Young Signorino, ce kid italien dont raffolent les millennials

Il a à peine vingt ans, compte plus d’un internement dans un HP –Hôpital psychiatrique-, est tatoué de partout, prône l’amour et le sexe et… voue un culte pour son dealer bref, Young Signorino « chante » haut la désillusion de notre génération.

Sono il figlio del demonio.

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Young Schiumino Sto fumandomi il pino silvestre 💕🤟🏻

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Chiamami Paolo!💕

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Confessions d’un kid du siècle

Noisy Vice traite le cas « signorino » comme on a traité, autrefois, le cas Antonin Artaud. Génie maudit, cadavre ambulant qui craint la foule –une foule qui l’acclame… avant de lui cracher en pleine face-, Young Signorino est ce jeune homme tâtonnant dans le monde des adultes. Ouvertement pansexuel, Young S, ne chante pas vraiment. Il crie, s’exprime comme un animal en cage, portant sur ses épaules le poids des préjugés sociétaux.

Côté look, l’ado rimbaldien fuit la conformité comme cette dernière le fuit. Dans le Sens du style, Dick Hebdige rapporte les propos d’un Johnny Rotten extra-lucide « si on est devenu comme ça, des déchets de la société, c’est parce que la société n’a jamais voulu de nous ». Young Signorino confirme les propos de son « ancêtre », taxé de « clown imbécile », alors qu’il était pleinement conscient de sa « mise en scène » en s’habillant de haillons. Ses jeans tombent en lambeaux, sa jupe est trop longue et son torse rachitique est très souvent nu. « Je suis ce monstre que vous avez créé » certes, mais ce « freak » ne manque pas d’allure et surtout pas d’audace.

Un public hétérogène

Ses concerts sont annoncés au compte-gouttes, comme un appel aux initiés. Pourtant, des « curieux » viennent écouter les psaumes nerveux de Young Signorino. « Laissez-moi vous expliquer : cela fait partie du jeu » dixit un fan. Personnage ? Paria de luxe (qui, on le parie, s’habille chez Vetements et cie) ? Ou simple détraqué social qui a tout compris à la notion du génie ? Young Signorino nous a interpellés par son look digne des créatures d’un « freak show » mais surtout, par ses tatouages faciaux qui se présentent comme les gribouillages d’un ado en peine.

Antonin Artaud a théorisé le Théâtre de la Cruauté. Sa voix explosait de ses tripes, contrastant avec un corps malingre et une difformité physique due aux nombreux traitements par électrochoc qu’on lui a infligé, sa pensée était scabreuse, « excrémentielle » mais tellement véridique. S’inscrivant dans le sillage des Artistes Saturniens, Young Signorino nous présente nos pires fantasmes, notre crasse tout en l’esthétisant. Mode, musique et fougue adolescente reniée, bienvenue dans le monde nébuleux de cet Antéchrist des millennials.