Le Rap tunisien : vecteur d’expression sous camisole !?

Tout le monde sait que depuis sa naissance au milieu des années 1970, le rap a toujours été un moyen d’expression du mal-être d’une jeunesse effarée, commençant dans les ghettos des États-Unis, pour toucher les jeunes des cités en France ; pour atterrir dans nos quartiers « ouled el houma » vers les années 90.
Mais qu’en est-il de sa situation actuelle, dans une période propice à la liberté d’expression? Enfin, certainement pas, pour les artistes, et encore moins pour nos rappeurs !

Oui, nos rappeurs qui, il ne faut pas l’oublier, ont joué un rôle prédominant dans la chute du régime ben Ali, véhiculant des messages directs, avec une fougue de contestations s’en précèdent.
Eh bien !Avant de répondre à cette charade et brosser le tableau du RAP dans la Tunisie actuelle, on va essayer de zoomer sur cette musique protestataire !

L’aventure périlleuse de cette musique rebelle !
Le Rap, cette mélodie sortie du fin fond des ghettos noirs de Détroit dans les années 70, a toujours eu cette réputation de musique des bas-fonds, assez Hardcore, et très crue, surtout moins classe que le hip-hop ou encore la soul ou le jazz. Un rythme controversé avec des paroles jugées choquantes, le rap a toujours eu son industrie, son univers et ses fans.
Jugé comme une musique peu commerciale ou commercialisable à sa naissance, les rappeurs sont devenus le porte-parole d’une jeunesse paumée, mal dans sa peau, rejetant les différentes formes de ségrégation, de castes sociales. Une musique qui sort des tripes, un beat entraînant et des MCs aux allures de princes de Belair.
C’est au milieu des années 80 que le Rap a commencé à toucher le grand public,  et à construire sa base populaire. C’est devenu la musique « jeune » par excellence, les jeunes se retrouvent dans le vécu des rappeurs, dans leur manière de critiquer la société, le pouvoir, le gouvernement… Cet engouement pour le Rap a vite conquis les jeunes du monde entier et les jeunes Tunisiens ont su absorber ce courant musical et le travailler à la sauce tunisienne.

Le Rap de chez nous…
Un rythme très élaboré ,qui nous rappelle la musique folklorique tunisienne, marié à des fonds de musique black. Accompagné aussi,  de paroles poignantes, chargées de réalisme amer traçant parfois le parcours héroïque d’un jeune en quête de gloire, la déchéance des valeurs de toute une société, ou le gap entre les différents mondes qui se côtoient sans se connaître.
Balti, Emino, Med Amine, Psycho M, WeldEl 15, Klaybbj et bien d’autres rappeurs tunisiens que certains de vous connaîtront ou pas, ont adhéré à ce moyen d’expression puissant et surtout underground. Faire du Rap en Tunisie était considéré comme une forme explicite d’opposition au pouvoir déchu et ça l’est encore aujourd’hui.
Le Rap sous le règne de ben Ali, surtout vers les années 90, était une affaire de » houmistes » , sans repères, et il fut tout simplement cloitré dans sa propre sphère.
Enraciné, dans la réalité de la société tunisienne, le Rap fut réprimé, censuré, malmené par le régime oppresseur de Ben Ali. Ce qui n’a pas empêché El Generalde de lancer sa fougue sur Ben Ali, en lui adressant un message foudroyant, décryptant la réalité amère et douloureuse des Tunisiens et de leur révolte.

La flamme révolutionnaire de nos rappeurs
Dans l’aire de liberté de la Tunisie postrévolutionnaire, le Rap souffre encore d’un black-out médiatique à cause ou grâce à la virulence de ses paroles. Il demeure comme un style de musique osé voir choquant. Un dialecte tunisien très fluide et un texte fait de petites notes de sarcasme bien à nous avec des témoignages de vie auxquels tout Tunisien s’identifierait. Le tout balancé sur un rythme hip-hop, zouk ou encore reggae comme on les aime.

Aujourd’hui, un rappeur est un artiste qui met des paroles sur ses souffrances, sur l’injustice qu’il vit tous les jours. Un rappeur sait ce que ça fait d’être mis à l’écart, d’être un laissé-pour-compte, de ne pas connaître de quoi demain sera fait… Les rappeurs tunisiens ont acquis de plus en plus de notoriété sous la pression qu’ils subissent et les tentatives d’intimidation visant à castrer le pouvoir populaire de leurs chansons. Ces mêmes chansons qui critiquent un politique , revendiquent une cause, ou contestent une vérité qui nous est imposée.
Des chansons qui portent en elles l’espoir de toute une jeunesse, ainsi le rappeur est devenu l’emblème de toute une caste désenchantée, dans un cri de désespoir de Balti, ou celui de WeldEl 15 et bien d’autres , qui se cherchent et qui retrouve de l’espoir dans le Houmani qu’on voit dans tous les visages de notre quartier.
Notre Rap a encore du chemin dans ce marasme de désespoir, et d’effroi des jeunes et moins jeunes Tunisiens déçus, et toujours victimes de l’exclusion et de l’abandon.
Mais aussi, de rentrer dans la légende vivante de la musique et de la chanson tunisienne engagée porteuse, de déchéance, d’espoir et désespoir d’une société qui se forge encore et encore.