutenable

Exigé par une mode prête-à-consommer. En témoigne le concept du « see now buy now » ou encore la sur-médiatisation des collections via les réseaux sociaux. On pourrait se poser, dès lors, la question quant à l’utilité d’un défilé, dans les règles de l’art, si tout est déjà exhibé sur la toile ! Autre phénomène relatif à notre époque : le pouvoir des « blogueurs ». Aujourd’hui, on préfère lire un mot-dièse (la loi du hashtag en somme), trancher par un oui ou un non, que de devoir se casser la tête à décrypter le jargon de la mode, dans un article de cinq pages. Fast life, fast reading, fast fashion, les blogueurs règnent sur la mode, les créateurs leur sont dévoués, corps et âmes, puisqu’un like est beaucoup plus bankable qu’un texte. Plus besoin de suivre la Fashion Week pour être IN, un blogueur, c’est une Fashion Week « collector », en exclusivité, toute l’année.

What a dreamy location for @ysl show #TheBlondeSaladGoesToParis

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La loi du plagiat

Puisque le créateur de mode (ou plutôt business man adoubé par les groupes Kering ou LVMH) n’a plus le droit à la créativité, il se met à « s’inspirer » d’anciennes collections. Le hic, c’est que la frontière entre inspiration et plagiat est devenue un peu trop ténue, démonstration avec ce compte Instagram, @diat_prada qui décrédibilise les plus grandes maisons

Real questions.

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Qui oserait sortir avec un bonnet de douche ? Ou une ceinture en forme de scotch ? Si les punks ont osé le pire en matière de « mode », c’est pour choquer leur voisin, ce petit bourgeois de droite, Mr Prudhomme à l’esprit étriqué et à la vie morne. Aujourd’hui, on copie (y compris voire surtout le consommateur) sans prendre la peine de contextualiser. Pourquoi j’achète telle pièce et pas une autre ? En ai-je vraiment besoin ? C’est ce genre de mutations qu’est en train de subir la mode.

@1991gcrw

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La post-Révolution

Aujourd’hui, on parle de mode engagée et éthique. Mais attention, là encore, acheter un t-shirt qui coûte 500 euros et sur lequel est écrit « We Should All Be Feminists » est-ce vraiment un acte engagé ? L’engagement, c’est quand on recycle nos vêtements, quand on engage, au sein de son entreprise, des personnes en réinsertion (comme l’a fait le styliste belge Walter Van Beirendonck), quand on rend la mode aussi cathartique que n’importe quel art bref, quand on prend l’engagement dans son sens le plus littéral et non en le corrélant à l’argent.

2 of Spades #VWPackOfCards

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Quant à l’éthique, elle concerne aussi bien le designer que le consommateur. Réfléchir avant d’acheter, acheter des vêtements « écologiques », acheter seulement quand on en a besoin, c’est la visée de la consommation éthique autrement dit, consciente. « Rien ne se perd, tout se transforme » et se recycle, la preuve ? Le revival des 50’s, 60’s, 70’s, 80’s, 90’s ! De toutes ces décennies où la mode se portait « bien ».

Conclusion

On peut avoir l’impression que la mode est arrivée à un point de non-retour. Cela est peut-être vrai. Que va-t-on créer, aujourd’hui ? En 2017 ? C’est dans ce contexte qu’ont été créés les festivals Anti_Fashion et le Tech Festival. Il est vrai que les vêtements deviennent beaucoup moins « arty » qu’avant au profit d’un vêtement intelligent ou éthique mais le travail y est. Les nouveaux designers suivent les méandres de leur/notre époque, sont hyper-connectés donc peuvent, aisément, reconfigurer « les lois du marché ». La mode n’est pas et ne mourra jamais, elle est en pleine « crise » existentielle, comme nous tous. La mode se repense et ce n’est pas si mal.


Vetements* : allusion au label Vetements de Demna Gvasalia