Portrait du photographe de mode tunisien Amine Frigui

Photographe depuis 12 ans, Amine Frigui est l’un de ces artistes issus de la génération désenchantée des années 90. Son premier appareil photo, c’est en suivant les traces de son père, photographe de mariage, qu’il se l’est approprié. Il surpasse vite son trac et ses doutes en shootant de grands mariages « à la tunisienne ». Le choix du bon matériel, l’émulation artistique autour de lui et l’amour du travail bien fait l’ont construit.

A 19 ans, Amine décroche ses premiers contrats en Tunisie et se dirige vers la photographie de mode. Mais couvrir 100 mariages sur une saison estivale ne l’intéresse pas. Il préfère se concentrer sur un seul mariage et produire un travail sincère et de qualité. D’ailleurs son mariage il le voudra « simple et à son image ».

FFDesigner revient sur son parcours et ses collaborations avec les créateurs tunisiens.

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Amine Frigui n’aime pas parler de lui. Une qualité propre à l’artiste. Mais lors de l’interview, les questions fusent et les réponses sont efficaces. Après des études à Tunis (Ecole de technologie et de design – spécialité audiovisuel), il quitte sa terre natale dans le but de perfectionner son travail au Canada. Comme il le dit,  « c’est le travail de terrain en Tunisie qui m’a poussé à aller voir ailleurs pour m’inspirer d’autres cultures et d’autres habitudes de travail ». Bien que les marchés ne manquent pas à Tunis, Amine considère que les jeunes gagneraient à être mieux formés, notamment en passant par des formations à l’étranger. A force de vouloir faire « des choses décalées qui ne font pas réagir les gens », Amine s’est envolé pour Montréal afin d’y étudier.

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Un changement pas évident, surtout dans un pays où il fait -16 degrés l’hiver. En Tunisie, il avait le confort, la reconnaissance, l’argent, une belle voiture et un vaste réseau. Pourtant, il quitte ces acquis par ambition (ambitions qu’il ne tait pas et qu’il assume). Aujourd’hui, il est photographe de mode et travaille pour de grandes enseignes publicitaires. C’est sans parler de ses collaborations avec le magazine Vogue et le Cirque du Soleil qui le projetteront rapidement vers les hautes sphères du monde de la photographie. En Afrique comme en Amérique, Amine est parvenu à se faire respecter pour sa rigueur et s’est fait reconnaître pour l’originalité de ses travaux. Grande classe.

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Ses collaborations avec des créateurs tunisiens :

Ses collaborations avec des tunisiens, Amine les soigne. Au point que chacun de ses séjours en Tunisie se ponctue de shooting avec designers, coiffeurs et maquilleurs du Grand Tunis. « J’arrive toujours à trouver de belles personnes avec qui, les collaborations sont possibles. Je pense notamment à l’équipe de VAKAY, à des mannequins comme Asma Touka Othmani ou encore aux designers Ahmed Talfit, Ali Karoui et Seyf Dean Machiavelli ».

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Amine s’entoure aussi du maquilleur Steevy et s’inspire de la mode éthique/ethnique de Salah Barka. « Avec eux, j’ai trouvé le bizarre et la beauté que je voulais dans mes clichés ». Souvent, l’inspiration lui vient en regardant les créations des designers sur les podiums. Il les imagine sur un fond différent qui s’éloigne de l’esthétique des vêtements d’origine mais qui colle à son envie de géométrie et d’épure.

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Sa campagne de publicité pour Vakay, il l’a réalisé à distance, depuis Montréal. « Les directeurs artistiques m’ont envoyé le produit et j’ai réalisé le shooting ici, chez moi ».

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Avec son amie Asma Othmani, le shooting s’est fait naturellement et sans artifices. « Asma est une amie depuis longtemps. Elle voulait être mise en valeur comme il faut. Ce qu’elle aimait chez moi, c’était ma façon de déterminer le bon cadrage, d’avoir le bon mot pour la motiver et de faire sortir la force de son personnage sans clichés ni hésitation ».
C’est en 2016 qu’Amine réalise un magnifique shooting avec le designer Seyf Dean Machiavelli dans la Médina. L’actrice Maram Ben Aziza sert de modèle pour l’occasion. « J’ai ramené tous les professionnels qui m’encourageaient depuis le début, j’ai monté une sorte de communauté autour du shooting ! Et ça a marché. Le shooting a eut lieu dans la Médina, un décor qui me tenait à cœur et que je voulais exploiter. Je travaille à l’instinct, sans savoir où je vais, mais je sais où et quand je dois m’arrêter ».

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Pour sa collaboration avec le créateur Ahmed Talfit, Amine a choisi un ancien local industriel pour valoriser les silhouettes robotisées et mécaniques des créations.

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Les conseils avisés d’Amine : « Je me suis construit tout seul, et je n’arrête pas de dire que les gens négatifs qui ne croient pas en tes capacités doivent être mis de côté ». Quand on lui demande où il se voit dans 5 ans, c’est dans le sillon du monde de la photographie à Montréal qu’il se projette. Dans 10 ans ? Il se voit à Tunis, aux côtés de ses proches. Il souhaite aussi rapporter, en Tunisie, l’industrie qu’il a développée là-bas afin de transmettre ses savoir-faire aux nouvelles générations.

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© photo : Amine Frigui