Lost in Tunis : Portrait d’un regard vagabond dans les rues de la capitale !

C’est à travers ses photographies et l’escapade dans les ruelles de Tunis qu’il propose à chaque nouveau post que j’ai découvert « Lost In Tunis », bien qu’il se fasse très discret , de plus en plus de personnes le suivent aujourd’hui sur les réseaux sociaux et découvrent en même temps que lui des endroits insoupçonnés dans la capitale. Je vous emmène à sa rencontre. Vous allez découvrir la personne derrière l’objectif et surtout comprendre le pourquoi du comment de sa méthode tout aussi originale qu’intéressante.

FFD : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs/lectrices ?

Je m’appelle Mourad Ben Cheikh Ahmed, je ne suis pas photographe à la base ni fais des études d’art, je fais de la photo avec un fort penchant pour l’urbex (urban exploring) et la street photography.

Vous vous êtes passionné par la photographie depuis combien de temps ? Et qu’est-ce qui vous a amené vers la photographie ?

J’ai commencé à m’intéresser à la photographie il y a de cela une 15aines d’années, c’était en découvrant un peu par hasard la « lo-fi photography » (low fidelity) des techniques qui visaient à avoir des jolies et/ou intéressantes photos en utilisant volontairement des appareils de mauvaise qualité ce qui m’arrangeait bien vu qu’a cette époque j’avais un appareil assez pourri ^^

Ceci se ressent encore dans mes photos je pense vu que, même si depuis j’ai pu acquérir du bon matériel, je m’amuse plus avec les toy cameras, Gopro , et autres app non professionnels.

On vous a connu à travers vos photographies qui intriguent plus qu’elles ne livrent un regard documentaire. Que choisissez-vous de photographier et pourquoi ?

Il est vrai que je shoot ce qui m’intrigue, m’attire, m’intéresse moi d’abord, d’un côté.

De l’autre l’envie de montrer et partager certaines choses, scènes ou détails que j’estime injustement underrated et non mise en valeur.

Parce que souvent ne correspondant pas aux tendances du moment, ou pas facilement accessibles / visibles ou tout simplement délaissées parce que ça ne ramène pas de « likes » sur les réseaux sociaux !

C’est ainsi qu’a germé l’idée du projet/site Lost in Tunis qui est l’évolution un peu plus mâture et réfléchie d’un précèdent photoblog « streets post zaba » encore en ligne d’ailleurs.

Entre les maisons et autres édifices témoins d’une autre époque mais complètement en ruine et/ou oubliés parfois même des quartiers entiers passé de mode.

Les tags et streetart également témoins d’évènements ou juste drôle/insolites/intéressants mais qui sont par nature éphémères et disparaitront effacés par le temps ou par des personnes. Mais qui seraient intéressants à archiver en quelque sorte.

Des boutiques / professions / personnes également témoins d’une autre époque

Bref toutes ces « Time capsule » comme j’aime bien les décrire.

Le détail joue un rôle primordial dans vos photos, est-il un enjeu historique ou esthétique pour vous ?

Je dois avouer qu’une partie de ce projet était une sorte de challenge personnel, une sorte de jeu où je m’imposais des thèmes et des conditions à réaliser, exemple : trouver des détails cachés dans des endroits très fréquentés mais que personne n’y prête attention. Après ça s’emballe : plus on cherche des détails plus on en trouve et la ville de Tunis, malgré ce qu’on peut en penser de prime à bord, en regorge.

A la base je voulais éviter de faire de la « beauté facile » , les paysage carte-postalesque, ect.. explorer plus en profondeur les tréfonds urbains de la ville.

Pour reprendre une citation connue :

« A camera is a tool for learning how to see without a camera. » Disait Dorothea Lang

 Le street-photography connaît depuis quelque temps un grand succès en Tunisie. Pensez-vous que ce soit une tendance ou plutôt une nouvelle approche de la photographie documentaire ?

Je vais faire mon grincheux 2 secondes : c’est plutôt le fait de shooter tout et n’importe quoi autour de soi qui connait un grand succès vu la facilité et l’accessibilité et le fait que ça soit des photos prises dans la rue n’en fait pas automatiquement de la street-photography nuance ! voilà ^^

Ceci dit, oui certains commencent à bien prendre soin des photos qu’ils prennent même en n’ayant pour seul matériel un smartphone.

Il faut dire qu’en tant qu’internautes nos yeux sont noyés quotidiennement dans les images et une certaine culture photographique s’est immiscée consciemment ou inconsciemment dans nos cerveaux.

Et c’est toujours sympa et inspirant de tomber sur des personnes qui exploitent ça pour rapporter les trouvailles et trucs insolites qu’ils croisent dans la rue.

Votre passion pour la Médina de Tunis est incontestable. Pourriez-vous nous en parler ?

D’une part, étant originaire de la médina et ayant arpenté ses ruelles depuis mon plus jeune Age, j’ai un affect particulier pour ce coin de Tunis.

D’autre part, quand on est passionné d’urbex et de trouvailles et de lieux chargés d’histoires en général c’est inévitablement le lieu où on se rend par défaut.

On a tendance à l’oublier mais la Médina de Tunis a plus de 1300 ans d’Age et elle a connu plusieurs dynasties, guerres, légendes, mélanges de cultures et de nationalités ect.. qui ont tous laissé une empreinte d’une manière ou d’une autre, et que j’essaie et m’amuse à mon humble niveau de les retrouver.

Y a –il un endroit à la Médina ou un monument qui vous a spécialement marqué ?

Un endroit précis non pas vraiment mais des quartiers et des rues, des souks qui ont une chacun une âme et une histoire à raconter.

Lorsque vous partez en virée dans les rues de Tunis, préparez-vous votre plan de découverte ou laissez-vous le hasard décider de vos pas ?

Les 2 cas de figures s’entremêlent : il m’arrive de planifier, faire des recherches dans des livres ou sur le net et partir à la quête de quelque chose de précis comme il m’arrive de choisir un coin de la ville et de me dire « allez aujourd’hui je vais explorer cette zone ! le jour d’après une autre »..

La quête ne donne pas toujours de bons résultats. On rentre souvent bredouille et comme je ne suis pas du genre à poster des photos juste pour poster il arrive que le site connaisse des phases de non activités (apparente). Mais ça fait partie du jeu.

Il arrive aussi (et même souvent) que je prenne des photos mais en les scrutant chez moi plus tard je détecte des détails qui m’avaient échappé sur place et je retourne donc spécifiquement pour les retrouver.

Vos photos racontent une histoire plus qu’elles n’immortalisent un moment. Qu’est-ce qui vous fascine dans cette pratique de la photographie ?

 A mon avis il y a deux principales catégories dans les photos de Lost in tunis :

Les photos qui essayent de montrer et de mettre des monuments, architectures, détails, boutiques, quartiers en valeur. Celles-là sont plutôt « statiques »

Les photos de scène et de rue beaucoup plus dynamiques avec du mouvement des gens qui passent où il faut capturer la scène souvent en une fraction de seconde.

Ces deux types ont, vous vous en doutez bien, deux approches différentes, différentes techniques et même différents appareils photos dédiées à chaque style.

Pourriez-vous résumer la ville de Tunis en 5 mots ?

Hantée (par son passé), oubliée , underrated, surprenante, historique.

Avez-vous un conseil à donner à nos lecteurs, spécialement à ceux qui voudraient se lancer dans la photographie de rue ?

Si j’ai un conseil à donner à ceux qui veulent se lancer dans la photo ça serait surtout d’essayer de ne pas céder à la « dictature des likes », ne pas faire des photos juste parce que ce style ou ce type de contenu ramène des likes. C’est pour quoi on finit par des timelines saturés par les mêmes images prises avec les mêmes appareils photo et avec les mêmes filtres et effets.

Ok vous aurez plein de notifications et de « like » mais ça sera insipide et sans personnalité.

Il ne faut pas avoir peur d’expérimenter même si ça ne plaira pas à la masse il vaut mieux avoir et échanger avec sa petite communauté passionnée que des likeurs intempestifs et désintéressés.