Crush mode : Qu’est-ce que le fetishwear ?

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Le monde de la domination/soumission ou pour être plus global, du fetishwear et du BDSM (bondage, domination, soumission, masochisme) a toujours flirté avec la mode. Et cela a bel et bien commencé par Vivienne Westwood avant de se cristalliser, aujourd’hui, avec des figures majeures de la mode comme Rick Owens, Gareth Pugh et Demna Gvasalia.

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La mainstreamisation des contre-cultures

Pratique par les parias de la sociétés aka les membres de certaines contre-cultures, comme le punk, le BDSM se manifeste via le look. Le spécialiste des cultural studies, Dick Hebdige, explique, en substance, dans Le Sens Du Style que l’orthodoxie du look punk se compose d’éléments « bondage », de colliers à chiens, d’épingles à nourrice et de clous, des accessoires qui, de prime abord, tendent vers une tendance sadomasochiste, véhiculée par le geste –l’action- mais aussi par l’esthétique vestimentaire. Philippe Rigaut, sociologue français spécialiste de fétichisme fait aussi un parallèle entre les contre-cultures et les mouvements BDSM, tout en prenant en considération, le rôle que joue le look dans la circulation et la « mainsreamisation » de ces pratiques « Cette esthétique trouve son origine dans la mouvance musicale et artistique gothique des années 1980, où le romantisme noir, les références médiévales et victoriennes, ainsi que l’imaginaire fantastique faisaient figure de mantra. Ce mouvement a d’abord popularisé la couleur noire mais avec lui, c’est aussi toute une esthétique underground qui s’est développée grâce à des sous-courants comme le punk. Ces contre-cultures marginales se sont ensuite progressivement rapprochées de l’univers/fetish/BDSM ».

 

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Backstage at the Electric Ballroom, Camden, London, August South, 1978 Photo: Denis O’regan #NancySpungen #SidVicious

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Aujourd’hui, justement, l’une des couleurs phares du fetishwear reste le noir, avec des incursions de rouge. Moins tabou et controversé qu’autrefois, le fetishwear, grâce notamment à des productions « pop » comme Fifty Shades Of…, qui sont certes gangrénés par les clichés et superficiels mais qui ont contribué à démocratiser le fétichisme, comme pratique, se trouve sur tous les podiums, suscitant ainsi l’émoi des fans de BDSM mais aussi des modeux et des néophytes.

Le fetishwear aujourd’hui

Ashish automne/hiver 2018

Vu chez Gareth Pugh ou encore Demna Gvasalia, ce qui était dérangeant à une époque –on se souvient du scandale suscité par les créations de Vivienne Westwood pour sa boutique SEX, dans une Angleterre punkisée- le fetishwear s’incarne en différents accessoires. Harnais, sangles, colliers à chien –arborés par des adolescentes, des jeunes adultes voire des adultes et déclinés en plusieurs matières et motifs tout en étant sertis de pierreries- et cagoule, la mode fetish brouille les frontières du genre en gomment l’identité et a fortiori l’identité sexuelles des individus mais elle dit aussi que les pratiques sexuelles, dans nos sociétés contemporaines, ne cessent de se renouveler tout en corroborant la thèse qu’avec l’arrivée des millenials, le tabou serait « has-been » Ainsi, le fetishwear se colore de sociologie en zoomant sur nos pratiques les plus intimes, sur leur évolution et sur le refus des interdits c’est-à-dire, en faisant l’éloge d’une liberté individuelle sur laquelle se superposerait les prémices d’une révolution sexuelle. Mais au-delà du fetishwear, des marques comme Ashish véhiculent des messages libertaires via des sweatshirts aux couleurs acidulées où mastercard serait remplacé par Masturbate, ainsi qu’une exhibition voulue du corps « mascunin/fémilin » (Samia Kassab Charfi pour le journal Expressions Maghrébines) c’est-à-dire a-genré via le choix de mannequins à l’identité trouble et déstabilisante car incernable.

 

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GmbH AW18 in @wkorea Photography #jungwookmok Styling @jiyeonbak

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Aw17 is here! 🗽at @suite1521 tomorrow and Wednesday! Come say hi and taste the rainbow 🌈🗽🙏🏽 📸 @pauljohnbayfield

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NYC Ballet Gala Countdown… @nycballet @matthewneenan @marchappelnyc @maccosmetics 📸 ERIN BAIANO

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Masturbate serait un message universel, dédié aux femmes et aux hommes afin de pouvoir jouir de leurs sexualités. Le fetishwear contribuerait, grosso modo, à désacraliser la sexualité et le plaisir féminin en tablant sur des mannequins cagoulés, des messages sexuellement explicites et une forme de sportwear fétichiste. A travers ce dernier exemple, la mode tendrait à casser les codes de la masculinité dans certaines cités en se réappropriant le look emblématique des jeunes de banlieues, qui est en l’occurrence le survêt et/ou le jogging.