Mode et musique : quand deux arts s’influencent

Grease, voici une comédie musicale qui, autre le fait de chambouler nos hormones, nous a montrés qu’à la fin des années 80, le look du rocker était toujours aussi plébiscité. Sauf que ce phénomène de récupération qui régit la mode par le biais de la musique, est plus ancien et complexe qu’on pourrait le croire.

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Décryptage.

L’oversize et la culture Acid House

Les fringues XXL n’ont jamais eu autant la cote. Confortables mais aussi excellentes pièces « anti-apparition imminente d’un bourrelet disgracieux », pour certaines personnes, l’oversize a pourtant fait son apparition pour une raison un peu plus décadente qu’il n’y parait. Relatif à la culture house ou ce qu’on appelle le « second summer of love », cette vague de musique techno qui a envahi l’Angleterre de la fin des années 80, avec notamment l’apparition de l’endroit où il fallait ABSOLUMENT être pour ne rien rater de cette nouvelle « musique », l’Hacienda, les vêtements oversize avait un but bien précis. En effet, qui dit acid house dit « tripe » à l’acide et pour danser, suer et bien tripper, il fallait –il faut toujours-, porter des vêtements « larges ». Loin de penser à l’aspect fashion de leur « look », les ravers ont rompu avec l’esthétique vestimentaire de leurs aïeuls, les punks des années 70 en Angleterre, en troquant pantalons étriqués et t-shirts déchirés contre des t-shirts à smiley, souriant béatement et des pantalons baggy.

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Les creepers des … punks ?

Pas vraiment puisque les « punks », ces individus « notés zéro par la société » (Richard Hell, 1977), étaient des adeptes du « shocking » afin justement d’outrepasser les codes moraux d’une société bourgeoise moralisatrice, ont récupéré les creepers, chaussures des Teddy Boys, en gros, de rockeurs, bagarreurs, pas très fréquentables des fifties. Mais quand on parle de concepts de « récupération » et de « bricolage », on pense directement à une identité façonnée. Pour résumer et éviter les clichés académiques, les creepers plutôt épurés des teddy boys ont été percés, décorés d’imprimé léopard à forte connotation sexuelle et de chaînes. Cette récupération n’est de fait accomplie que par une réinjection des fondamentaux de l’esthétique punk (épingles à nourrices, grosses chaînes, bandages et clous) dans une pièce qui appartenait à une autre « culture ». Bien sûr, les chanteurs de la musique punk préféraient les baskets « sales » -on pense à celles des Ramones-, symboles de rébellion contre l’aspect mercantile et « propret » de la société dans laquelle ils vivaient, aux creepers chinés, souvent attribués à leurs fans.

Le blouson de rockeur

Qui n’a pas encore un perfecto ? Renvoyant directement à l’image du rockeur « classique » à l’instar des membres des Rolling Stones, le blouson en cuir connote aussi bien la virilité masculine et le côté rebelle du rockeur des années 50 que l’aspect débraillé des punks des années 70 ! Toutefois, ce qui est intéressant à relever c’est que porté par une fille et a fortiori par une « punkette », le blouson en cuir devient « oversize », patché, déchiré bref, customisé afin que ce collectif féminin puisse se démarquer de la figure du rockeur des années 50. De plus, l’aspect « fraichement » encanaillé de cette pièce est intrinsèquement lié à l’obscénité des paroles des chansons punks. On pourrait citer « pretty vacant », « never mind the bollocks » ou encore « love comes in spurts ». Evidemment, on vous laissera le soin de traduire tout ça afin de ne pas heurter la sensibilité des plus « bobos » d’entre vous.

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Le bling-bling

Plus c’est clinquant et mieux c’est ? De la robe « boule à facette » en passant par les couleurs flashy, le bling-bling est viscéralement liées aux années disco donc aux années 80 –il ne faut pas perdre de vue que plusieurs courants musicaux ont évolué en parallèle sans forcément se croiser ou/et s’auto-annihiler-. Tutu « madonnesque », robe clinquante à la Versace ou encore vêtements euphorisants couleur champagne, les années 80 miment aussi une forme d’aisance financière et de libération des mœurs. On danse, on fait la fête et on dépense son argent sans trop se soucier des « lendemains très difficiles », telle était la devise d’une décennie où on cachait ses cernes de la veille à l’aide de « lunettes noires ». Toutefois, les années disco en France –la décennie 80- avaient en Angleterre un côté plus froid, quasi robotique avec la naissance de la cold wave. Un courant musical relatif à un contexte particulier pouvait changer d’un pays à un autre puisque la médiatisation n’avait pas, par exemple, autant d’impact qu’aujourd’hui.

Les chemises vintages pour … monsieur ?

Valorisées par les hippies avec leur slogan « peace and love », les chemises à fleurs relaxantes, référaient aussi bien à une philosophie de l’Idéal qu’aux substances extra-cool que prenaient les hippies. Toutefois, c’est avec l’apparition d’un groupe qui manie discrétion et tapage, les Smiths et plus particulièrement avec leur chanteur, Morrissey, que les chemises fleuries mais surtout rétros sont sorties d’un cadre « ringard » et « hippisant » -la philosophie hippie était en décalage avec la réalité de l’époque-. Les garçons portaient les chemises à fleurs comme leur idole en scandant les paroles de Meat is  Murder. Quelques années plus tard, ce sont les chemises oversize aux couleurs douces qui connaîtront leur quart d’heure de gloire. Vénérées par un groupe d’adolescents à l’air niais et connu pour leur engouement pour la « défonce », les Stone Roses arboraient les chemises de Morrissey mais sans les fleurs. Récupération réfléchie et refaçonnée selon l’identité du groupe ou simple coïncidence ? On pense sincèrement que vu leur état, les minets du rock alternatif de la fin des eighties n’ont pas vraiment réfléchi sur ce point.

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😕

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Hectic holidays

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Punk, rockeur, raver ou disco queen (ou king), la musique a très souvent dicté les codes vestimentaires d’une « culture ». Cela dit, la mode a aussi mis fin au côté underground, fantasmé par les premiers fans d’un courant musical quelconque en se réappropriant ce courant donc en le « mainstreamisant ». Ainsi, la musique a très souvent donné sens à une mode mais il ne faut pas perdre de vue qu’elle a aussi vidé certaines « cultures » de leur essence.

Nota Bene : cet article ne prend pas, d’une manière exhaustive, l’ambiguïté de la relation qui lie la mode à la musique. Il livre seulement quelques pistes pour mieux aborder cette problématique.

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