Tunis Fashion Week day 3 et 4: Le marathon mode continue !

La Tunis Fashion Week est terminée mais on en est (re)ssorti des avec images tellement fortes qu’elles se sont imprimées sur nos rétines. Explications.

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Dolce vita et Farniente

Anissa Meddeb et Hédi Ben Mémi ont joué la carte de la nonchalance et de lascivité estivale avec deux collections simples et limpides. Chez Anissa Aida…, c’est l’étudiant arty, un poil décalé mais toujours sobre qui a fait sensation. Lunettes rétro, chapeaux XXL et maxi-éventail, les vacances approchent à grands pas pour nos petits mannequins qui se sont glissés dans la peau de futurs diplômés aussi trendy que cool.

Quant à Hédi Ben Mémi, jeune prodige de « l’upcycling » qui a fait du bruit l’année dernière, grâce à une collection nationale engagée et audacieuse, le temps était plus propice à l’amour, à l’évasion et à la page. Sirine Barhoumi en chapeau XXL, accessoire-leitmotiv de cette Fashion Week, encore Sirine, la muse de Hédi, en bustier conçu à partir … d’un sac en osier… on retrouve ce souci de tout recycler chez le créatif et on adore ça. Solaire et inspirante, cette collection nous a donné envie de piquer une tête, à presque minuit.

Profusion de rouge

Mi-kubrickien, mi-guccéen, dans son défilé, Seyf Dean Laouiti a exploré les tréfonds de l’âme humaine. Pantalons maculés de sang porté par Aliya Zouaghi qui a joué les Play Girls pour l’occasion ou encore, gants rouge sang digne d’une empoisonneuse du XIXème siècle sans oublier la pièce maîtresse de cette collection, une robe rouge, un bain de sang magnifique qui nous plonge dans la complexité de l’aliénation… chez Seyf Dean, le rouge est synonyme de perte de contrôle et d’appétence pour « nos » instincts primaires. Cette fameuse robe rappellerait la scène des jumelles dans Shining, où, après l’apparition de deux enfants innocentes, on se retrouve devant une vague de sang, la camisole de force en moins. Or, la couleur rouge peut aussi représenter une autre forme d’excès, celui de la joie. Pour sa collaboration avec Sasio, le créateur de mode et rédacteur en chef de FFDESIGNER, a édulcoré son chaos pour le rendre accessible au grand public. Si le rouge y est, les références sont moins élitistes et les classiques plus « pop-artistiques ». Au Roméo de Shakespeare, Seyf oppose un jeune homme sensible, moderne et fashion. Exit la redingote, le voici avec une veste mi-longue légèrement bleachée, cherchant sa Juliette. Celle-ci arpente le podium avec un sac de pique-nique, le futur it-bag de la saison.

Art conceptuel

Diplômé de l’Atelier Chardon Savard, Valentin Peron nous a proposé une collection qui mêlaient inspirations napoléoniennes et imprégnation de l’univers décalé et expérimental du créateur de mode anglais Graig Green, l’un des mentors de Valentin. Patchwork, courbes exacerbées, difformités, par certains moments, le jeune homme a réfléchi sur le corps, sur ses transformations possibles à l’ère du flou, du digital et de l’incertain. Il a aussi légèrement flirté avec l’un des défilés phares de Rei Kawakubo, « Body meets dress ».  Mais l’expérimentation ne s’arrête pas à l’Hexagone. Les étudiants belges ont eux aussi essayé de réfléchir sur le temps qui passe en faisant défiler Sami Lakouait dans une combinaison métallique, très New Age. Direction ? Le monastère pour prendre du recul, vivre moins vite et faire une pause dans une industrie de plus en plus frénétique. Lassad Said a plutôt montré la version cool du Golden Boy. On le connaissait au bord du burn-out le voici avec une dégaine « saut du lit », avec une combi et des mules. « Je ne veux -plus- travailler » semblerait-il nous dire.

Féminité, féminisme et émancipation

C’est sur les premières notes de Alien de Die Artwoord, un groupe de acide-pop , que Souha Baylik est entrée en scène. Lolita faussement sage, la Femme Fatale de Braim Klei de l’année dernière, mimée par la Venus In Furs de Lou Reed -qui faisait office de bande-son- s’est muée en une poupée. Etrange, à la lisière du mystique, cette Annabelle nipponne ensorcelle par son ambiguïté. Gracile et les épaules voûtées, elle dégage pourtant une force, une candeur magnétique, gage de son indépendance. Le freak subtil était encore au rendez-vous chez Brai Klei.

Cyrine Faillon a vu double. Double sacs, pièces légères et matières fluides, la femme prend de plus en plus de place et s’impose via un vêtement qui l’embellit, la rassure et la met en valeur. Féminine jusqu’au bout es escarpins, elle n’a pas besoin de s’habiller « comme un homme » pour témoigner de son pouvoir et de ses compétences. Féminité et féminisme matchent très bien chez Nathalie.

La fureur de vivre de Mazij

Make-up à la Ziggy Stardust, danse endiablée sur le podium et jongleur « tout feu tout flamme », chez Mazij, on a surtout mis à l’honneur l’histoire de diverses sous-cultures qui se sont exprimées à travers le vêtement. Rockeurs intrépides en mitaines et jeans destroy, chaussettes montantes et blousons XXL, chaînettes et résille…. On est passé de la punkitude, à une mode de Teddy Boys sans oublier les performances des rappeurs des 90’s, et la rage des premiers Skinheads, toutes les communautés se côtoient et dialoguent dans ce défilé.


Ashraf Baccouch, roi du kitsch ?

Chez Ashraf Baccouch, on aime le clinquant, le faste et la grandeur. Son dernier défilé est une ode à la monarchie, à la France de la Du Barry et du Roi Soleil. Ce défilé de Précieuses a aussi mis à l’honneur les codes de la galanterie. Reproduisant une véritable Cour, Baccouch n’a pas omis de pousser le kitsch jusqu’à orner ses princes et ses princesses de fausses couronnes tout en les faisant fouler le podium pieds nus. Un contraste décalé qui sied parfaitement à l’univers du designer.

Eclectique, frais et énergique, ce marathon « mode » est une ode à la création et à la créativité. Véritable challenge pour les créateurs émergeants, apprentissage sur terrain pour les étudiants en Fashion Studies et confirmation du talent des anciens, la Fashion Week tunisienne réunit tant d’univers pour célébrer la mode, l’amour et le partage.