Paroles d´une feministe

dorra

Dorra Bouzid « je ne suis pas reconnue, car l´électron libre refuse toute dépendance ! »

Beaucoup de femmes ont marqué l´histoire de la Tunisie,  par leur combat au quotidien, sans pour autant occuper la place qu’elles méritent,  des femmes qui ont osé défier les tabous d´une société conservatrice,  qui ont lutté à une époque où la gent féminine fut une citoyenne de seconde zone, des avant-gardistes.  Dorra Bouzid  en fait partie, une figure emblématique du féminisme,  au  parcours atypique d´une femme affranchie.

Des débuts de journaliste engagée à l’UGET clandestine;  dans le journal «  L’Étudiant tunisien », alors qu´elle n´était qu´étudiante,   son rêve fût d’être peintre ou  danseuse étoile, mais ses parents ont en décidé  autrement, ils l´ont envoyé sur  Paris pour qu’elle fasse des études en pharmacie et avoir un vrai métier, selon eux bien sûr
Depuis, bien du chemin a été parcouru ;  première journaliste sous le pseudonyme de Leila vous parle dans  « L’Action féminine », Co fondateur du premier magazine de femme arabe «  Faiza », elle fut une journaliste en première ligne du militantisme – mais  tenta aussi de réaliser son rêve en s´inscrivant aux beaux-arts de Tunis pour des cours de musique et chants,

Témoin et acteur des  périodes chaînières de l´histoire de la Tunisie ; la  première pharmacienne tunisienne, et  auteure d’École de Tunis, militante de l’ombre  qui a surtout voué sa vie avec passion au journalisme, tout en demeurant cet électron libre comme elle aime tant le préciser …..
Dans une atmosphère détendue, Dorra Bouzid nous accueille chaleureusement dans l´intimité de sa demeure,  dans un décor décalé aux couleurs chaudes, les couleurs du soleil et de la lumière à l´image d´une  femme accomplie, entourée de ses tableaux de Maîtres dont certains de ces peintres furent ses amis comme Zoubeïr Turki ;  elle répond majestueusement à nos questions avec une précision du détail impressionnante et un  sourire qui ne quitte pas son visage.

FFD -Au-delà de votre combat de femme, de journaliste militante, vous avez cristallisé l´admiration avec le dernier film documentaire sur votre parcourt :  « une Tunisienne,  un combat »   de Walid Tayaa, vous vous attendiez-vous à une telle popularité ?

DB  -C´est  surtout avec le film qui vient de sortir  « une Tunisienne un combat » dans lequel je raconte mon parcours  que j’étais époustouflé   de tout  ce que j´ai pu accomplir …   certes  le film a montré ma popularité, car à travers mon parcours ;  une partie de l´histoire de la Tunisienne est mise en lumière. Il faut dire que je ne m´y attendais pas à une telle popularité, certes je suis populaire, mais pas reconnue, il ne faut pas oublier que  je suis une journaliste combattante ,   depuis que j’exerce ce métier, pour la liberté du pays, de la femme et de la liberté d´expression à ce jour et en électron libre    Et comme tous les électrons libres on n’est pas reconnus et quand on  parle des Tunisiennes combattantes je suis  occultée; par contre,  moi je me mettais toujours en arrière-plan ; une démarche de journaliste,  mais on est vite oublié ; et même après la révolution , j’ai été viré avant même d´y  être entré à la presse écrite ,  en fait , les choses n´ont pas vraiment changé , je suis toujours en combat….. Je dénonce et c’est pour cela que je ne suis pas reconnue, car l´élection libre refuse toute dépendance

FFD – Qu’est-ce que le manifeste de la liberté pour la femme tunisienne, selon vous?
 
DB  – Je crois ce qui se passe actuellement, c´est la réponse à votre question, avec les settings et ces  femmes qui sont constamment dans la rue à manifester,  à protéger leur acquis, car c’est elles qui vont faire réussir la révolution, elles sont en train de la réussir… C’est la femme qui est dominante et la révolution l´a compulsé au-devant de la scène… Peut-être,   il en sortira la première femme présidente en Tunisie «  sourire »

FFD – Quel  regard portez-vous  sur les hommes précurseurs de la modernité et l´émancipation de la femme tunisienne ?

DB – C´est remarquable que l’émancipation de la femme fût en premier  réclamée par les hommes, comme Tahar Haddad, Bourguiba. L´homme ne doit pas être écarté, dans les  luttes des femmes,   d’ailleurs dans tous les mouvements féminins il y a toujours des hommes et c’est ce qui s’est passé en Tunisie à commencer par Tahar Haddad, les femmes étaient appuyées par des hommes, et maintenant ils sont la main dans la main,
À l’époque tout le monde disait que,  Bourguiba nous a amené sur un plateau notre émancipation , et il fallait qu´on  la mérite,  moi-même je l écrivais… ,  mais se sont  surtout les femmes politiques qui l´ont appuyé   , les associations , les femmes communistes comme Mme Nébiha Ben Miled, de mon côté non seulement j appuyais, mais je les médiatisais  ,  c´était mon rôle , d´aider au changement des mentalités qui étaient torrides  , (j’en ai personnellement souffert), à l´époque il  avait des hommes comme  Bourguiba et bien d´autres, des femmes aussi qui ont fait avancé les mentalités, mais  actuellement cette mentalité ressuscite, mais là ils doivent faire face à toutes les femmes à toute une société…..

FFD- Selon vous, femme émancipée  et   femme  fashion , sont-elles incompatibles ?
 
DDF- Non, absolument pas, ce n´est pas du tout incompatible, d’ailleurs Faiza que j’ai édité en 59 est une illustration splendide  de cette idée. , A  l’époque ; ce n´était pas une question de mode simplement, mais plutôt  de mettre en valeur l’identité tunisienne à travers les tenues du terroir, d’ailleurs l’un des  succès de Faiza fut le numéro ou on a pris en photo un mannequin avec un paréo  en fouta blousa avec le chapeau du Chartier  et qui a fait le tour du monde …
il y avait aussi une rubrique cuisine en tant qu’entité tunisienne aussi et à côté de cela, évidement je lutter pour que  les femmes puissent travailler  pour le planning familial, etc. . 
 
« Article paru dans le numéro 07 du -février- mars 2014 »