Le Sefseri tunisien entre authenticité et originalité…

L´un des plus anciens artisans du Sefseri tunisien ,Am Bechir  livre à FFDesigner les dessous d´un métier qui tend à disparaître , une interview publiée dans notre magazine N°6 – 2013 

En se promenant dans les ruelles de la médina de Tunis, on a l’impression de revivre le Tunis d’antan avec l’odeur du musc, de l’encens ou du Bkhour qu’on sent dans les petites ruelles. Sur un fond d’Om Kalthoum provenant des quelques cafés maures typiques de la cité, on aperçoit de part et d’autre de vieux artisans s’attelant à leurs tâches avec un savoir-faire vieux de quelques dizaines d’années,  martelant du cuivre ou peignant une chéchia…
On dépasse la mosquée Ezzitouna et on empiète , une petite ruelle qui nous mène à souk Ennsé, souk des femmes là où la femme Tunisienne faisait ce qu’on pourrait qualifier de shopping, de Maryoul Fadhila au Safseri  tout y est ou du moins y était. Ce souk abritait les fins artisans de Safseri de toute la Tunisie, des maîtres artisans qui transmettaient leur art de génération en génération depuis plus de trois siècles. On arpente le petit passage et on entre dans la boutique de Am Bechir, le spécialiste du Sefseri.

Am Bechir, pouvez-vous vous présenter et nous faire découvrir votre métier?

– Am BechirAncien artisan du sefseri et aujourd’hui un des commerçants attitrés du sefseri tunisien.

Le sefseri c’est le seul métier que je connaisse, j’ai toujours travaillé dans ça et je n’ai jamais eu d’autres passions.

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Je suis devenu propriétaire de ce magasin dont l’histoire remonte à 1948, au début des années 1990 après que  les héritiers de son propriétaire initial ont décidé de s’en détacher.

Depuis quand exercez-vous ce métier?

– Am Bechir :Je vis dans ce monde depuis près de quarante ans, j’ai débuté en tant qu’apprenti chez un maître artisan du sefseri, ce qu’on appelait communément un « Maâlem », ce maître artisan avait pour métier la supervision des différentes étapes de confection d’un sefseri, mais aussi le devoir et la vocation d’un professeur. Entouré de ses disciples, ce maître enroulait ses fils de soie et coordonnait ses étoffes, communiquant ainsi son savoir aux générations futures des spécialistes du sefseri.

Parlez-nous des différents types de sefseri et des méthodes de fabrication?

– Il existe deux variétés de sefseri la Soie et le Tergal ou synthétique. Le sefseri peut vous paraître comme une simple étole facile à tisser, mais sa création nécessite le passage par une multitude de  processus pour aboutir à ce produit final d’apparence simple: la teinture et l’extraction du fil de soie, l’enroulement des bobines, le premier tissage et frisage puis le deuxième passage au métier à tisser pour ressortir un produit final bien fini, le vrai sefseri Tunisien aux normes. Avant il existait différents types de frises qui différenciaient le travail de chaque maître artisan, mais là on se tient aux classiques vu que la demande a considérablement diminué.

Justement comment voyez-vous l’évolution de ce métier en Tunisie?

– En 1970 il y’avait près de 200 maîtres artisans installés un peu partout dans ce souk, il y’avait ce qu’on appelait nous un fondouk (Hôtel ou galerie), chaque fondouk abritait plus d’une quarantaine d’artisans du sefseri, chacun était spécialisé dans une des étapes de la création. Et puis dans les années 80 on a vu la demande décliner petit à petit, là il ne reste plus que 10 ou 12 boutiques et ce ne sont que des revendeurs, les maîtres artisans ont presque disparu, il n’y a plus d’apprentis à qui ils peuvent transmettre leur savoir. Vous voyez les boutiques de Souk Ensé se voient reconverties dans les bijoux, les jebbas ou encore ces boutiques qui vendent un peu de tout. L’achat du sefseri reste très occasionnel, ce qui rend son marché un vrai marché de niche et il est devenu un produit destiné aux occasions spéciales. Le sefseri, emblème de la femme Tunisienne, cette étole qui fait office de cape, de manteau ou de voile représente toute l’originalité de la femme Tunisienne. Cet habit aura toujours un charme  propre à la Tunisienne, destiné à cacher les toilettes trop voyantes ou attirantes, il ne s’est jamais agi de camoufler ou de masquer la beauté, mais plutôt de jouer sur le mystère, ce côté voilé dévoilé a cultivé l’intrigue autour du sefseri lui donnant ainsi un pouvoir séducteur remarquable.