Et si les millenials made in Tunisia étaient l’avenir de la mode ?

Ils traînent dans des endroits qui évoquent nostalgie et « kitsch » à leurs aînés, s’habillent comme leurs grands frères tout en gardant une attitude très personnelle et n’imitent pas la mode, ils la créent voire ils en font un discours. Ces néo-millenials –jeunes gens « modernes » nées, à la fin des nineties ou au début des années 2000- ne connaissent qu’Internet, ont grandi avec Facebook et détournent la mode qu’on leur propose sur Instagram. Focus sur NOS néo-millenials pur jus, 100% tunisiens ou presque.

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Modeux du monde

A l’appellation « néo-millenials » (les millenials étant, étymologiquement, des kids nés dans les 80s/90s d’où l’ajout du préfixe néo), on préfèrera l’emploi de « génération Z ». Aujourd’hui, cette génération englobe des teenagers de toutes les classes sociales, mordus d’internet mais qui, contrairement à ce qu’on pourrait le croire, ne font pas que consommer et assimiler ce qu’on leur propose. En effet, ces enfants du digital militent via leurs vêtements, reprenant la notion barthésienne, sans trop le vouloir d’ailleurs, de « vêtement-discours ». S’habiller pour eux est synonyme d’acte militant, un militantisme maquillé à coups de pièces ultra-branchées mais qui n’en demeurent pas moins « originales » voire originelles car reprenant un ou plusieurs de leur aspect caractériel. Mecs en rose bonbon, nana à la coupe garçonne, zéro make-up pour elle ou au contraire, une profusion de paillettes pour lui -bien que cette dichotomie genrée ne soit obsolète-, ces néo-millennials foulent le quidam tels qu’ils sont, se contrefoutant de la mode mais aussi des a priori que pourraient avoir leurs aînés à leur égard.

Your sensitivity is your strength ☄️

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Volontairement narcissique, égocentriques bref, adeptes de selfisme

@SassyKid101 tient à sa réputation de « langue de vip » jusqu’à l’usure. @badgalFares affiche une ostentation quasi intimidante alors que @emnitta joue avec les codes du « sexy » en les mâtinant de coolitude. Ils ont tous moins de vingt ans, poste des selfies d’une manière quasi religieuse –et chronométrée-, tablant ainsi sur la désirabilité. Le self(soi et dans une dimension freudienne, l’Ego)-ie, n’est pourtant pas une pratique contemporaine. Rembrandt, grand amateur de portraits au XVIIème siècle, s’est orienté vers l’auto-portrait à la fin de sa vie. Andy Warhol a aussi fait son propre auto-portrait, via ses célèbres sérigraphies. Aujourd’hui, ce sont bel et bien les néo-millennials qui manient l’art du « selfisme » à la perfection, mettant en avant l’obsession d’un « moi », paradoxalement, en manque de repères. En effet, le néo-millennial étouffe par une profusion d’informations et par l’apparition de marques qui « racontent des histoires », raconte SON histoire, pour qu’il puisse s’y identifier. Mais sentant l’arnaque –trop souvent-, il préfère mixer plusieurs styles, mixer plusieurs univers et puiser dans les affaires de papa-maman à la recherche de sa propre patte. Le néo-millennial considérerait la mode comme un rite de passage à l’âge adulte puisqu’il « achète une expérience » tout en la vivant alimentant ainsi « le fantasme de l’industrie (de la mode) » (Simmenauer)

I love playing these games until my heart bleeds

Une publication partagée par Gender-bender (@sassykid101) le

Selfie d’avant soirée

Une publication partagée par 💫 (@badgalfares) le

Alors qu’il soit made in Tunisia ou pas, son décloisonnement lui permet d’être un modeux du monde, un citoyen ultra-looké –de son plein gré-, faisant de l’enchevêtrement des genres, des « moods » et du style un Idéal. Spleenétique par moment, le néo-millennial made in Tunisia profite de l’instant présent en créant ses fringues c’est-à-dire en façonnant sa personnalité. Il y a comme un air de déjà vu dans cette pratique, non ? Les punks et bien avant eux, les dandys « brummelliens » s’adonnaient à cette pratique… Alors, néo-millennial endurci ou dandy du troisième millénaire, à vous d’élucider ce mystère.