« Tu étais habillée comment ? » ou l’expo choc qui fait fi de nos a priori sur le viol et la mode

Le vêtement dérange parce qu’il devient matière à réflexion. Loin de tout le brouhaha de la Fashion Week, c’est l’expo « Tu étais habillée comment ? » qui nous intéresse. Le viol, acte abject par essence, devient souvent et surtout chez les sociétés phallocrates, une affaire de fringues. C’est justement cette aberration que l’expo « Tu étais habillée comment ? » démolit à grands coups de conscience.

La femme, bourreau et victime


Elle ne porte pas plainte parce que aux yeux de la société –minée par ses préjugés- elle mérite ce qui lui est arrivé. On entend toujours et bien qu’on soit en 2017, des termes tels que, « traînée », « salope » et autres ignominies verbales envers, non pas un bourreau machiste et frustré, mais sa victime parce qu’elle est femme. Sexe faible selon des sociologues, psychanalystes et autres membres poussiéreux de l’intelligentsia d’antan, la femme violée ou agressée, n’avait qu’à porter une tenue plus décente. Grossière erreur puisque quoi qu’elle porte, quel que soit son âge, une femme sera toujours exposée à des actes/paroles dégradant(e)s. Ladite expo pointe du doigt cet aspect du viol (qui rappelons-le, est un acte sexuel forcé donc non-consenti). Notre curseur passe d’une robe légère qui répond à tous nos clichés, d’un ensemble de lingerie et d’un t-shirt XXL à l’effigie d’un groupe de baseball à une tenue lambda. Bref, la décence devient vite obsolète et d’ailleurs, qu’est-ce qu’un vêtement décent, quand on lit sur une pancarte accrochée à côté d’une petite robe rayée :

an important message for those of you who still believe an individuals clothing is a factor of sexual abuse. #whatwereyouwearing

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« Des mois plus tard, ma mère se plaignait que je ne portais plus aucune de mes robes. J’avais six ans. » Un témoignage qui fait froid dans le dos tout en corroborant la thèse suivante : le viol est un acte barbare donc aidons les victimes au lieu de les malmener moralement.

La visée de l’expo est quant à elle, évidente, comme le souligne Jen Brockman, directrice du Centre, au Chicago Tribune « On aimerait que les gens puissent se projeter eux-mêmes dans l’installation, dans la description, dans les tenues. On espère que les étudiants pourront comprendre que cette idée qu’on leur transmet – que les vêtements de quelqu’un peuvent être une cause de violence sexuelle – est fausse »

Ni pute ni soumise

#consent #endrapeculture #whatwereyouwearing #myclothesdonotdeterminemyconsent

Une publication partagée par Shannon Mahoney (@gillespie92) le


Le vêtement impacte notre vie et joue un rôle primordial dans notre perception de l’autre. Cela dit, et comme le veut ce vieil adage « l’habit ne fait pas le moine ». Paradoxalement donc, penser que l’ethos est lié à ce qu’on perçoit est un préjugé, un constat subjectif et infondé. Dans le cas d’un viol, il équivaut à une double peine pour la victime, qui, torturée physiquement, devra, pour une raison absurde, se justifier face à une société, intellectuellement frigide. Bref, « Ce ne sont pas les vêtements qui cause la violence sexuelle, c’est la personne qui est à l’origine de l’agression. » à réciter comme un psaume.