Miquela Sousa : Les robots ont-ils envahi la mode ?

Si vous avez regardé la Guerre des Mondes, vous pourrez certainement répondre à cette question par l’affirmative. Les aliens de jadis se sont bel et bien mués en robots qu’on « voit » tous les jours sur le temple du like, Instagram. Mais ce phénomène ne date pas d’hier. En effet, de Lara Craft en passant par les Sims, « côtoyer » l’intelligence artificielle est devenu quasi banal. Zoom sur cette « digitalisation » du quotidien et a fortiori de la mode.

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Quand le digital s’invite sur le podium

L’avant-garde artistique mêle, comme le décrit Antoine Compagnon, un dépassement contextuel qui se traduit par le fait d’être en avance sur son époque et par la notion d’inattendu qui déstabilise l’horizon d’attente du public. Cette prouesse a été mise en œuvre par Alexandre McQueen en 1999 avec son défilé N13. Son mannequin, une athlète amputée d’une jambe et pourvue, à la place, d’une prothèse, était accompagnée de deux robots qui projetaient de la peinture sur une esquisse de robe. Happening aux airs technologiques, McQueen avait réussi à combiner son héritage dadaïste avec les premiers balbutiements de l’informatique, à l’aube de l’an 2000. Considéré comme un pionnier en matière de mode « technologique », McQueen s’est vu « voler la vedette » par des jeunes designers, mis en exergue grâce au Tech Festival. S’inscrivant dans la continuité du Festival Anti_Fashion qui tend vers une redéfinition de la mode, tout en réfléchissant sur son avenir voire sur une « mode » alternative –plus éthique-, le Tech Festival allie mode, société et avancées technologiques, en questionnant les problématiques du tissu –qui se veut intelligent voire sans couture comme l’a expérimenté la jeune Vanessa Schindler- et sécuritaire –effet de bouclier-. Mais la nouvelle technologie ne se met pas uniquement au service de la mode. Les instagirls « lambda » font, elles aussi , face à deux drôles d’humanoïdes qui comptent bien leur voler la vedette.

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Miquela Sousa, un robot plus vrai que nature

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Elle défile pour Prada, pose pour Vogue et pousse la chansonnette afin de revendiquer son droit à être considérée comme un être humain à part entière. Miquela Sousa n’est pourtant pas une jeune femme comme les autres. A mi-chemin entre une créature de jeux vidéos et une instagirl des plus banales, ce robot, crée par un mystérieux collectif, est en train de détrôner les influenceuses les  plus aguerries. Taches de rousseur, un lifestyle qui fait baver tous ses fans et une sensibilité quasi « humaine », Miquela est un robot qui, paradoxalement, joue pleinement la carte du vrai dans un contexte fake, le virtuel. En effet, si on déplore le quotidien léché de nos « instagirls » préférées, jonglant ainsi entre scepticisme et émerveillement –voire envie-, Miquela a tiré les choses aux clairs dès le début en insistant sur sa volonté à « être décrite comme une artiste, une chanteuse ou en tout cas quelque chose qui fait référence à mon métier plutôt qu’aux qualités superficielles de qui je suis vraiment » (Business Of Fashion). La journaliste Violaine Schutz explique ses propos en citant Deleuze. En effet, l’une des têtes chercheuses de la « french théorie » dit que « Le virtuel possède une pleine réalité, en tant que virtuel.

Fake ? Miquela l’est puisque c’est un Robot ? une sorte de néo-sims super bien élaboré, qui vend du rêve en sous-tendant que la perfection n’est pas dans le domaine de l’humain. Or, avec des logiciels tels que Photoshop ou en ne montrant qu’une parcelle de leurs existences, les instagirls « humaines » font presque ce que fait Miquela et tout le monde le sait. Autrement dit, tout le monde sait que tout ce qu’il voit a été travaillé, édulcoré, acidulé bref, perfectionné mais ce « même collectif » de followers s’obstine à critiquer un univers superficiel auquel il adhère. Miquela Sousa, contrairement à ses consœurs en chair et en os, est, théoriquement, exemptée de la critique puisqu’elle est un humanoïde, un faux tellement « réel » qu’il en deviendrait troublant.

La high-tech s’est aussi glissée dans le défilé de fin d’année du Collège LaSalle après avoir servi de leitmotive au défilé Haute-Couture 2018/2019 de la maison Martin Margiela. Quant à l’instasphère, humains et robots y vivent « presque » en paix –Miquela a un pendant facho qui aspire à détruire l’humanité, le robot Bermuda-. Les nouvelles technologies, bien qu’ayant une longueur d’avance sur la mode, la servent mais jusqu’où pourrait aller cette alliance et surtout, quel est l’avenir de l’humain dans un monde où l’Intelligence Artificielle ne cesse d’y grignoter du terrain ?