Azza Baaziz : Le temps des sacs de riz Tukki

Passionnée de voyage, de matières brutes, d’art et de mode, Azza Baaziz a trouvé dans ses premières obsessions, l’inspiration pour créer sa marque de sacs nommée TUKKI. Après de nombreuses expériences à l’étranger, c’est en Tunisie qu’elle trouve sa voie. Hors cadre, obstinée mais pas dupe, la créatrice vient de mettre ses sacs en vente chez Supersouk et planche déjà sur une nouvelle collection.

 

Azza, le voyage c’est un peu ta raison d’être ?

 

Ce qui est sûr c’est que partir, voyager mais aussi revenir en Tunisie – où j’ai mes bases – m’a permis de savoir ce que je voulais et ce que je ne voulais pas. J’ai quitté Tunis à 16 ans pour intégrer un lycée aux Etats unis. C’est un peu à ce moment que ma vie a vraiment commencé. J’étais dans un tout autre univers qui me permettait de toucher aussi bien à la peinture, à la couture qu’à la sociologie. C’est là aussi que mon intérêt pour la création et le fait-main est né. Après avoir mis ce premier pas dans le réel, je suis allée à Paris où j’ai étudié les arts plastiques pendant deux ans. Comme j’étais douée en langue, j’ai intégré une licence en communication en anglais et espagnol, ce qui m’a permis de faire un échange en Espagne. Mon dernier voyage remonte à une semaine. Je rentre d’un road-trip en Asie qui m’a aussi beaucoup inspiré.

 

Création, sensibilisation aux problèmes écologiques et collaboration entre les pays africains… Qu’est ce qui t’a vraiment motivé à lancer ta marque ?    

 

Tukki est né de mon séjour à Dakar. J’y ai passé deux ans comme professeur d’anglais. J’avais du temps pour moi et pour réfléchir à mon avenir sans savoir vraiment quoi faire. Je me sentais attirée par la mode, par l’art et par la création. D’un rien je suis arrivée à un tout. J’ai trouvé des sacs de riz sur les marchés et je me suis dit qu’il y  avait quelque chose à faire avec cet objet. Un objet brut, vintage qui apparaît comme quelque chose de stylé en Europe mais qui est finalement un objet de la vie courante pour les gens là-bas. 

 

Le développement durable en Tunisie, c’est possible selon toi ?

 

Je reste convaincue que l’entreprenariat est un moteur pour le développement d’un pays. Après, reste à voir comment on le fait.  Avec des efforts, de la solidarité, de la prise de risque. L’axe écologique de ma marque ne m’a jamais quitté et j’aimerais que ça soit le cas pour d’autres. Tout le monde doit jouer le jeu pour que les changements s’opèrent. Et oui, la Tunisie peut s’organiser pour aller vers le mieux. A mon échelle, j’essaye de plus en plus d’acheter des marques locales, de faire les fripes, d’éviter les grandes marques. Le débat doit être politique et global.

 

Comment évolue le succès de tes sacs ?

 

Depuis six mois que la marque existe, je compte 2400 followers sur Facebook et plusieurs points de vente qui ont repéré mon travail : un concept store à Dakar, un autre en Suisse et un à Tunis. Il est possible aussi que je propose des pièces dans certaines boutiques à Berlin. Tout cela m’encourage à continuer.

 

Quel est ton processus de travail ?

 

C’est un véritable travail de fourmi. La production des sacs est assez aléatoire mais je tiens à garder ce côté « taille humaine ». J’expérimente, je créé des pièces uniques. Mes artisans – basés à Dakar – et moi-même essayons de nous adapter à la nature et aux matériaux que l’on a à côté de nous. Je prépare actuellement une nouvelle collection qui sera 100% tunisienne. Mon envie est de créer un lien entre l’Afrique du nord et l’Afrique de l’ouest, tout en gardant une identité écologique. Je récupère des sacs de riz dans des marchés sénégalais que je collecte et nettoie. Le sac de base est en plastique tressé, solide et pratique de par sa taille. De la mousse pour rembourrer, du cuir pour donner un aspect haut de gamme, du wax pour souligner les bords. Tukki, c’est tout ça réuni. Un mélange de matières nobles et de matières écologiques.   

 

Parle-nous des modèles phares de ta marque.

 

Le modèle Big Mama est notre best seller. Le motif de base est vintage et vient d’une marque de riz qui s’appelle « bon goût ». Il y a Baricca, où l’on voit une femme qui tient un bol de riz et il y a le modèle lion. Tous sont très colorés avec un côté kitsch désuet que j’aime beaucoup. Pour la prochaine collection, je compte faire travailler des artisans tunisiens et récupérer les sacs qui me serviront de base ici. Pour moi, la Tunisie doit continuer à collaborer avec l’Afrique.

 

Comment tu envisages la suite de ton parcours ?

 

Je voudrais continuer à vivre entre la Tunisie et le reste du monde. Je vais me laisser un peu porter par le projet Tukki tout en gardant cette identité panafricaine qui me tient à cœur.