Rencontre avec Taje Mahdaoui, un créateur pas comme les autres

Taje à grandi entre Tunis et Paris, faisant évoluer constamment sa vision du cuir qu’il travaille avec beaucoup d’humilité. Son projet de fabriquer des sacs en cuir a démarré dans les écuries françaises, où il monte à cheval depuis son enfance, et s’est concrétisé en Tunisie. 

Le moment d’entreprendre est venu, et c’est avec plaisir que nous sommes allés à la rencontre de Taje Mahdaoui.

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D’où viens-tu Taje?

Je suis né à Paris où j’ai vécu jusqu’à mes 13 ans. Ma mère est française et mon père tunisien. Je suis venu m’installer en Tunisie pour préparer le bac et entre temps faire ce que j’ai toujours aimé faire : monter à cheval. Avec le temps, les impératifs scolaires et après avoir laissé de côté l’équitation à un niveau professionnel, je suis rentré à Paris. J’ai intégré une formation en droit européen qui ne m’a pas plu. Je me suis vite rendu compte qu’il me fallait quelque chose de plus artistique. Je me suis tourné vers une formation en management de la mode à l’Ecole Mod’art International. À la suite de ça, j’aimerais intégrer l’IFM (Institut Français de la Mode) afin de parfaire ma formation.

Comment est née la marque Taje de sac ?

Au départ, je voulais une pochette qui pouvait contenir le magazine Vogue, pour l’avoir toujours avec moi. J’ai dessiné et fait réaliser trois prototypes de pochettes en Tunisie que j’ai ramené chez moi à Paris. Un soir en boîte, une femme a flashé sur ma pochette et me l’a acheté. Je me suis dit qu’il y avait peut être quelque chose à faire à ce niveau là. Aujourd’hui, je fais fabriquer mes sacs dans l’atelier « Leather concept design », à Tunis.

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Le lien entre les sacs et ta passion pour les chevaux ?

L’envie de faire des sacs est venue progressivement. J’ai grandi au contact du cuir à travers ma passion pour mes chevaux. À l’époque où je m’y consacrais pleinement, on me demandait beaucoup de rigueur par rapport au soin de mes bottes. Je devais traiter moi-même le cuir de mes selles avec de l’huile de pied de bœuf. Je regardais le sellier prendre les dimensions des selles avec curiosité et ne perdais pas une miette de ces moments privilégiés.

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Créateur indépendant ou salarié d’une grande entreprise de luxe. Quel est le job idéal pour toi ?

Ni l’un, ni l’autre. Je préférerai me servir de mes compétences en management pour développer ma marque tout en collaborant artistiquement avec d’autres griffes, et ainsi, me nourrir d’échanges de savoir-faire. Mais je n’attendrai pas d’être repéré pour aller de l’avant. J’ai également choisi le commerce car je ne voulais pas me restreindre au modélisme, un métier passionnant mais qui ne me correspond pas réellement.

Demain, tu te vois comment ?

Indéniablement mode ! J’ai toujours été intéressé par ce domaine. Je baigne dans un milieu où le beau prône, où j’ai eu la chance de rencontrer des personnes inspirantes et incroyables. Demain, je sélectionnerai mes cuirs selon les tendances du moment, je réaliserai des commandes particulières mais aussi des pièces plus intemporelles, sans laisser de côté les accords de matières.

Ta vision de la création en Tunisie ?

Le point le plus compliqué ici, c’est de placer ses produits et de se faire connaître en tant que créateur et non pas en tant que marque. En Tunisie, les clients ne regardent pas suffisamment chez les créateurs mais achètent plutôt la griffe, parce qu’elle est dans la tendance. J’espère que ça changera un jour !

Quels sont tes créateurs préférés ?

J’affectionne le travail d’Azzedine Alaïa, sa manière de travailler le tissu à même le corps de la cliente, sa façon de considérer la femme comme une réelle icône. Dans un autre style, Karl Lagerfeld est pour moi un challenger de talent. Il a réussi à la fois à maintenir sa propre griffe, à respecter le côté classe de Chanel et le côté loufoque de Fendi.

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À choisir entre montrer tes sacs sur des mannequins ou les montrer en show-room ?

À mon sens, le sac est profondément « mode ». Les femmes le porte au quotidien, d’où l’intérêt de montrer mes créations portées et non pas de manière figée. Un sac en action, c’est autre chose. Quand ASOS présente un sac sur un mannequin qui défile, à l’aide d’une vidéo; ça donne une meilleure impression et ça pousse la cliente à l’imaginer sur elle. À terme, pourquoi pas ouvrir mon propre show-room.