Tunis Fashion Week, jour 1 : Que la fête commence !

Des sequins. Madonna.  Une mode éco-friendly et joyeuse. Plastic Bertrand. Bref, cette onzième édition de la Fashion Week a commencé en fanfare.

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Sororité is the new chic ?

Chez Soraya Maison de Couture, ce sont les délicieuses Kenza Chiha et Souha Baylik qui ont ouvert le show. Deux belles gosses, deux jolies frimousses et une complicité qui en dit long sur la femme Soraya. Soraya comme sœurs et stylées. Soraya comme sensuelles et spectrales. Entre les froufrous et le mariage des couleurs fluo et des couleurs pastel, une interprétation plus douce du féminisme s’est dessinée chez la marque tunisienne.

L’étrangeté des courbes chez Yrregular

Chez Yrregular, Feriel Ben Mlouka a mis en parallèle un corps rachitique, décharné et quasi enfantin avec un corps plantureux, de « femme ». Aux courbes généreuse s’est opposée une silhouette frêle. Valsant entre une collection de sous-vêtements ultra glamour et sensuelle et le mal-être éprouvé par des femmes sous « pression » -la pression du corps parfait a jalonné cette collection-, Feriel a proposé un défilé dans l’air du temps, poignant et réflexif. Elle met ainsi l’accent sur la profondeur d’une industrie qui va au-delà de la superficialité de l’apparence.

« Mixology » Fashion Week ?

Cette année, la parole a été donnée aux jeunes pousses de la mode. L’Institut Supérieur des Métiers de la Mode de Monastir a mis les minorités à l’honneur. Toutes les amours ont été célébrées et toutes les religions ont coexisté et ont cohabité l’instant d’un défilé d’une dizaine de minutes. Ponctuée par le fameux Vogue de Madonna, cette performance artistique a mis à l’honneur l’essor d’une sous-culture qui a gagné en visibilité au début des années 80. Mêlant l’ambiance du Studio 54  à notre culture locale, ce show a non seulement bousculé les codes de la société mais s’est aussi imprimé sur la rétine par une réinterprétation tâtonnante mais néanmoins bienveillante de l’esthétique queer.

Ça plane pour… Roni Helou

Beirut s’est invité à Tunis cette année avec les créations pétillantes de Roni Helou. Les mannequins ont foulé le podium sur un vieux tube « punk » ou plutôt sur une caricature du punk, le hit de Plastic Bertrand « ça plane pour moi ». Mais si dans les seventies, ce qui importait au petit belge dégingandé n’était que la reproduction d’un clip à la Sex Pistols, aujourd’hui, Roni Helou s’est intéressé à un aspect -qui fait pourtant l’essence- de cette sous-culture : le upcycling ou le DIY -Do It Yourself- intelligent. Patchwork, agencement de matières et fusion entre du neuf et du vieux …. Le tout moulé sur de grosses doudounes, des vestes de working girl revisitées ou encore des jeans audacieux, rien ne se perd dans cette mode qui fait l’apologie du consommer malin.

Sea, fashion and sun

C’est déjà l’heure de faire quelques brasses avec Sumi et Fadhila. Dolce vita et d’inspiration « jacquemusienne », la collection Sumi a combiné hauts de bikinis et pantalons fluides, dans une vibe arty avant de nous faire voyager dans les îles avec des maillots de bain accessoirisés par de longs « kimonos » transparents. Côté accessoires, ce sont les couffins et le chapeau « Bomba » qui l’emportent haut la main. Changement de « mood » chez Fadhila. En effet, leur collection était à l’image de l’égérie de la marque, Meriam Ben Hussein. Champêtre et délicate, elle a mis à l’honneur les trikinis, les combinaisons portées par nos mamans -et qui reviennent sur le devant de la scène mode- tout en twistant les chemises d’hommes à coup de tissus « fadhila ». Le fruit de cet équilibre fin est un défilé harmonieux.

Queen of the disco

Sculpteur du corps féminin, Malek Gheni nous a fait rêver le Front Row avec des pièces à la Isabel Marant. Cool tout en restant ultra-sexy et féminines, ses créations ont mis les sequins, les paillettes et la transparence à l’honneur. Pour ce jeune couturier tunisien basé au Liban, la silhouette féminine est un éternel balancement entre force, énergie et séduction. Une philosophie dans laquelle on se retrouve et à laquelle on adhère.


Ce premier jour de Fashion Week a mis sous le feu des projecteurs les « freaks », ceux et celles qu’on trouve faibles et qu’on marginalise en conséquence. Sexe faible ou virilité ébranlée, androgynie, tabous, enjeux climatiques, audace et créativité, la politique s’adoucit avec cette mode qui tend vers le changement, sans forcément passer par la transgression.