La mode deviendrait-elle de plus en plus « pop art friendly » ?

La mode aime s’amuser en déjouant les règles de bienséance vestimentaire et ce, même si certains vétérans de l’attitude rock (tel un Hédi Slimane) continuent de nous présenter des collections qui dégoulinent de culture bien trashouillarde. Cependant, pour certains créateurs de mode contemporains –hormis les Slimane addict-, mode rime avec pop art. La preuve ? La dernière Fashion Week londonnienne qui ressemblait à un méga remake de Pokémon pour adultes.

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Pop art is the new chic

Bobby Abley n’est évidemment pas à son premier coup d’essai avec un défilé hautement pop. Habitué à nous refiler sa passion pour La saga Star Wars ou le monde de Disney, devenu déluré par ses soins, Bobby Abley nous a offert une version plus adulte de Pokémon, ce dessin-animé culte qui fête cette année ses vingt-deux ans. Mannequins au physique de bodybuilders en total look Pokémon et de surcroît, cagoulé ? Bobby Abley, le maître « du genre », casse l’image virile de l’homme en la rendant mielleuse. Il déconstruit ainsi le mythe de Mr Muscles en le rendant tout doux et bienveillant. Autre tactique, autre version du pop art : Jeremy Scott préfère nous montrer une couture sous acide, blindée de couleurs et des fois, de connotations « barbiesques ». Il nous embarque dans un véritable trip pour adultes, saturé de couleurs ce qui, parfois, nous donne le tournis.

 

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every. damn. time

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#PradaFW19: a tension between the human sensitivity and the dangerous roughness of life. Full show on Ig Stories. #Prada #MiucciaPrada

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Mais les références pop art et a fortiori, pop, dépassent le cadre « populaire » justement pour s’attarder sur des références plus pointues. Chez Prada, par exemple, l’histoire du cultissime livre de Mary Shelley, Frankenstein, a été transposé sur le vêtement et les hommes. L’horreur a été exacerbée via un motif de cœur (de pierre ?) qui mime la cruauté des hommes. S’ensuivra une taille ultra-marquée, ultra-serrée qui contrecarre cette image en nous renvoyant à une forme de vengeance féminine orchestré par la styliste. Plus subtile, la culture populaire se colore d’un esprit intello chez Prada.

La pop culture est une manière de légitimer le statut arty de la mode

Souvent considérée comme futile, à mauvais escient, la mode est surtout cérébrale. Ainsi, de plus en plus de créateurs choisissent la voie de la pop culture, à travers des références cinématographiques (Shining et Les Dents de la Mer chez Calvin Klein) ou picturales (la vision d’esthète d’Alessandro Michele chez Gucci) pour blanchir l’image qu’on a de la mode. De plus, les défilés qu’on voit aujourd’hui ressemblent à des shows ou à des spectacles complets où la musique, la scénographie et le décor ont une place aussi prépondérante que celle des vêtements. Un défilé de mode devient ainsi un chef-d’œuvre visuel et auditif qui stimule l’intégralité de nos sens.

Il est vrai que mode rime aussi avec business mais certains défilés –et créateurs de mode- boudent les demandes du marché en faisant de l’art pur et brut, un art dénué de visés mercantiles. Cela est rare mais cela existe, pour le plus grand plaisir de notre amour de la mode, la vraie.