Love at the first Like: Amour et réseaux sociaux font-il bon ménage ?

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Assis derrière son écran, de préférence en jogging-chips-pot-de-nutella, sans make-up pour elle, avec chaussettes sales pour lui, l’énergumène 3.0, roi/reine du speed love n’a plus besoin que d’un ordi (ou tout gadget du même type) pour draguer. Oui mais si aujourd’hui le royaume de Cupidon (enfin pas que) est devenu accessible en un seul clic, nul n’est à l’abri d’une grosse déception. Machiavélique, la toile et a fortiori les réseaux sociaux sont un guet-apens pour toute âme assez niaise croyant encore à l’amour « fou ». Serial dragueur ou instagrameuse vengeresse bref, entre le prince et la crapule, il n’y a qu’un like !

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Du côté des boys

Il est beau, cultivé, s’intéresse à nous car il « like » compulsivement nos « photos », nous envoie tous les jours un « Salut, tu vas bien ? » (ce qui est rassurant du moins, sur son niveau en orthographe), a hâte de nous « rencontrer », (il est réellement intéressé), ne nous propose ni ne fait allusion au fameux  « tu viens chez moi ou je viens chez toi ? », jusque-là, son CV 3.0 est parfait oui mais…il y a bel et bien « anguille sous roche »: monsieur est marié ! Une révélation qui tombe comme un couperet d’autant plus que ce genre d’individus a deux profils: l’un pour ses aventures d’un soir (option maîtresse, plan « rasoir » ou « régulier », tout dépendra de votre rang dans la liste de ses « favorites ») et un profil « bien comme il faut », du bonhomme rangé, père de famille (le Dom Juan « casé » ment généralement sur son âge). A son actif ? Deux comptes instagram, deux comptes facebook bref, il voit la vie en double et nous, on prend ses gambettes à son cou et on se tire enfin, drôle de façon de dire « qu’on supprime cet énergumène ». Rayé de la liste d’amis, mission accomplie. Mais alors, pourquoi « chercher ailleurs » quand on a une famille aimante et qu’on aime (du moins, c’est le côté lisse de sa vie qu’il exhibe), un job de rêve et tout ce qui va avec ?

Les spécialistes sont unanimes et parlent de « besoin de plaire, de se sentir aimé, de tester son « niveau de désirabilité » en restant actif  malgré les années qui passent ». Certains couples -selon Liz Tuccilo journaliste et auteur de Célibataire mode d’emploi- accepteraient même ce « papillonnage » 3.0  afin de maintenir la flamme de leurs débuts ! Il n’y a pas de problèmes du moment qu’on reste dans le virtuel et en l’occurrence dans l’invisible et l’immatériel, quitte à briser des cœurs déjà tarabiscotés ou en voie de cicatrisation.

Toutefois, il y a aussi un deuxième cas de figure: celui du « chasseurs de profils ». Plus il drague « sur la toile » et plus il gagne en « self-esteem ». Il vous ajoute, se la joue comme Julio Iglesias, l’accent espagnol en moins, vous séduit en deux phrases dignes des meilleurs « bonimenteurs » pour…vous « larguer » le lendemain. Hop, le beau parleur ne perd pas son temps: une conquête en plus, c’est toujours « cool » pour frimer avec les potes. Exit la razzia de « messages », votre soirée facebookienne n’aura jamais de suite. Tiens, on parie que la prochaine sur sa liste de conquêtes « digitales » se trouve dans votre liste « d’amis ». Pourquoi se casser la tête quand on sait qu’une fille est toujours entourée de son squad et que, encore sous le choc, ne parlera de cette « mésaventure » qu’après s’en être remise.

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« C’est la vengeance d’une louve, si tu me cherches tu me trouves »

Quant aux filles, elles aiment bien jouer aux aguicheuses d’un soir. On se sent un peu seule ? On n’a pas envie de sortir ? On est en pleine déprime post-rupture ? Consommons digital ! Une photo un chouia « topeless », un faciès fardé et hop ! C’est dans la boîte…mail ! Leur terrain de chasse: plutôt Instagram que Facebook, plus de photos moins de texte et toujours cette course contre la montre. Des vidéos avec une copine, une « story » un peu olé-olé et le verdict ne se fait pas attendre: une horde de mâles « en rut » (post-minuit) est déjà au rendez-vous. « Mais non, je cherche juste un crush amical ». C’est perfide certes mais c’est aussi une manière de se valoriser par « autrui ». Un like, sous-tend un « tu es belle ». Plus une photo est likée (aujourd’hui, même le like est scalaire puisqu’il est suivi d’un « j’adore ») et plus l’Ego est flatté, comme quoi , les réseaux sociaux sont devenus un miroir grandeur nature. Toujours « jugées », traquées pour le moindre post, les filles (surtout) sont « reluquées »par tout le monde. Fleuron de l’art de la drague mais aussi outil de pression, Internet est au final une arme à double tranchant: si la photo déchaîne la toile (et est potentiellement over-likée et sur-commentée), alors on a accompli notre mission comprendre: rendre X personne accro à notre profil comme le souligne Michel Houellebecq dans La Possibilité d’une île. On y lit en effet  » Mon premier geste, dès la descente de l’avion, fut d’allumer mon ordinateur; je fus surpris, et presque effrayé par la violence de la déception qui me saisit lorsque je m’aperçus que je n’avais aucun message d’Esther », l’attente se mue soit en plaisir (récompensé par un « message », aussi laconique soit-il) soit en déplaisir (face à un vide digital). Si par contre, notre « crush » passe son chemin et like « autre chose » que notre dernier statut, on n’échappera pas à un coup de blues, allant parfois, si la relation « dure » depuis un certain temps, jusqu’à un sentiment de dévalorisation extrême de soi. Tout dépend de notre degré d’immunité face à une « toile » de plus en plus intransigeante.

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Une tragédie ?

Performance, amour « dénué de poésie », fast like, on conclut illico presto pour passer à autre chose, « faire d’autres expériences ». On s’entiche vite pour se quitter au plus vite puisque l’amour est un sprint. Il n’y pas d’amour mais des « bulles » qui égayent ou bousillent notre journée, nous sapent ou nous remontent le moral, presque à notre insu. Voici comment « ‘l’Amour » est vécu en ce millénaire.

Lu: 13% des histoires d’amour qui commencent sur Internet débouchent sur un mariage, un chiffre riquiqui qui fait le bonheur des podcasteurs. Il y a effet quelques années, un certain Hugo tout seul, coqueluche des moins de 25 ans, a pointé du doigt ce phénomène en croissance exponentielle. Voici, en substance, ce qu’il a « parodié »  « Avant, nos parents nous racontaient leurs premières rencontres d’une manière poétique mais aujourd’hui, je plains les générations futures qui auront droit à un « j’ai rencontré maman grâce à une suggestion Facebook ». Risible amour, pourrait-on conclure.

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