Le cinéma à l’épreuve d’une réalité kafkaïenne

Démocratie… Liberté d’expression… Incertitude. , où en est le cinéma tunisien dans tout ce cafouillage. La révolution du 14 janvier a-t-elle vraiment libéré notre 7éme art des entrailles de la censure et de la stagnation ? A-t-il subi une mutation… une résurrection de ce marasme dans lequel il se débat ?

Difficile à dire , dans une période où la médiocrité touche pratiquement tous secteurs confondus ! Il est vrai que beaucoup d’entre nous espéraient des changements radicaux sur cet air de liberté promise, ou du moins, une amélioration d’un secteur, qui présentait déjà depuis de longues années des défaillances et des dysfonctionnements, notamment structurels.

Certes, il faut dire que cette période postrévolutionnaire a été une source d’inspiration pour un grand nombre d’artistes, et de cinéastes. Un bouillonnement qui a provoqué le balbutiement d´une créativité, qui fut castrée depuis plus de 23.ans

Un souffle, qui a engendré des films spontanés, ou l´image prend le dessus. En d´autres termes, un cinéma poste-révolutionnaire portant en lui des films documentaires percutants, se nourrissant d´une période instable et mouvementée. Parmi les plus marquants, nous citons : « Nous sommes ici » de Yahia Abdallah, « Révolution moins 5 minutes » de Ridha Tlili, « Babylon », coréalisé, par Ismaël Lëamsi, Ala Eddine Slim, Youssef Chebbi et bien d’autres.

Ainsi, nous assistons à la genèse d´un cinéma abordant des sujets plus concrets tirés de la réalité avec un regard critique sur l’environnement sociopolitique… tout simplement, un cinéma citoyen. Des jeunes cinéastes  se lancent directement sur le terrain, guettant le sujet ou l’acte qui pourrait alimenter leur engouement, sans se soucier de prendre, ni autorisation ni subventions de l’État. Dans cette belle anarchie de créativité, ces jeunes réalisateurs émergents imposent une autre approche du cinéma, en claquant la porte d´un système auquel ils ne veulent plus en dépendre.

Un marathon qui est en train de perdre son souffle, surtout avec la montée des obscurantistes, les nouveaux bourreaux de notre culture…

Toutefois, cette nouvelle ère d´agitation et de grand bouillonnement, ne formule pas les vraies péripéties dans lesquels se débat notre 7éme art. Nous assistons, à une continuité de dysfonctionnement, mais avec un profond désir de changement structurel, par la création de diverses associations et de syndicat, dont « l´Association tunisienne des jeunes de l’audiovisuel », et la création du « syndicat professionnel indépendant de producteurs de films » et enfin le « Centre National du Cinéma et de l’Audiovisuel », qui fini par voir le jour.

En un mot une société civile du cinéma se met en place progressivement, mais, pourrait-elle être la secousse d´une crise réelle de ce secteur, qui souffre d´une production aride accompagnée par une pénurie de salles de cinéma et un public pratiquement absent.

Nous assistons malheureusement à l´évanouissement de nos rêves les plus fous, ou tout simplement, voir le 7éme art, prendre la place qui lui est destinée. L´ironie du sort, nous sommes aussi frappés de plein fouet par la réalité amère de nos salles de cinéma, nous nous retrouvons avec à peu près 12 de salles dans toute la Tunisie, et dire qu´en 1987 il y avait au moins 80 salles.

Le cinéma tunisien ne garantira sa fonction réelle, qu´avec une démocratisation visible, du circuit cinématographique,  et  une propagation palpable de la culture cinématographique.

Sans espace public, accessible par toutes les couches sociales, quelle que soit la région, le cinéma tunisien agonisera.

Il est temps de casser le mur de ce réseau de privilégiés pour atteindre un public plus large.
Nos espoirs se place peut-être dans la nouvelle vague de jeunes cinéastes, avec cette rage qu´ils ont en eux ; ils pourraient éventuellement continuer un chemin plein de promesse, mais chargés d’embûches.