The 999 Game : quand le ludique rejoint le soufi

L’architecte et designer Tunisienne Chacha Atallah a réuni l’architecte Karim Ben Amor et le plasticien Haythem Zakaria pour donner naissance à une œuvre tant artistique que spirituelle : The 999 Game. Vendredi 8 janvier, FFDesigner était invité au vernissage qui s’est tenu à LA Boite. Entre émerveillement et découverte, nous avons rencontré Mme Fatma Kilani, responsable du lieu d’art contemporain et mécène, qui nous a communiqué son amour pour cette œuvre d’art qui a fait le voyage depuis Dubaï.

16h54, le taxi m’arrête au 25 rue 8603, la Charguia. Me voilà devant ce grand bâtiment gardé, ce bloc de ciment. J’avance toute excitée à l’idée de rencontrer la crème de la crème, le gratin des artistes tunisiens.

17h10, voilà plus d’un quart d’heure que je suis à l’intérieur de « La Boite » et déjà me voilà admirative devant cette œuvre d’art qui gardait (encore) jalousement tous ses secrets. Cette œuvre d’art était l’objet de son déplacement et de ma fascination.

17h15, une dame bien habillée, artistiquement chaussée s’avance vers moi le sourire béat. J’apprendrai en cours de soirée qu’il s’agissait de la maitresse des lieux, Mme Fatma Kilani. Une femme habitée par sa passion, conquise par ses artistes et leur œuvre.

Toujours aussi silencieuse, contemplative, je décide de me diriger vers le centre de la pièce pour relire le mémo (d’un des artistes) qui orne le mur, quand une femme (accompagnée de son mari et de sa poussette) fait son entrée : Chacha ! L’artiste, la belle, la lumineuse, le génie.

Chacha Atallah est femme, épouse, mère, architecte, designer, artiste ! Elle est à l’origine de The 999 Game. Elle est donc l’âme de cette œuvre. L’aventure a commencé en octobre dernier en participant à l’événement, Dubai Design Week (qui s’est tenu du 26 au 31 octobre à Dubai) sur la thématique du jeu. Chacha, commissaire du pavillon tunisien, a réuni Haythem Zakaria (plasticien) et Karim Ben Amor (architecte et designer) pour donner naissance à l’œuvre que j’admire depuis déjà plus d’une demi-heure.

Les premiers amoureux de l’art arrivent et dans le lot on retrouve un monsieur, discret mais souriant. Timide mais l’œil vif et intelligent, il s’agit de Karim Ben Amor. Aux côtés de Chacha, ils expliquent le pourquoi du comment. Pourquoi autant de modules, pourquoi tous ces numéros sur les modules. Et ces fentes alors, elles servent à quoi ? Et ces pastilles, est-ce de l’art, de la décoration, du design ?

Je tends l’oreille et comprends enfin pourquoi The « 999 » Game. Game, car la thématique n’est autre que le jeu et 999 en référence à dieu, « allah » et à « al asmé2 al 7osna » (ses 99 noms divins). J’apprends alors que l’artiste absent (Haythem Zakaria) est d’inspiration « soufi » et que du ludique né le spirituel. Vous comprendrez donc comme moi que l’emplacement de ces modules obéît à un ordre (d’où les modules numérotés). Un ordre divin, un ordre spirituel.

999 game

Puis 3 fentes sur chaque module. Des fentes qui laissent libre court à l’imagination des architectes que sont Chacha et Karim mais aussi à la nôtre, simples mortels. Karim a d’ailleurs avoué que la forme du 999 Game était toute autre lors de son exposition à Dubaï, une façon de plus de marquer l’aspect ludique de cette construction. Enfermée dans la boite avec ce cactus géant fait de modules et de fentes, j’ai pu à mon tour jouer à l’architecte grâce aux modules exposés dans la pièce.

exposition modules 999

Nous voilà donc passé du 2D (les modules plats) au 3D grâce aux fentes qui permettent aux modules de s’imbriquer, mais nous étions loin de savoir qu’une 4ème dimension nous attendait. C’est donc en manipulant les modules de plus près que j’ai remarqué ces pastilles (des trous). Il ne s’agit pas d’une touche de design en plus, loin de là. L’artistique ayant rejoint le « rou7ani » dans cette œuvre, ces pastilles sont donc la manifestation du « white noise », le bruit blanc. Et pour citer Haythem Zakaria, il s’agit là d’un : « bruit blanc qui a la particularité d’agir comme le prisme optique, en incluant toutes les fréquences audibles, tout ce qui a été (dit) et sera dit (…) le lieu premier où se forme le verbe (…) la rumeur. » Nous voilà donc confronté à des fréquences qui circulent d’un module à un autre, des vibrations qui effleurent notre âme se dérobant à notre regard… poétique.

Mais celle qui en parle le mieux de The 999 Game, n’est autre que Mme Kilani. Dans une interview qu’elle nous a accordés, elle nous explique l’œuvre et nous fait aimer ces modules qui jusqu’ici n’étaient que mystère pour nous. La responsable de « la boite » nous transmet sa passion et nous donne envie de manipuler ces modules qui semblent avoir le pouvoir divin de sonder nos âmes.

Le vernissage se poursuivra jusqu’au 20 janvier prochain. Amoureux de l’art contemporain et curieux de la Tunisian Touch ne ratez pas l’occasion de découvrir The 999 Game.