Paris Fashion Week, première partie

L’odyssée de la mode parisienne a commencé lundi dernier et bien qu’on ne soit qu’à la moitié de ce «voyage » du style, il y a déjà beaucoup de points à retenir. La capitale de la mode alias Paris est justement en pleine effervescence : quelques créateurs « poids lourds » ont déjà défilé, des labels un peu moins connus ont, eux aussi, fait sensation et un hommage très spécial a été rendu au couple Pierre Bergé/Yves Saint Laurent.

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Le plus provincial des génies de la mode de Paris, Jacquemus

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💙 #jacquemus 💙

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Mais avant de parler des mastodontes du milieu, il fallait bien parler du « cas Jacquemus ». Celui qui a inauguré la Paris Fashion Week a continué sur sa lancée « bomba » marseillaise. Au menu ? Des sacs à mains riquiqui, semblables à des gadgets et faussement fanfreluches, des croix pour une touche christique kitsch et puis, ce détail qui tue : le santon XXL. Certains l’ont comparé à un « lampadaire » mode, d’autres se sont extasiés sur son côté sur-volumineux, quant à nous, on sait déjà que le couvre-chef de l’été prochain sera de la patte Jacquemus. Les lignes étaient pourtant simples, les pièces moins « géométriques » qu’au début de l’ère Jacquemus mais non sans une certaine fantaisie. Les chemises blanches ont gagné en sensualité car flirtant avec une robe d’été légère et (très) décolletée, les couleurs oscillaient entre noir et blanc et teintes plus solaires… bref, la femme Jacquemus n’est ni une intellectuelle coincée, ni une petite bourgeoise pétrie de clichés mais c’est une amoureuse, figure tantôt maternelle et tutélaire, tantôt amante fugace et libre. C’est du moins ce que confesse le jeune créateur « Je crois n’avoir jamais vu ma mère aussi belle les soirs après la plage et après certainement l’amour. Les soirs où on allait faire le tour du port, le tour des boutiques, ces boutiques de souvenirs remplis de pendants, céramiques, paréos et bandeaux à cheveux » Marseille, l’Espagne de Picasso, l’enfance du créateur… voici une collection en quelques chapitres, une histoire de la mode à la Jacquemus, patinée de nostalgie.

Yves Saint Laurent versus Dior ?

#SaintLaurent SS18 @ysl

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LOVE #saintlaurent FW17 @selfservicemagazine @inezandvinoodh @alastairmckimm

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#SaintLaurent SS18 … 🇫🇷❤️ Merci

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@ysl

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Thank you all for yesterday … #SaintLaurent SS18 ❤️

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Le 8 septembre dernier, c’est avec une immense tristesse qu’on a appris la disparition de Pierre Bergé, fidèle compagnon et mécène d’Yves Saint Laurent. Trois semaines plus tard, Anthony Vaccarello signe une collection hommage au couple le plus sulfureux des eighties. La Tour Eiffel, en parfaite Dame de Fer, s’est illuminée en rose -un acte symbolique qui rappelle le soutien apporté par la maison à la 24éme campagne pour la lutte contre le cancer du sein- avant que les regards ne soient orientés vers la place Trocadéro. Mica Alganaraz a bien sûr été le mannequin-vedette du show. La muse d’Anthony Vaccarello, depuis un peu plus d’un an, a fait sensation avec sa robe off shoulder noire, où les frontières de la géométrie ont été repoussé à l’extrême. Tanguant entre le rouge et le noir, les robes rappelaient la collection 40 d’Yves Saint Laurent. Scandaleusement sublime, celle-ci mettait à l’honneur le faste grotesque des années de l’Occupation. Toutefois, le scandale, sous la houlette de Vaccarello, n’est qu’entr’aperçu. Son défilé est en fait une ode aux années Yves Saint Laurent, des années où les frontières entre rock’n’roll, féminisme et disco ont été piétiné à coups de talons aiguilles. Sauf que, là encore, les escarpins, si chers à la femme YSL, ont été remplacés par des bottes « plumes-plumes ». Oubliez votre horloge climatique mesdames, ces bottes, qui suivent les ondulations de nos gambettes, ont été conçues pour l’été. Sinon, l’accessoire chic et choc de la femme YSL, en 2017, n’est ni un sac à main « déjà-vu », ni des accessoires « m’as-tu-vu » mais plutôt une flûte de champagne, bulles d’or et élixir luxueux par excellence.

Dior sparking with Maria Grazia’s inspiration from the work of Niki de Saint Phalle

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Chez Dior, féminin et féminisme se sont superposés. En effet, et après le t-shirt de la saison dernière, érigé en totem du style par les modeuses du monde entier, et sur lequel on pouvait lire « We all should be feminists », Maria Grazia Chiuri a continué sur sa lancée pro-Femmes en s’emparant d’un autre basique du vestiaire. Ceci est une marinière a priori simple, arborée par le top moscovite et peintre à ses heures perdues, Sasha Pivovarova. Aussi simple que symbolique, à vrai dire, via son (super)pouvoir militant. « Why Have There Been No Great Women Artists ? » ( pourquoi n’y a-t-il pas de grandes femmes artistes ?), pouvait-on décrypter entre « les lignes » dudit vêtement. Maria Grazia secoue de ce fait, le monde des arts, avec cette problématique. Considérée comme muses, les femmes ont toujours été exclues de la sphère créative et bien qu’on soit en 2017, on compte les femmes-artistes sur le bout des doigts. Inspirantes mais rarement inspirées, objets et anti-sujets, Maria Grazia a tenté, bon gré mal gré, de bousculer les mentalités, de faire parler le vêtement, en allant au-delà des étoffes et des doublures. Si la tulle, la casquette gavroche, le denim font désormais partie de l’ADN Chiuri, une nouvelle figure (de proue a-t-ton envie d’ajouter) vient d’être enrôlée dans les rangs de Dior. Nikki de Saint Phalle, voici l’intello chic qui se profilait derrière chaque silhouette. Floquée sur les robes, sa reproduction, qui rappelle étrangement les dessins d’enfants, montrerait l’étendue de son legs. Auréolée d’intellect, de bravoure et de courage, la femme Dior, amazone des Temps Modernes continue d’avancer, la tête haute, au milieu de phallus en berne.

 Jour/né et Y/Project


Les premiers aiment la « coke » (comprendre : le Coca Cola) alors que les deuxièmes, s’amusent en réinterprétant la perle. Les trois mousquetaires de Jour/Né, « habillent le jour », comme ils le disent. Cette fois, et après avoir collaboré avec La Redoute, c’est le géant des canettes décapsulées à toute heure de la journée, Coca Cola, qui a fait appel à leurs services. Au menu ? Des pièces « so fresh » où l’on voit des « Coca Cola » partout. Culottes, t-shirts, blousons… si la palette chromatique a épousé la thématique « coca cola », elle n’a pas entaché la créativité du label frenchy. Pas de doute : face aux températures caniculaires de l’été prochain, notre sex-appeal va lui aussi monter crescendo avec des pièces addictives, sexy, et pétillantes…jusqu’au bout du slip !

Slow jams (sound on) at #YPROJECT 🔊🎼 #SS18 #PFW

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Quant à Y/Project, le label dont raffolent Marion Cotillard et Céline Sallette, son fondateur a été doublement couronné. C’est en effet Glenn Martens, l’homme pour qui le vulgaire n’existe pas, qui a remporté le grand prix de l’Association nationale pour le développement des Arts de la mode. Une fois l’euphorie de la première place savourée, on a pu, à notre tour, savourer les créations du Projet classé Y. Des colliers ras-du-cou où perles et fils s’entrechoquaient ont été suivis de sandales spiralées. Ce ne sont plus les tailles qu’on corsette mais les jambes qu’on ligote, à dessein. On ne bouge plus de son siège pour apprécier des bermudas façon pièces détachées (ou la pièce petite sœur du fameux jean détachable), les vestes XXL de working girl sous acide ou encore des tenues all white, qui nous donnent envie de rire au nez de la convention « virginale ». Décalé, brut et sacrément culotté, voici un trio d’adjectifs pile poil dans la veine de Y /Project.

Paris n’a pas failli à sa réputation de capitale de la mode, de « hot » couture mais surtout, de creuset créatif. Affaire à suivre…