Faites l’amour pas la guerre ou quand la mode devient le vecteur d’une ode à la différence très fashion

La norme, les stéréotypes, le poids d’une société hétéronormée… plusieurs facteurs incitent des personnes à avoir honte de leur « différence », de leur côté « queer » -étymologiquement, tout ce qui est différent, « bizarre » ou gender queer, tout ce qui touche à la sexualité. Mais aujourd’hui, ces parias de la société, un collectif qui, rappelons-le, se délecte de sa position de dominant, ont eu droit à leur quart d’heure de gloire grâce… à la mode. Phénomène de récupération teinté d’enjeux mercantiles ou preuve incontestable d’une mentalité changeante ? On vous explique tout.

Queer is a fashion Queen ?

Queer is not a queer scandait, Shirley Manson la chanteuse du groupe électro-rock des années 90 Garbage. Bien plus qu’une chanson, Queer est un manifeste pro-émancipation LGBTQ+.

Sauf qu’aujourd’hui, quand on parle de militantisme clinquant, on pense directement à la mode. Le britannique Charles Jeffrey Loverboy est l’un des pionniers dans ce « mouvement » fashion qui met en avant les Excentriques. Autrefois marginalisé-e-s, les Drag Queens et a fortiori les « freaks » sont devenus à la société « ce qu’étaient les hippies aux ados des années 60/70 », dixit un acteur de la scène queer lors du mini-documentaire Tracks.  Fait social, le mouvement Queer  a pourtant vu le jour dès le début des années 70 avec notamment, et d’une manière détournée, des artistes tels que les New York Dolls, David Bowie ou encore Mick Jagger. Aujourd’hui, on a l’impression que la culture Queer est devenue une mode totalement intégrée dans la Mode. S’ajoutent à Loverboy des marques de Fast Fashion qui prônent l’amour « multicolore ». Topshop s’est d’ailleurs associée au jeune designer britannique l’instant d’une collection capsule qui, édulcore, la notion de « queer ».

Beyond excited to finally share this wee collaborative project! To celebrate pride LOVERBOY has teamed up with @topshop @topman to create a collection of T-shirts featuring the artworks of five LGBTQI+ artists. Each of the image-makers, who I personally commissioned, celebrates one of five rights which have been fought for by the LGBTQI+ UK community. The right to gender recognition is explored by @ryan_driscoll, the right to adopt is represented by @AxelGutapfel, the right to marriage is shown by @itlot, the right to serve is symbolised by @franceswilks, and the right to intimacy is personified by @jamesspencerx . Thirty percent of profits from the sale of these £30 unisex T-shirts will be donated to Diversity Role Models @diversityrm, a charity that tackles homophobic, biphobic and transphobic bullying in schools. This beautiful campaign photographed in the pale blue door by @thurstanredding styled by @joeltraptow, features LGBTQI+ models who model alongside each illustrators. Hair by @philippetholimet, makeup by @beasweetbeauty full details can be found in the link in my bio.

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De même chez des maisons comme Burberry ou plus récemment Vuitton qui, soit à travers le vêtement –étendard des couleurs du mouvement LGBTQ+- soit à travers la scénographie –le podum arc-en-ciel de Vuitton- célèbrent l’amour pluriel, multi-identitaire bref, libre.

Toutefois, si le « queer is not a queer » -le bizarre n’est pas bizarre- , les personnes « queer » se sentent encore marginalisées, dénigrées allant jusqu’à affirmer que « l’hétéronorme c’est la peste » (I-D Magazine).Alors, la mode est-elle vraiment le vrai vecteur d’un réel changement sociétal et à plus forte raison, « morale » ?

La vraie scène queer milite via le digital

Today on #QueerVanity 🐬 pics by @thunder.khat

Une publication partagée par هنگامه (@habibitus) le

C’est quoi être féminine (féminin) ? Par quoi ça passe d’être féminine (féminin) ? Aux yeux de la société ? Selon toi ? Quels sont les codes de la féminité ? d’où viennent ils ? Par qui ou quoi ta féminité ou ta vision de la féminité est elle / a t-elle été façonnée ? 🌜 Est ce que tu dois être féminine (féminin) ? Te sens tu féminine (féminin) ? T’es tu toujours sentie féminine (féminin) ? As tu envie de te sentir féminine (féminin) ? 🌞 Comment trouver sa féminité ? Comment as tu développé ta féminité ? Comment cultives tu ta féminité ? 🌛 Tous les êtres humains ont ils une partie féminine ? Est ce que c’est uniquement physique ? Est ce psychique ? Est ce être ou paraître ? les deux ? . Photo @madam_evangeline

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Les millennials incarnent à merveille ce mouvement. Conscients de leur statut d’« activistes » 3.0, ils n’hésitent pas à créer des « communautés » -bien que ce terme soit synonyme de clivage entre dominants et dominés -, ils n’hésitent pas à se mettre en scène, avec leurs « défauts » ou ce que la « société » –patriarcale et de facto cis-genre et hétéronormée- juge comme tel. Avec des bourrelets « disgracieux », des dents du bonheur, des poils qui dépassent du maillot, des vergetures, des os saillants, une sexualité « déviante », un terme qui dénote encore une fois, l’ampleur d’un héritage monothéiste et bourgeois des sociétés dans lesquelles on vit bref, ces « kids » sortent de l’ombre grâce à Internet voire ils font de leurs différences une voix unificatrice. Artistes et geeks, ils performent via Internet, se créent un « style » unique et tournent le dos à la mode. En effet, la mode pour la jeune turque Kub Varol suit encore « la norme puisque la norme est rentable. On ne trouve ni des vêtements pour les personnes fortes ni pour les personnes qui, comme moi, ne se sentent bien que dans les vêtement d’homme. »

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En France, c’est le mannequin et Dj Agathe Mougin qui incarne l’essence du « queer fashion ». Tatouée, s’habillant chez Dior Homme, la jeune femme a fait de sa fascination pour la mode masculine une force.

La « youth » culture, adepte du DIY –faites-le vous-mêmes- faute d’argent, a réussi à créer sa propre mode donc à avoir un style et une « identité », sans cesse changeants mais qui correspondent à ses propres aspirations.

Alors, la mode serait-elle menée, par le bout des podiums, par des millennials conscients de ce qu’ils veulent ? On vous laisse le soin d’en découdre.